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Le Château de Pray : un étoilé dans la pénombre à cause du confinement

 

Plus de bonnes odeurs ni de réveils en douceur : à Chargé, le Château de Pray reste portes closes pendant le confinement. Une période particulièrement délicate pour ce restaurant étoilé situé près d’Amboise.

Cécile Cariou raconte d’abord l’incertitude des premiers instants : « On a totalement fermé l’établissement le 15 mars. L’hôtel et le restaurant car on n’avait pas bien compris si les hôtels étaient concernés par la mesure du gouvernement… Finalement on a rouvert une partie de l’hôtel mais ça n’a drainé personne car nous fonctionnons essentiellement avec une clientèle touristique et étrangère. » Aujourd’hui, la responsable du Château de Pray baigne en pleine incertitude pour l’avenir de son établissement et de son équipe qui compte une vingtaine de personnes : « C’est hyper compliqué, on ne sait pas comment ça va tourner. Mon côté optimiste me fait dire qu’à la fin du confinement les gens auront envie de sortir et de se faire plaisir mais d’un autre côté est-ce qu’iols auront envie de se retrouver à 50 dans une même salle si le virus n’est pas encore totalement parti ? Tout cela est très anxiogène. »

Aujourd’hui, le quotidien du Château de Pray est bien calme : la propriétaire y réalise quelques menus travaux mais le principal chantier de rénovation lancé avant le confinement est à l’arrêt faute d’ouvriers. Les 19 employés sont également au chômage partiel, comme près de 13 000 autres personnes dans 1 300 sociétés d’Indre-et-Loire selon le dernier comptage transmis par la préfecture.

La crainte d’un redémarrage d’activité très lent

« Quant Donald Trump a annoncé la fermeture des frontières on a su que ce serait la catastrophe. Mais au vu des annulations qui se multipliaient en mars j’avais anticipé et prévenu mes équipes que j’allais recourir au chômage partiel, par exemple en ouvrant uniquement le restaurant le week-end » explique Cécile Cariou. Puis les annonces se sont accélérées jusqu’à la fermeture totale. Bilan : -75% d’activité en mars. Depuis, ça continue :

« Tous les jours ne recevons des demandes d’annulations. On ressent ce qu’il se passe dans les pays : jusqu’ici les Anglais, les Suisses ou les Belges avaient maintenu leurs voyages mais maintenant ils annulent de toutes parts jusqu’en septembre, voire octobre. Les touristes se disent qu’ils ne voyageront pas cette année. »

La responsable de l’hôtel-restaurant de Chargé compte donc sur la clientèle hexagonale : « On travaille avec des groupes qui font la Loire à Vélo ou des croisiéristes. Ils n’ont pas encore annulé les dates de juillet-août… »

Cette équation à plusieurs inconnues multiplie les contraintes administratives : « J’ai fait des pilotages de trésorerie jusqu’au mois d’août » détaille la directrice. « C’est compliqué car nous n’avons pas d’aide, à part des banques qui ont suspendu les remboursements de prêts pour six mois. Mais sinon les assurances ou les administrations ne nous donnent pas d’argent. J’ai essayé de contacter EDF mais ils font seulement un geste pour le TPE (les plus petites entreprises, ndlr). J’ai perdu 90 000€ en mars, je vais en perdre 140 000 en avril, peut-être encore 100 000€ en mai sans rien pour éponger. Heureusement j’avais un peu de trésorerie, je paye les factures de mes producteurs mais j’ai fait opposition sur tout ce que je pouvais même si je sais bien qu’il faudra les régler plus tard. Et puis, sur le chômage partiel, plus ça va, plus l’aide d’État s’amenuise. Je comprends l’administration mais c’est aussi frustrant quand les infos changent du jour au lendemain car ensuite c’est nous qui devons communiquer auprès de nos salariés. »

Ce lien, Cécile Cariou le maintient en virtuel par Whatsapp pour « donner des nouvelles du Château » à son équipe. Sa crainte, à terme : devoir licencier.

« Soit ça repart sur les chapeaux de roue et on pourra s’en sortir. Soit on reprend avec 50% de l’activité et il faudra se poser la question de la masse salariale. »

Pour garder un lien avec le public et un semblant d’activité, la responsable du Château de Pray a eu une idée : proposer un menu de Pâques en livraison. « On ne peut pas le faire tout le temps sinon on n’aurait plus le droit au chômage partiel. C’est une initiative pour faire plaisir aux gens à une période où on se réunit en famille. Nous avions d’ailleurs pas mal d’événements réservés. »

L’idée : proposer un joli menu gastronomique qui se réchauffe facilement. « On a appelé nos fournisseurs pour voir ce qu’on pouvait faire ou ne pas faire. On s’est organisé pour que le personnel ne se croise pas en cuisine et pour proposer une livraison à domicile où l’on pose les barquettes devant la maison pour éviter les contacts » (le paiement se fait en amont, par carte bancaire. Forcément, les quantités seront limitées (quelques dizaines de menus) et les livraisons concentrées autour d’Amboise, « mais pour Tours on peut s’arranger pour faire la route jusqu’à Montlouis, à mi-chemin » suggère Cécile Cariou.


Un degré en plus :

Découvrez ci-dessous le menu de Pâques du Château de Pray :

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