La fusion entre les listes « Tours Inspire » d’Emmanuel Denis, arrivée en tête avec près de 34% des voix au premier tour et « Faire Mieux pour Tours » menée par Marie Quinton, fait beaucoup parler depuis dimanche soir. Les opposants dénonçant une ligne rouge franchie par le maire sortant.
Rappelons que cet accord permet à une partie de la liste menée par Marie Quinton, soutenue par LFI, d’intégrer celle de l’écologiste Emmanuel Denis. Ce rassemblement parait une condition sine qua non pour l’emporter dimanche prochain, au regard des résultats du premier tour. Il a fallu donc négocier pendant de nombreuses heures entre les deux parties dans la nuit de dimanche à lundi pour trouver un arrangement qui permette ce rassemblement.
A écouter les protagonistes, celui-ci est pourtant assez naturel. Pour Marie Quinton : « C’est un engagement qu’on avait porté pendant la campagne, de réaliser l’union de la gauche entre les deux tours. C’est donc un respect de la parole donnée aux électeurs, y compris sur les engagements programmatiques qui intègrent le projet commun comme le RIC, la cantine gratuite progressive ou l’office de lutte contre les discriminations… »
De son côté Emmanuel Denis se disait « heureux » de cette fusion qui est selon lui la « continuité de la majorité précédente. La gauche est unie depuis 2020 à Tours. »
« Un accord qui respecte les équilibres »
Malgré tout, s’il déroule la liste des partis et associations partenaires « au nombre de 10 » dit-il, il a perdu entre les deux tours le soutien de Place Publique, le parti de Raphaël Glucksmann, qui avait dressé comme fil rouge à son soutien, le rejet de tout accord avec LFI. De quoi créer un peu de remous, puisque sa cheffe de file départementale Sarada Loock a décidé de maintenir sa présence sur la liste « Tours Inspire » malgré tout et quitte par la même occasion Place Publique.
« On a aujourd’hui des enjeux locaux très importants. Je ne pense pas qu’il faille penser stratégies nationales et de projeter sur d’autres élections » a commenté Emmanuel Denis, en regrettant le départ de Place Publique. Discours semblable chez Sarada Loock qui indique privilégier « le local avec des membres insoumis pas si éloignés en termes de programme par rapport à nous ».
La mise en avant de l’aspect local c’est aussi la teneur du discours de Franck Gagnaire, 1er socialiste du département, qui indique : « nous travaillons avec Marie Quinton depuis 6 ans, ce n’est pas Sophia Chirikou ou Sébastien Delogu, nous n’avons jamais eu de gros différents et vous avez vu que la campagne des uns et des autres a été respectueuse. Je pense que c’est un point important ayant permis cet accord. »
Un accord qui respecte « les équilibres et où personne n’est hégémonique » selon Franck Gagnaire et Emmanuel Denis, ce dernier indiquant que 10 places (dont 7 en positions éligibles) ont été attribuées aux membres de la liste « Faire Mieux pour Tours », chaque bloc présent initialement ayant accepté de laisser un peu de place. « Notre liste est comme en 2020 constitué en trois tiers égaux entre la gauche radicale (LFI, l’Après, C’est au Tours du Peuple…), la gauche socio-démocrate (En Avant !, PS, Génération.s …) et un tiers écolo-cogitations citoyennes. »
L’épouvantail LFI
Des propos qui se veulent rassurants, alors même que les opposants au maire sortant et ses alliés ne cessent d’attaquer et de leur faire un procès en radicalité. Christophe Bouchet indique notamment que « LFI en 2026 n’est plus la même chose qu’en 2020, depuis Jean-Luc Mélenchon a franchi la ligne rouge avec des propos antisémites inacceptables et que personne n’a condamné au sein de la majorité sortante et ses alliés ».
« Nous sommes habitués à l’outrance de nos opposants » balaye en réponse Emmanuel Denis, « Nous n’avons pas à faire la démonstration de nos valeurs qui sont celles de la République : Liberté, Egalité, Fraternité et aussi Sororité. Ils n’arriveront pas à nous déstabiliser, notre sujet à nous c’est Tours et ses habitants ».
Reste que pour une partie de l’électorat, en partie informé principalement par les chaines d’information en continu, le sujet LFI est bel et bien présent et représente parfois un épouvantail (bien agité par la droite), ce que conçoit Franck Gagnaire : « J’entends les préoccupations d’une partie de notre électorat, mais je les rassure, notre lutte contre toute forme de discrimination comme le racisme et l’antisémitisme est réelle. Nous ne nous inscrivons pas dans le sillage des dérapages de personnalités nationales que nous dénonçons. »
Pas de quoi éteindre la polémique néanmoins, qui s’est même invitée hors du débat entre candidats, puisque le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) de la région Centre-Val de Loire a dénoncé également par communiqué cette alliance, écrivant notamment sans retenue : « Le Crif région Centre Val-de-Loire est scandalisé par l’accord qu’il vient de convenir avec la liste de La France insoumise (LFI) pour le second tour des élections municipales. […] S’allier pour des raisons bassement électorales avec des représentants de ce parti d’extrême gauche violent, intolérable, populiste soutenant l’islamisme radical, l’antisémitisme, la haine des Juifs et d’Israël, et dirigé par un dictateur est indigne des valeurs de notre République auxquelles nous sommes et resterons toujours attachés, sans compromission aucune. Cette alliance est une faute politique et morale que nous condamnons. »










