Commerces de proximité à Tours : une certaine idée du lien social

Facebook
Twitter
Email

Quand on parle commerce à Tours on pense souvent aux boutiques du centre-ville, voire en 1er lieu au « Z » Rue de Bordeaux / Rue Nationale / Rue des Halles. C’est eux qui drainent le plus de trafic mais, dans les quartiers, les enseignes dites de proximité ont pour elles l’atout humain, parfois le luxe de prendre davantage le temps avec leur clientèle. Des pépites essentielles.

Au sud du Cher, le quartier des Deux-Lions n’est pas en reste niveau commerces. Il héberge le plus grand cinéma d’Indre-et-Loire, des enseignes à fort trafic comme Primark, Mango, H&M, Pitaya ou La Côte et l’Arête… Mais jusqu’ici il était très pauvre en commerces de proximité. Une pharmacie, un bureau de poste mais pas de boulangerie artisanale, pas de fleuriste. Une tentative de marché a échoué les mardis soirs, et la fermeture du supermarché Monoprix est imminente après une réduction de surface. Problématique dans un secteur qui compte 4 000 habitants, autant que Château-Renault.

Consciente du contraste, la mairie de Tours et la SET ont fait sortir de terre un centre commercial adjacent à L’Heure Tranquille, pensé comme un village pour donner une impression moins grise à ce secteur si bétonné. La fleuriste a été la première à ouvrir au moment de la St Valentin, déclarant un bon début d’activité à 37 degrés. Pareil pour le bar-restaurant-brunch Bonjour Bonjour qui se démarque des autres tables du secteur avec un menu à prix très abordable et une offre de petit déjeuner dès 8h. Succès immédiat en attendant une boulangerie, une fromagerie et une ou deux autres activités (non communiquées pour le moment).

Aux Deux-Lions, le potentiel de clientèle est évident entre la proximité de la station de tram, les bureaux, les habitants… Qu’en est-il aux Prébendes ? Le quartier résidentiel qui entoure le jardin est un des plus huppés de Tours. Ici on est à 10 minutes de tout : des Halles, de Jean Jaurès, de Grammont, de Liberté… Des commerces à foison. Mais tous en périphérie. Rien – ou presque – au cœur du quartier.

C’est en faisant ce constat qu’Hugo et Dimitri ont ouvert Le Petit Marché. Un nom simple, basique, pour une supérette ouverte 7 jours sur 7 mais sans rapport avec les Carrefour City et autres U Express qui émaillent les quartiers environnants. Ici on trouve surtout du bio, du local, en tout cas de l’artisanal. Tout de même un gros millier de références des pâtes aux fraises en passant par le jus d’abricot, les Petits Beurre, la sauce tomate, le fromage, les œufs, la viande, le café ou la farine.

« Je suis arrivé aux Prébendes quand j’avais 11 ans et j’ai toujours trouvé dommage qu’il y ait peu de commerces » raconte Hugo. Alors, avec son pote de lycée ils ont mûri leur projet, pris de la distance avec leurs carrières de photographe et coach sportif, et occupé l’ancien local occupé par un bar ou l’association de quartier. Apport réduit, travaux faits maison… et très vite on casse le mur du fond pour agrandir l’espace de vente, décaler la réserve et installer un petit labo de pâtisserie permettant d’écouler plusieurs dizaines de cookies par jour.

En ces temps économiques difficiles, le plan a séduit les banques. « On a rencontré six et trois étaient prêtes à nous suivre » racontent les deux jeunes hommes entourés de Lucine, leur vendeuse. Un trio qui se relaie de 8h à 20h depuis 8 mois (9h les samedis et dimanches) : « Les gens sont super contents et ils nous le rendent bien. On dépasse en moyenne les 150 personnes par jour, 3 fois plus que nos prévisions. Et on dépasse les 2 000€ de chiffre d’affaire quotidien quand on visait plutôt autour de 550€ » dévoilent-ils.

