Certains l’appellent le 3e tour. Après les 2 tours des élections municipales qui ont rendu leur verdict dimanche 22 mars au soir, on connaît précisément les 87 élus qui siègeront à Tours Métropole pour les 6 prochaines années (7 si les Municipales sont décalées en 2033 en raison de la Présidentielle un an plus tôt). 87 élus représentant les 22 communes constituant l’intercommunalité de l’agglomération tourangelle qui ont déjà une lourde tâche : désigner en leur sein qui prendra la présidence de la Métropole et quelle gouvernance il y aura…
L’enjeu est important car Tours Métropole, bien qu’elle ne fut pas au cœur des débats pendant les Municipales, porte des compétences clés qui pèsent directement sur le quotidien des habitants : développement économique, mobilités, transition écologique ou encore gestion de grands équipements. La présidence de la Métropole confère ainsi un pouvoir d’arbitrage déterminant, capable d’orienter les priorités budgétaires et les projets structurants à l’échelle de l’agglomération. L’un des défis majeurs de la gouvernance métropolitaine réside dans l’équilibre entre la ville-centre et les communes périphériques. Les 87 élus représentent des réalités territoriales très différentes, tant en termes de population que de besoins et de capacités financières.
Qui dès lors pour avoir la légitimité de présider cette instance qui par le passé n’a pas manqué de faire parler et qui cherche encore son rythme de croisière ?
Si on prend les rapports de force politiques sortis des urnes les 15 et 22 mars prochains, on se rend compte qu’élus affirmés de gauche et de droite sont peu ou prou au même nombre. Oui mais dans plusieurs communes, notamment celles les moins peuplées, les maires élus sont bien souvent « sans-étiquettes ». Or si jusqu’en 2020, une espèce de concorde entre les 22 maires a existé sans jeu politicien, la recomposition de l’assemblée en 2020, avec désormais 87 élus, a redessiné les équilibres en renforçant le poids des communes les plus peuplées à commencer par Tours qui dispose désormais de 38 élus (dont 28 pour ce mandat pour la seule majorité d’Emmanuel Denis). On l’a vu dans le mandat qui vient de s’achever, les débats ont été plus politiques depuis 2020, non sans polémiques et atermoiements (on ne reviendra pas sur les crises qui ont émaillé la vie métropolitaine entre 2020 et 2022).
La présidence pour la ville de Tours ?
Dans beaucoup de métropoles françaises, la ville centre est aux commandes de l’exécutif intercommunal, faisant de Tours Métropole une figure d’exception. Depuis 2014 et le choix de Serge Babary de ne pas solliciter la présidence de ce qui était encore qu’une communauté d’agglomération, la ville de Tours n’a plus la présidence en effet. Or, elle représente à elle seule 40% de la population de l’intercommunalité, sans compter le poids naturel de la centralité. Emmanuel Denis l’a ainsi indiqué dès dimanche soir, après son élection « j’ai la légitimité pour prétendre à la présidence », (ndlr : comprendre lui ou un proche de son équipe) avant de préciser « mais il faut proposer et construire un pacte métropolitain avec l’ensemble des communes ». Un jeu d’équilibriste donc pour le maire de Tours qui a su montrer dans le mandat précédent qu’il était capable de travailler avec Frédéric Augis, le maire de droite de Joué-lès-Tours, qui présidait Tours Métropole. Alliance de circonstance pour le bien du territoire pour les uns, mariage de la carpe et du lapin pour d’autres, quoiqu’il en soit, la réélection d’Emmanuel Denis, lui confère un poids politique plus important qu’en 2020 où il arrivait tout juste avec beaucoup de défiance et de craintes de la part d’élus installés qui regardaient parfois avec circonspection l’arrivée d’élus issus de la vague verte (et rouge).

S’il tenait à prendre vraiment la présidence métropolitaine, Emmanuel Denis ne pourra pas se contenter uniquement des élus issus de sa liste, au nombre de 28 donc. Difficile de le voir passer une alliance purement ville de Tours avec son opposition municipale également pour renforcer le poids de la ville centre. Ce sont donc les élus des villes voisines qui vont faire la différence. A ce niveau, le maire de Tours peut compter sur le soutien de maires comme Sébastien Clément à La Riche. Ce dernier était d’ailleurs présent à l’Hôtel de Ville de Tours dimanche soir, aux côtés de sa première adjointe écologiste, Armelle Audin, pour féliciter son homologue tourangeau. Le maire de Notre Dame d’Oé, Patrick Lefrançois, est un allié également d’Emmanuel Denis, Ballan-Miré est resté à gauche en réélisant Thierry Chailloux, qui pourrait faire figure de candidat du compromis à gauche par ailleurs si les élus métropolitains refusaient fermement à la ville de Tours la tête de l’exécutif…
A l’inverse, Chambray-lès-Tours a basculé à droite en élisant Michel Lamy comme maire, Saint-Pierre-des-Corps est conservée par Olivier Conte (maire divers-droite)… Ailleurs les vice-présidents en place comme Philippe Briand, Laurent Raymond ou Cédric de Oliveira ont largement été réélus également, maintenant leurs villes de Saint-Cyr-sur-Loire, Saint-Avertin et Fondettes dans le giron de la droite, tout comme Frédéric Augis à Joué-lès-Tours.
A droite, les noms de Frédéric Augis et Cédric de Oliveira circulent…

Que fera ce dernier ? Président sortant qui a réussi à trouver un consensus avec la ville de Tours et l’ensemble des maires au cours du mandat précédent, mais qui est par ailleurs bousculé par une partie de son camp politique pour les polémiques liées à sa personnalité (et notamment l’affaire de l’insulte raciste conférée à Cédric de Oliveira en marge d’une séance du conseil métropolitain). Pour l’heure, Frédéric Augis n’affirme pas s’il est candidat de nouveau à la présidence, indiquant simplement qu’il faut prendre le temps de discuter avec tout le monde pour faire avancer un projet commun.
L’autre nom qui circule dans les rangs de la droite tourangelle pour cette présidence c’est celui de Cédric de Oliveira. Ce dernier préside déjà l’association des maires du département et à ce titre s’est créé une image d’élu consensuel, capable de parler avec tout le monde. Interrogé dimanche soir sur le plateau de Val de Loire TV, il n’a pour le moment pas indiqué non plus ses intentions, expliquant simplement son souhait de voir une métropole « moins politisée » et une « autre méthode pour faire avancer les projets ».

La décision devrait se jouer en dehors des regards indiscrets, avant d’être officialisée au grand jour le 09 avril prochain lors du Conseil Métropolitain d’installation. Mais derrière ces questions de postes et d’équilibres politiques, la vraie question est celle du projet de territoire, alors même que jusqu’à présent, la Métropole a un fonctionnement parfois décrié.
Or les enjeux sont importants, la prochaine assemblée métropolitaine devra notamment mener à bien le projet de 2e ligne de tramway et son financement, (avec la question de l’imposition nouvelle ou non pour y arriver) mais aussi réussir à enfin mettre en place une feuille de route globale, dépassant la simple addition des intérêts communaux des uns et des autres, afin de dresser enfin un véritable projet structurant sur l’ensemble du territoire.








