“La première communauté attaquée reste les personnes trans” : retour sur les 20 ans du Centre LGBTI de Touraine

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Créé en 2005 sous le nom de la LGP (Lesbian Gay Pride), le Centre LGBTI de Touraine a depuis toujours vocation de développer et mettre en place des actions de lutte contre les LGBTIphobies, le racisme et les violences sexistes et sexuelles et de prévention de santé. A l’occasion des 20 ans de l’association, sa co-présidente Caroline Ramos Coudard fait le bilan de ces deux décennies de combats.

Ça fait quoi d’avoir 20 ans ?

20 ans, ça veut dire que, concrètement, il y a encore des droits pour lesquels il faut se battre quand même, qu’il faut continuer à montrer qu’on est là, à faire de la pédagogie. C’est une belle histoire parce que, 20 ans, ça veut dire aussi qu’on a toujours trouvé des volontaires, des bénévoles pour faire perdurer ce centre. Donc c’est aussi chouette. 

Comment a évolué le centre et ses combats pendant ces 20 ans ? 

Par rapport à l’homosexualité. On se rend bien compte de ce qu’on a réussi à acquérir. On a par exemple, en ce moment, une proposition de loi qui est déposée et qui est en train d’être votée pour la reconnaissance de la responsabilité de la République française dans les condamnations pour homosexualité entre 1945 et 1982. Il y a aussi le mariage pour tous, etc. Au niveau de la société, je pense que l’homosexualité reste quand même maintenant plus acceptable ou, en tout cas, plus visible. Donc on évolue.

Maintenant, c’est vrai qu’on voit autour de nous, que ce soit en Europe ou de l’autre côté de l’Atlantique, que la première communauté frontalement attaquée parce que c’est une minorité dans la communauté LGBT, ce sont les personnes trans. Aussi, encore aujourd’hui, beaucoup de pays considèrent les mouvements LGBT comme des mouvements terroristes ou alors parlent de “lobby LGBT qui voudrait gouverner le monde”. 

Donc, c’est maintenant qu’il faut justement faire entendre nos voix et c’est un peu ça qu’on a voulu avec notre événement du 10 janvier, c’est dire qu’on est toujours là, qu’on a accompli des belles choses et que c’est maintenant qu’il faut se soutenir pour justement faire communauté, s’entraider dans des moments qui peuvent être parfois compliqués et puis continuer à militer, que ce soit pour les droits des personnes LGBT, mais aussi contre les violences faites aux femmes, le racisme, etc. 

Aujourd’hui, est-ce que le centre arrive à perdurer financièrement sans difficulté ?

Alors la difficulté est là et elle reste bien dans notre tête sur plusieurs plans. Financièrement, on fonctionne énormément sur les subventions publiques qu’on nous accorde, que ce soit au niveau régional, communal, sur des appels à projet, etc. Et c’est grâce à ça, d’ailleurs, qu’on arrive à rémunérer une salariée à plein temps et une autre à mi-temps. 

On a aussi des fonds grâce aux adhésions et quelques dons, mais on a surtout besoin de beaucoup de bénévoles. On va avoir notre assemblée générale le 28 mars, et on sait qu’on va devoir réfléchir à des pistes sérieuses, parce qu’on ne sait pas ce qu’il peut se passer demain. On sait qu’il va y avoir bientôt des élections, qu’elles soient municipales cette année et présidentielle l’année prochaine. On voit ce qui se passe dans les autres pays européens et à l’international.

Et comment évolue le nombre de bénévoles aujourd’hui ? 

Alors, on a beaucoup de bénévoles investis, mais là, on s’aperçoit que périodiquement quand même, ça s’est essoufflé. On a sur certaines actions un petit vivier de bénévoles qui tournent et qui s’investissent beaucoup, mais du coup cela se fatigue. Sur certaines actions, il est difficile de mobiliser les bénévoles surtout sur les parties intervention scolaire et professionnelle. Là, c’est vraiment une grosse difficulté. 

Quels sont, pour vous, les trois événements marquants de ces 20 ans ?

En premier, évidemment, la création du centre en 2005. C’est là où on a commencé à investir les rues de Tours pour la première Lesbian and Gay Pride, qui maintenant s’appelle la Marche des fiertés.

En deuxième événement, c’est, en 2016, le jour où le centre a été certifié d’utilité générale où une reconnaissance a été faite au niveau national. 

Et en troisième événement marquant, celui-ci est beaucoup moins fun, ça va être l’attaque dont on a été victime en juin 2023. On attend d’ailleurs le jugement qui devrait se dérouler cette année.

Fort heureusement, il n’y a pas eu de dégât matériel conséquent. Par contre, le dégât psychologique est quand même là. Il est là pour les trois personnes présentes, mais il a été là aussi pour toutes les personnes qui venaient au centre, que ce soit bénéficiaire ou bénévole. Et en parallèle, cette année-là, on a eu davantage de personnes qui ont fait des dons et qui ont manifesté avec nous à la marche des fiertés.

Ça reste quand même un événement marquant, il y a une baisse de fréquentation parce que les gens avaient peur tout simplement.

Comment le centre a pu rebondir ?

On a accompagné les deux salariées victimes de l’attaque dans le processus de dépôt de plaintes, donc dans la prise de contact avec des avocats, etc. Et on s’est porté partie civile. On a alerté aussi sur le fait que la communauté est toujours en danger avec des agressions physiques, verbales qui peuvent être quotidiennes.

On a eu beaucoup de soutien de la mairie et des forces de l’ordre qui ont fait aussi un travail extraordinaire puisqu’ils ont retrouvé la personne qui a fait l’attaque.

Depuis, il y a eu une sécurisation des locaux avec un rideau métallique et une porte avec cadenas de sécurité, etc. 

Maintenant, qu’est-ce qu’on peut souhaiter au Centre LGBTI pour les années à venir ?

Continuer d’exister et de développer nos actions ! On se rend bien compte qu’aujourd’hui, on est très présent sur Tours. Mais, malheureusement, en ruralité, les personnes concernées n’ont pas les mêmes accès, n’ont pas forcément les moyens financiers ou physiques de se déplacer en ville. Donc l’idée, c’est peut-être de proposer des moments en visio ou d’autres choses dans le genre. 

On espère encore répondre le plus possible aux besoins qu’on nous fait remonter. C’est aussi, continuer à aller à l’extérieur et de dire “on peut être là pour vous”.

Ce qu’on souhaite, c’est que, si un jour le centre venait à disparaître, ce serait parce qu’on aurait rempli toutes les cases, qu’on aurait plus besoin, pas pour causes financières. 

Un degré en plus

A l’occasion de ses 20 printemps, le Centre LGBTI de Touraine organise une grande soirée d’anniversaire ce samedi 10 janvier au Bateau Ivre, à Tours. On vous en parle sur Info Tours.

Pour soutenir l’association, vous pouvez adhérer ou faire un don sur le site centrelgbti-touraine.org

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