Qualifié pour la première fois au second tour des élections municipales en 2014, le Front National avait réussi à obtenir deux sièges au conseil municipal de Tours. Devenu le Rassemblement National, il espère rééditer cette performance en 2026 après une élimination dès le 1er tour en 2020. Pour y parvenir, le parti mène une campagne offensive avec des éléments de langage bien rodés.
A Tours, le Rassemblement National a une malédiction à casser : une tendance à perdre des voix entre le 1er et second tour des scrutins locaux. En 2014, le parti s’était qualifié pour le second tour des élections municipales mais il avait perdu plus de 1 500 voix en une semaine, passant de 13 à 8,5%. Même sanction en 2021 lors des élections régionales, ou la liste d’Aleksandar Nikolic avait égaré 300 voix en 7 jours.
Qu’en sera-t-il en 2026 ? Avec plus de 11% des voix, le RN est de nouveau qualifié au second tour pour la mairie. Pas du tout favori pour l’emporter, mais il espère faire plus que de la figuration pour s’imposer de nouveau dans l’assemblée municipale. Avec au moins deux élus (la tête de liste Aleksandar Nikolic et sa N°2 Céline Ballesteros issue de l’UDR d’Eric Ciotti) voire plus. Un pari pas simple, et le candidat le reconnait lui-même.
Croisé jeudi matin sur le marché de la Place de Strasbourg, Aleksandar Nikolic reconnait s’être inquiété, y compris pour la capacité de sa liste à se qualifier au 2e tour. Car malgré des résultats en progression sur les votes nationaux, voire des chances de victoires lors des dernières législatives en Touraine, le RN a tendance à patiner sur les scrutins locaux, de surcroit dans les villes. Et pas qu’en Touraine (le candidat prend pour exemple les chiffres de Châteauroux ou Orléans).
Le RN doit donc à la fois faire campagne pour élargir sa base, mais aussi consolider ses acquis. Pour cela, il va évidemment sur les marchés mais aussi aux sorties de supermarchés : « A Auchan entre 18h et 19h, on ne croise pas les mêmes personnes » explique la tête de liste. Ses jeunes militants ajoutent avoir fait imprimer de nouvelles affiches pour rappeler la présence du parti au second tour à coller sur les panneaux électoraux et d’affichage libre.
Les tentatives de convaincre se font aussi, naturellement, sur les réseaux sociaux, alors qu’une part de plus en plus large des soutiens du parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella sont des jeunes. Cela passe par des vidéos peu produites, où Aleksandar Nikolic martèle ses éléments de langage sur la sécurité, le racisme anti-blancs ou la nécessité de « remettre de la voiture en ville ».
Le candidat fourmille aussi d’attaques sur ses adversaires. L’association entre le maire écologiste sortant et LFI, bien sûr. Mais aussi une multitude de coups contre Chrisotphe Bouchet qui mène l’union de la droite et du centre. C’est presque contre lui qu’il est le plus sévère, lui reprochant d’avoir refusé une alliance « alors que notre seule exigence c’était un engagement à baisser les impôts fonciers. Je n’ai pas bien compris ses arguments » et insistant sur le fait que le centriste ne s’était opposé qu’à 5% des délibérations en conseil municipal ces 6 dernières années : « C’est un consensus entre le macronisme mou et la gauche radicale ».
A écouter les équipes du RN, ces arguments semblent prendre : « On a plutôt reçu un bon accueil aux Halles » commente par exemple Aleksandar Nikolic. Ex-LR passée UDR, l’ancienne adjointe au commerce Céline Ballesteros fait la même analyse et assume plus que jamais sa bascule : « C’est la suite logique de ce que j’incarne », assurant que si Christophe Bouchet ne bouge pas pour « mettre plus de voitures en ville » beaucoup de commerçants « fermeront dans 6 mois » (elle même ancienne patronne de boutique, elle a beaucoup axé ses actions de terrain vers ce milieu).
Se constituer un réseau c’est d’ailleurs le plus grand objectif du RN dans ce scrutin. Déjà implanté à la région, il veut se créer de meilleures bases en Touraine et avait besoin de têtes fortes pour cela. Aleksandar Nikolic abandonnera d’ailleurs son mandat à Orléans pour se consacrer à Tours. Il promet d’être actif au conseil municipal, espérant en faire un tremplin pour aller prendre au moins une circonscription tourangelle aux législatives en 2027. Dans cette perspective, les résultats du 22 mars seront riches d’enseignements. Y compris à Amboise, la seule autre ville du département où le parti a monté une liste (pour le coup non sans polémique avec un candidat accusé de transphobie et 3 autres qui n’assument pas la stratégie de maintien au second tour).
De plus en plus structuré dans le pays, le RN semble donc encore manquer d’assise à l’échelle tourangelle. Manifestement, c’est aussi pour ça qu’Aleksandar Nikolic (député européen et porte parole du parti) a été missionné à Tours. « Cette campagne nous permet de construire un réseau, j’ai notamment pu parler à 4 maires de la Métropole, avoir des contacts avec Frédéric Augis ». S’imposer dans le paysage en donnant du poids au parti via sa présence nationale.










