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Annulations de festivals : l’impasse des techniciens et des intermittents

 

Depuis plusieurs semaines, l’espoir même mince subsistait, il a été réduit à néant ce lundi soir avec la déclaration du Président de la République Emmanuel Macron. L’annonce de l’interdiction de tout rassemblement festif jusqu’à mi-juillet a en effet sonné le glas sur les festivals de l’été, si bien que les annonces d’annulation se sont multipliées ces trois derniers jours, entraînant de nombreuses inquiétudes au sein d’un secteur professionnel qui repose beaucoup sur cette période des beaux jours.

American Tours Festival, Terres du Son, Avoine Zone Groove, Les Horizons, Les Années Joué, Vitiloire… la liste des annulations officielles depuis le début de semaine ressemble en effet à un vaste bégaiement. Pour tous les organisateurs, les mêmes mots et les mêmes inquiétudes, car les conséquences seront forcément importantes avec des modèles économiques ayant déjà peu de marges de manœuvre en temps normal.

Pour l’heure, Aucard de Tours a prévu le maintien d’une édition vraisemblablement en septembre, mais sans certitudes sur le format, Yzeures N’Rock prévu début août reste en stand-by et Les Kampagn’Arts prévoient une soirée à l’automne en remplacement de leur édition prévue initialement fin juin. Les autres événements sont simplement annulés et les organisateurs donnent rendez-vous en 2021.

Les semaines qui viennent vont être ainsi épineuses entre les gestions de contrats déjà signés, des frais déjà engagés, de ceux pouvant être reportés… C’est tout un milieu économique qui se retrouve dans la tempête à différents niveaux. Il y a en effet des différences néanmoins, entre les événements portés par les collectivités locales, sans doute les moins en danger pour l’avenir, et ceux portés par des structures propres, notamment associatives.

« Entre mars et septembre on fait la majeure partie de nos contrats annuels »

Des annulations en cascade qui ont donc des conséquences économiques pour les territoires concernés, tant ces festivals sont devenus des éléments de la vie économique estivale. On pense notamment aux producteurs locaux présents sur ce type d’événements qui leur font généralement une place de choix, on pense aussi aux emplois générés directement ou indirectement. C’est le cas des techniciens, intermittents du spectacle ou prestataires.

Pour tous c’est à la fois l’inconnu qui se profile mais aussi l’inquiétude pour l’après avec le sentiment de devoir subir un double coup dur. Pour Sébastien Garcia qui travaille en tant que régisseur sur beaucoup d’événements estivaux et qui a monté Wwwy, une société d’assistance à maîtrise d’ouvrage évènementiel l’an passé, c’est l’essentiel de ses contrats qui sont aujourd’hui remis en cause. « Entre mars et septembre on fait la majeure partie de notre chiffre d’affaires annuel » explique-t-il, « d’autant plus que les premiers événements annulés l’ont été dès février. » Et les dommages sont donc importants, à la fois pour les finances de sa société mais aussi pour les intermittents qu’il emploie : « On emploie directement une trentaine de personnes sur l’été, plus ceux embauchés par les organisateurs dans le cadre de nos prestations, cela monte entre 150 et 200 personnes. Ce sont autant de contrats qui sont annulés. » En ce qui concerne les intermittents, s’il y aura bien un gel de la période de confinement, c’est-à-dire que la période de renouvellement du statut sera d’autant décalée que le temps du confinement, Sébastien Garcia attend plus des pouvoirs publics : « Les mesures ne sont pas en cohérence avec ce qui se passe, il faudra plus pour éviter une catastrophe. »

Ronan Garnier, co-gérant des sociétés Prog Event et Frékences qui interviennent également comme prestataires événementiels, partage cet avis. « Le report des charges peut être à double tranchant, car l’argent qui ne rentre pas aujourd’hui c’est de la perte pure et il manquera quand il faudra payer les reports. » Et ce dernier d’espérer des mesures plus importantes : « J’ai entendu qu’Emmanuel Macron a dit qu’il aiderait les entreprises événementielles, on attend désormais du concret. »

« Le plus délicat c’est de ne pas savoir où l’on va »

Sur l’impact de la crise sur ses activités, Ronan Garnier explique qu’il dépasse désormais l’été : « On commence à avoir des annulations en septembre ». Et pour celui dont les sociétés gèrent notamment les locations de matériels (barrières, scènes…) et les systèmes de communication temporaires nécessaires aux événements, pour l’heure ce sont 11 employés qui se retrouvent au chômage partiel depuis le 17 mars dernier.

« Nos entreprises sont assez solides car anciennes, on va survivre mais on navigue au jour le jour. Le plus délicat c’est de ne pas savoir où l’on va et de ne pas pouvoir anticiper et prévoir » poursuit Ronan Garnier en évoquant l’incertitude pour la suite, y compris en cas de reports plus ou moins massifs d’événements à l’automne. « Il n’y aura pas de place dans le calendrier pour tout le monde et on ne pourra pas fournir tous les organisateurs si plusieurs événements se chevauchent mais on fera au mieux. »

Cet après, Sébastien Garcia y réfléchit déjà également. « On a une activité qui est très saisonnière et qui repose surtout sur quelques mois de l’année, il faudra peut-être réfléchir à repenser notre système économique, trouver d’autres manières de faire, d’autant que beaucoup de structures sont déjà fragiles en temps normal. »

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