Derrière l’expo Camille Claudel de Tours, l’enjeu de la représentation féminine dans les musées

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Jusqu’au 1er juin, le Musée des Beaux-Arts de Tours programme l’exposition « Au Temps de Camille Claudel » dédiée à la grande sculptrice française de la fin du XIXe siècle et du début XXe… mais surtout aux autres femmes artistes qui ont évolué à ses côtés à cette époque, à Paris, dans un monde de l’art particulièrement sexiste. Un parcours événement qui nous rappelle que nos musées peinent à présenter des œuvres réalisées par des femmes.

Camille Claudel est née en 1864 dans l’Aisne et s’est installée à Paris au début des années 1880. Sa carrière a duré une trentaine d’années, jusqu’à son internement en 1913. Ses sculptures sont nationalement et internationalement reconnues mais à cette époque, le monde de l’art ne laisse que peu de place aux femmes. Les textes de l’exposition « Au temps de Camille Claudel » présentée au Musée des Beaux-Arts de Tours le montrent dès la première salle : elles étaient exclues des écoles de Beaux-Arts, les formations auxquelles elles pouvaient avoir accès étaient plus onéreuses que pour les hommes (car on considérait qu’il s’agissait de bourgeoises qui s’ennuyaient) et faut de moyens financiers elles ne pouvaient pas facilement accéder aux matières premières chères comme le marbre.

C’est donc une exposition « de société », l’illustration d’un combat pour exister, que l’on découvre au rez-de-chaussée du MBA de Tours. Une vingtaine d’artistes représentées, une petite centaine d’œuvres dont une dizaine de Camille Claudel… mais aussi les créations des autres femmes qui évoluaient à cette époque. « L’objectif c’est de montrer que Camille Claudel est restée dans les mémoires mais que les autres qui lui ont précédé et succédé ont disparu de la scène artistique » explique l’équipe de l’exposition… par ailleurs 100% féminine, autre preuve – dit-elle – que le sujet intéresse peu car les hommes ont bien du mal à s’en emparer.

« A cette époque, les filles faisaient de la dentelle mais n’allaient pas se salir les mains avec de la pierre ou de la terre » nous explique-t-on. La sculpture est vue « comme un air viril. Une bonne sculptrice a un tempérament masculin. » Ainsi, une femme ne pouvait pas sculpter un homme nu : on ne la laissait pas seule avec un modèle entièrement déshabillé.

Dans cette époque, une femme (par ailleurs passée par Tours) a pu trouver une solution : utiliser le nom de son mari afin d’être achetée et exposée. C’est Marie Casin. Et c’est donc l’histoire de ces femmes qui ont lutté pour se faire un nom, ces artistes dont on ne mentionnait pas forcément le talent sur l’épitaphe, ou dont on effleurait à peine le nom dans les critiques d’art, qui ont enfin le premier rôle. Mais il a fallu batailler car de nombreuses œuvres étaient jusqu’ici invisibles au public.

« L’enjeu c’était aussi de les restaurer pour qu’elles ne retournent pas en réserve après l’exposition » expliquent ses commissaires. Car quand on sait qu’environ 90% des œuvres du Musée des Beaux-Arts de Tours sont d’origine masculine, on comprend clairement l’enjeu. Il faut aujourd’hui passer de l’étape de l’exposition temporaire consacrée aux femmes artistes à l’avènement de leur présence et de leur mise en valeur dans les galeries permanentes. Ce sera le cas par exemple pour Marie Casin. Et on l’espère pour les 5 propriétés du MBA présentées dans le cadre du cursus Claudel.

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