Leur recette : proposer des prix pertinents, parfois moins chères que dans des commerces similaires. « Certaines personnes ne viennent que pour le pain (d’Around the Bread), d’autres pour les fruits, la viande… On s’est adaptés à la demande pour compléter notre offre ce qui nous permet de toucher les jeunes avec 2-3 gammes de prix par produit, les 500g de pâtes à 1€19, mais on vise aussi les jeunes cadres dynamiques, les néo-Tourangeaux qui arrivent de Paris, les personnes âgées… »

A la lisière du jardin public, l’aspect social est évident : « Des fois des gens qui ne se sont pas vus depuis longtemps se disent bonjour, à d’autres ça leur permet de sortir à proximité plutôt que de se faire livrer par des proches, on a des enfants qui jouent, on aide certaines clientes à porter leurs courses… » poursuivent Hugo et Dimitri qui envisagent de se dédoubler et viennent de lancer un questionnaire pour une potentielle installation dans un autre secteur vivant mais pauvre en commerces de proximité… le secteur Cathédrale.

A l’autre extrémité du centre-ville, le quartier Courteline vient de perdre une de ses figures. Si une boulangerie vient de rouvrir à l’angle des rues Courteline et Lamartine, Valérie Coiffure a en revanche baissé le rideau après 24 ans d’activité. A l’origine uniquement dédié aux hommes, le salon était devenu mixte avec sa nouvelle responsable, une passionnée qui a toujours travaillé seule : « On est encore les seules personnes qui peuvent écouter les problèmes, de vraies éponges. C’est ce que je voulais. Être auprès des gens plutôt que de travailler pour une franchise » explique la professionnelle.

Son « petit cocon » elle ne le quittait que 15 jours dans l’année. Mais chaque soir, elle faisait la route jusqu’à Château-Renault pour prendre de la distance avec son travail, le temps de mettre de côté la lourdeur de certaines discussions. « Avec le recul on apprend à se protéger et à dire stop. On non poli, car on sent que certains pourraient franchir la limite » raconte Valérie, qui a des racines commerçantes puisque son grand oncle tenait une pâtisserie du quartier, qu’elle jouait dans la cour à 5 ans mais avait « interdiction de toucher aux gâteaux au chocolat. »

On lui demande si elle reviendra dans le quartier pendant sa retraite. « J’y reviendrai pour des besoins personnels mais je n’ai pas vraiment d’attache, il faut tourner la page » dit celle dont on sait, pourtant, qu’elle connait tout de l’activité des rues avoisinantes. Elle va voir tout le monde, discute… « Ça me fait mal au cœur que le commerce ne soit pas encore repris. Il y a eu des visites, de l’intérêt, mais rien de plus. On dit que c’est petit, pas assez lumineux, qu’il n’y a pas de place pour se garer… J’y verrais bien un salon d’esthétique par exemple, avec une cabine de massage car quand tout est fermé c’est calme. »

Pourtant, Valérie assure que l’activité tenait bon. Une clientèle souvent renouvelée mais un agenda tout de même bien rempli, grâce au bouche à oreille. Ainsi, elle n’a jamais fait de publicité. Ne faisait pas sa communication sur les réseaux sociaux, canal pourtant indispensable aujourd’hui, y compris – voire surtout – pour les indépendants. « Ici, ça s’est fait naturellement. Ce sont les gens autour qui font vivre les commerces, et c’est ce qui manque aujourd’hui car les gens veulent de la rapidité, avoir tout de suite, mais ce n’est pas forcément possible. »

D’après la coiffeuse, 70% des rendez-vous étaient générés par des habitantes et habitants de Courteline. Donc à pied. Sur ce point, elle fait le rapprochement avec les difficultés de stationnement. « J’aurais pu continuer » glisse-t-elle, précisant néanmoins qu’elle aspire aujourd’hui à prendre du temps pour elle ou pour sa fille.

Une dévotion, donc, mais pas indéfinie. Et elle a bien conscience que des profils comme le sien se raréfient au profit d’activités moins personnelles, plus administratives. Et que du coup des coins comme le sien se font moins vivants. « Ça a beaucoup changé, c’est différent, parfois tristounet » résume Valérie qui part tout de même avec forces bons souvenirs de grands échanges ou de petits services rendus. Sa vision du commerce.

Facebook
Twitter
Email

La météo présentée par

TOURS Météo

Inscription à la newsletter