A Tours, les coulisses du premier conseil municipal du mandat Denis II

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Vendredi 27 mars, Emmanuel Denis a officiellement reçu l’écharpe de maire pour la 2e fois. Réélu avec 47% des voix au 2e tour des élections municipales, l’écologiste conserve donc les rênes de la ville de Tours pour les 6 années à venir, et sans doute 7 si le mandat est prolongé jusqu’en 2033 pour éviter un télescopage de scrutin avec la présidentielle 2032. A quoi doit-on s’attendre ? La soirée d’installation a donné quelques indices malgré son ton très protocolaire.

Les oppositions n’ont pas souhaité prendre la parole lors de la séance d’installation du conseil municipal de Tours ce vendredi 27 mars. Pas de discours ni de coup d’éclat. Par exemple, ni Christophe Bouchet, ni Aleksandar Nikolic n’ont présenté leur candidature au poste de maire, démarche vouée à l’échec quand il y a une majorité claire mais qui a le mérite d’instaurer une petite compétition.

Le vote à bulletins secrets – et ceux qui suivirent pour les adjoints et adjoints de quartiers – ont néanmoins offert quelques particularités. Déjà, l’urne a systématiquement recueilli plus de bulletins que de votants (56 ou 57 alors que 55 étaient attendus). Et certains bulletins sont arrivés en partie rayés, pour masquer les noms des 3 personnalités issues de La France Insoumise, l’alliance d’Emmanuel Denis avec le camp de Jean-Luc Mélenchon étant dénoncée haut et fort depuis les dernières outrances du candidat à l’élection présidentielle et le classement du courant à l’extrême gauche par le ministère de l’intérieur.

Ce mouvement d’humeur donne le ton. A droite on nous fait bien comprendre que l’on rappellera à l’envi cette association. C’est au nom de cet accord que Christophe Bouchet a refusé – contre toute convenance – d’adresser ses félicitations républicaines à Emmanuel Denis après sa victoire. Et même si les compétences de Marie Quinton sont reconnues pour le travail de ses dossiers, son étiquette passe au-dessus. En gros, si elle veut gagner le respect, elle doit changer de parti.

Face à ce dogmatisme, le maire de Tours reste pour l’instant de marbre. Sa liste de 16 adjoints compte 3 personnalités de la liste France Insoumise + Christine Blet dans le quintet des adjoints de quartiers. Et globalement, Emmanuel Denis a bien pris soin de respecter les équilibres politiques dans son exécutif. Il a évité la provocation en ne nommant pas Marie Quinton 1ère adjointe (elle tout de même le statut de N°3). Il place un socialiste en N°2 (Franck Gagnaire) et une de ses plus fidèles en N°1 (Cathy Savourey, issue des Cogitations Citoyennes). Le communiste Pierre Jouan est N°4. Tous les égos sont satisfaits.

Mais quid de Sarada Loock, N°4 de la liste et encartée Place Publique jusqu’à son départ du parti qui refusait de s’allier avec LFI ? Son placement aurait laissé supposer un poste. « Je ne peux pas car je n’ai pas encore la nationalité française » nous explique-t-elle. CQFD. 3 autres absences sont très remarquées dans la garde rapprochée du maire : Martin Cohen qui avait en charge les questions d’écologie, Betsabée Haas qui s’occupait des espaces verts et Alice Wanneroy qui disposait du poste de première adjointe. Emmanuel Denis a fait chaleureusement applaudir le trio en fin de séance.

Argument officiel de leur départ : « Il faut laisser la place à d’autres, c’est un choix ». Argument officieux : les 3 sont pressentis pour prendre des vice-présidences à Tours Métropole. Car en filigrane, c’est bien à la gouvernance de l’agglomération que tout le monde pensait. De sa couleur dépendront beaucoup d’évolutions de la ville de Tours. 3 personnalités tiennent la corde pour obtenir la présidence : le sortant Frédéric Augis, le maire de Fondettes Cédric de Oliveira et Emmanuel Denis.

« Il la veut » confirment plusieurs de ses soutiens qui font les comptes : 38 conseillers métropolitains ont une sensibilité de gauche, 38 sont clairement à droite. Si on fait de l’arithmétique simple, on se dit qu’il y a 11 personnes apolitiques à convaincre. En fait c’est beaucoup plus compliqué que ça. Des dissidences ne sont pas exclues selon le projet : un exécutif clairement politisé ou, par exemple, un président de droite/de gauche mais qui gouverne avec les deux camps comme l’a fait Frédéric Augis ces dernières années (avec des lenteurs d’exécution, mais plutôt un succès d’estime chez les élus).

Dans les deux camps on joue des coudes et on fait les comptes. On nous assure que la droite réussira à se mettre d’accord avant le 9 avril pour ne présenter qu’un candidat et jouer le « tout sauf Emmanuel Denis ». Justement, à gauche, on essaye de voir si l’écologiste peut séduire ou si il faut un plan B. Jean-Patrick Gille aimerait être ce recours. « J’ai été 1er adjoint, je suis là depuis le début de Tour(s)Plus, je suis élu à la Région. Je ferai bien le job mais mes chances sont minces » reconnait-il. Son côté éléphant de la politique tourangelle joue contre lui. Alors qui d’autre ? Les noms ne sortent pas facilement. « Il faut un politique, pas quelqu’un de technique » nous souffle-t-on.

Un degré en plus :

Comme le veut la tradition, c’est la personnalité la plus âgée qui préside l’ouverture du premier conseil municipal avant l’élection du maire. Il s’agissait de Marie-Lou Guardia, colistière d’Emmanuel Denis. Dans son court discours, elle a fait référence à ses origines espagnoles, et au fait que ses proches n’ont que très récemment été reconnus comme victimes de la dictature de Franco.

En aparté, on lui demande s’il y a un message spécifique alors que le Rassemblement National fait son retour au conseil municipal de Tours après 6 ans d’absence. « C’était pour dire attention » reconnait cette élue naturalisée française « que l’extrême droite nomme une ‘Française de papiers’ alors que je suis autant légitime que les autres ».

Par ses quelques mots, elle a donc voulu transmettre « un signal pour alerter sur la montée de l’extrême droite. Pour rappeler qu’en Espagne il a fallu attendre un gouvernement de gauche pour s’occuper de la question de l’identification des victimes du Francisme. Et que malgré cela, la ville de Séville est récemment passée de la gauche à la droite soutenue par l’extrême droite. »

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