Cela fait maintenant plusieurs hivers consécutifs que l’on observe de grandes mobilisations d’agriculteurs en France. Contre le trop-plein de normes, contre les revenus trop faibles, contre les lois restrictives su’ les pesticides, contre le traité de libre échange avec 4 pays d’Amérique du Sud et contre la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire bovine. Une accumulation de revendications qui ne trouvent jamais vraiment de réponse satisfaisante aux yeux des syndicats. Ils tentent donc de hausser le ton.
Pendant 48h, la Coordination Rurale d’Indre-et-Loire et les Jeunes Agriculteurs du département ont investi les abords de deux plateformes logistiques de supermarchés : celle d’Auchan à Chanceaux au nord de l’agglomération tourangelle, et celle de Lidl au sud, à Sorigny. La mobilisation a pour objectif de bloquer les camions transportant des produits étrangers, laissant seulement circuler la marchandise française. « Ce qui vient d’ailleurs attend qu’on soit décidés à relancer la machine, et on pourrait rester longtemps » commente Mathieu Jucquois des JA37.
« On est une équipe d’une trentaine de jeunes et on se relaye. Ils n’ont pas trop le choix que de subir » poursuit le céréalier de Richelieu qui estime qu’environ 80 poids-lourds ont été stoppés sur le temps du blocage. « Seul un camion sur 15 est français » estime-t-il. Dans le lot des véhicules indésirables, certains sont repartis vers des sites plus éloignés, d’autres attendent de prendre la route. « Avec les chauffeurs ça se passe bien, avec les gendarmes aussi. Ils nous soutiennent » assure Mathieu Jucquois.
Une bienveillance des autorités alors que la semaine dernière, la préfecture d’Indre-et-Loire avait interdit des rassemblements pour bloquer 3 entrées de l’A10, et que des consignes avaient été données pour tenter d’éviter un afflux de tracteurs vers Paris (un échec).
« Si on ne nous laisse pas faire, on va à l’affrontement » explique le syndicaliste des JA37 pour afficher sa détermination à rester sur le terrain jusqu’à ce que le gouvernement donne des réponses satisfaisantes à la colère agricole. « Pour ma partie céréales, la trésorerie est négative depuis un petit moment, comme tout le monde, alors qu’on fait de bonnes récoltes. Le Richelais a des terres à haut potentiel mais le trou est creusé, et c’est un gouffre » déplore Mathieu Jucquois qui dénonce le système de la Politique Agricole Commune (encourageant selon lui les cours bas) ou encore la hausse des prix du matériel.
« Certains jeunes n’ont pas eu de salaire depuis 3 ans. Comment ça peut motiver des gamins de 21 ou 22 ans qui reprennent les exploitations ? Si on nous donnait les enveloppes qu’ils ont dans les hautes instances gouvernantes, on saurait quoi en faire » s’agace encore le représentant des JA37, néanmoins rasséréné par le soutien de la population : « On est super surpris des gens qui nous aident. Une dame qui n’a pas forcément de gros revenus est venue nous amener 50 litres d’eau, du café, une banderole, du cidre… Elle voulait participer à son échelle. »
« On ne mène pas ces actions pour embêter le consommateur, ou les entreprises. On veut faire comprendre notre détresse, que les chartes des supermarchés soient retravaillées » ajoute Mathieu Jucquois qui note un point de satisfaction : « Plus les années avancent, plus on parle de la qualité de l’alimentation et c’est agréable pour nous tant on nous tire dessus toute l’année avec de mauvaises informations, ou une image de pollueurs. » Comme ses confrères et consœurs, il espère maintenant des actions plus tangibles. De son côté le 1er ministre a promis le vote d’une loi agricole d’urgence avant l’été. On ne sait pas encore précisément ce qu’elle contiendra, même si on sait qu’il y aura des axes sur l’eau ou le loup..
Crédit photo : Jeunes Agriculteurs d’Indre-et-Loire








