C’est bien connu : les chiffres on peut leur faire dire ce qu’on veut. Et ceux qui concernent la délinquance en particulier. Si l’on ne prend pas en compte toutes les données, on peut vite aggraver ou minorer une situation. Avec l’évolution des pratiques, certains chiffres en augmentation se doivent également d’être nuancés. Cas pratique avec les résultats de la délinquance pour 2025 en Indre-et-Loire.
Si on le regarde comme ça, le chiffre marquant l’évolution des homicides en Indre-et-Loire est dramatique. +233% entre 2024 et 2025. Cela veut donc dire 3 fois plus de meurtres en un an. La donnée est véridique : 3 victimes contre 10 l’année suivante. 7 décès en plus. 7 de trop, évidemment, mais cela reste faible comparé, par exemple, au nombre de violences sexuelles, parfois elles-aussi passibles des assises : 1 435 faits dénoncés sur le département de janvier à décembre, soit 4 chaque jour.
Pour comprendre, il faut donc demander des explications sur ce chiffre des homicides. Par exemple, contrairement à d’autres années, il ne comprend pas de fémincide. Mais aussi, il n’a pas de lien avec le crime crapuleux. Donc pas de règlements de comptes sanglants comme on peut l’observer à Marseille, par exemple. Enfin, il faut aussi regarder ce qu’il se passait les années précédentes : 5 affaires d’homicide par exemple en 2023, en 2024 la baisse était donc quasiment de 50% en 12 mois.
De l’aveu de la préfecture et des forces de l’ordre interrogées ce lundi 2 février lors de la présentation du bilan départemental de la délinquance, cette hausse des procédures pour homicides serait donc « une fâcheuse coïncidence », liée à des affaires privées. Peut-être que si de telles données se répètent année après année, ou continuent d’augmenter il faudra se poser plus de questions. Mais les autorités l’assurent aussi : contrairement à des sujets comme la drogue, les violences sexuelles ou la sécurité routière, ce n’est pas vraiment un domaine où l’on peut faire de la prévention.
Il ne faut pas non plus minimiser. Cette hausse du nombre d’homicides a lieu au cours d’une année où les faits de violences sont tous en hausse en Indre-et-Loire. Augmentation des tentatives d’homicides (18), des violences physiques intrafamiliales (+6,3%, davantage que la moyenne nationale, avec 2 387 plaintes) ou des violences sexuelles (+8,8% avec 2,3 faits recensés pour 1 000 habitants, contre 1,9 sur la totalité du pays).
Là-encore, les chiffres bruts ne disent pas tout. Préfecture, police et gendarmerie reconnaissent qu’ils sont probablement liés à une hausse réelle des faits, malgré les actions de prévention et des actions comme le Grenelle contre les violences faites aux femmes. Mais il ne faut pas oublier que le département d’Indre-et-Loire est plutôt en avance sur l’accompagnement des victimes et le recueil des plaintes (avec par exemple le renforcement du dispositif de dépôt des procédures dès l’hôpital).
« Il faut mettre en valeur l’accompagnement du secteur médical qui accueille les victimes, mettre ça au crédit des associations qui se mobilisent, de la Maison des Femmes du CHU » explique la procureure de Tours, Catherine Sorita-Minard. De plus, les données prennent progressivement en compte davantage de retours, liés par exemple aux dispositifs de signalement proposés aux infirmières libérales ou aux kinés qui peuvent faire part de difficultés de leurs patients, dans le cadre de violences conjugales ou de violences sur personnes âgées.
« Sur les violences intrafamiliales, on prend aussi en compte les violences psychologiques et bientôt les violences économiques comme le refus d’accès à la carte bancaire » poursuit la représentante du parquet. En clair : le mot « violences » ce n’est pas uniquement des coups, c’est aussi de la pression ou de la rétorsion. Cela doit être intégré pour commenter objectivement l’information.
Ce qui est sûr, c’est qu’en 2025 les chiffres de la délinquance ne sont pas très réjouissants pour la Touraine, avec donc plusieurs données au-dessus de la moyenne nationale, comme les cambriolages, malgré une baisse… Mais là-encore, « il suffit d’une bande très active pendant quelques jours puis qui disparait pour voir un impact sur les statistiques » commente le préfet Thomas Campeaux.
Afin de juguler tout cela, et notamment d’accentuer la baisse des vols d’habitation qui a explosé depuis 10 ans, la préfecture tourangelle adapte en 2026 les mesures de sécurité du quotidien prises en 2025. Ses axes principaux : la surveillance des zones à risques, le développement des réseaux de voisins vigilants mais aussi la lutte contre le protoxyde d’azote (gaz hilarant) et l’installation d’une unité de police dédiée au renseignement contre le narcotrafic. Est-ce efficace ? Parfois. En 2024 la hausse des bagarres entre bandes de jeunes scolarisés avait été notée. Après une grande campagne de sensibilisation auprès de 2 000 jeunes, le phénomène s’est tari. L’initiative ne sera pas reconduite.








