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A Tours, Keolis garde la main sur les transports en commun

Le conseil métropolitain a validé le dossier en quelques minutes lundi soir : après un an de discussions et de négociations plutôt rudes, les élus ont décidé que la société Keolis allait gérer le réseau bus et tram Fil Bleu de l’agglomération du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2025. La filiale de la SNCF conserve donc le marché tourangeau aux dépens de son concurrent Transdev qui a mis de gros moyens dans la balance pour tenter de décrocher le contrat.

Deux jours de négociations en janvier, une journée en février, une en mars, deux en avril… A chaque fois, des discussions de plusieurs heures… Choisir le délégataire d’un réseau de transports en commun n’est pas du tout une décision qui se prend à la légère. C’est donc un long processus qui s’est achevé ce lundi 19 novembre avec la désignation de Keolis par les élus de Tours Métropole. Déjà en place depuis de longues années, la filiale de la SNCF a, pour la première fois, été mise en concurrence avec une autre entreprise, et pas n’importe laquelle : Transdev. Gérant des réseaux comme Nantes et Grenoble, mais aussi des lignes interurbaines en Touraine, la société française qui dépend notamment de la Caisse des Dépôts a mis des moyens importants sur la table pour tenter de remporter le marché, au contraire d’RATP Dev et NEX Continental Holdings qui n’ont pas souhaité présenter d’offre même si elles avaient fait part de leur intérêt pour la compétition.

Cette concurrence a eu du bon selon Frédéric Augis, le vice-président de la Métropole en charge des transports : « l’offre a évolué, nous économisons 2 millions d’euros par an par rapport à l’ancien contrat » explique l’élu qui a été en charge d’une grande partie des discussions et qui a par ailleurs fait baisser l’enveloppe réclamée de plus de deux millions d’euros pour chaque candidat en moins de 12 mois. Pour bien comprendre, 3 chiffres :

  • Le fonctionnement du réseau Fil Bleu coûte 65 millions d’euros par an
  • Jusqu’à cette année 2018, Tours Métropole versait près de 38 millions à Keolis, le reste étant financé par le Versement Transports, un impôt payé par les entreprises de l’agglomération
  • A partir de 2019 et jusqu’en 2025, Tours Métropole paiera 35,7 millions d’euros par an à Keolis… pour une gamme de services plus étendue

Pour leurs offres, Keolis et Transdev se sont basées sur les conditions fixées au préalable par la Métropole… Parmi les critères : la nécessité d’acheter de nouveaux bus écologiques (fini le diesel), l’importance de renforcer le transport à la demande, la volonté de créer des navettes pour relier les quartiers isolés de Joué et Tours Nord au tram ou encore la reprise et l’amélioration du service Fil Blanc dédié aux personnes à mobilité réduite

Auparavant géré séparément, Fil Blanc sera désormais intégré dans la Délégation de Service Public Fil Bleu. Néanmoins, l’organisation du service devrait rester la même voire s’améliorer avec plus de possibilités de voyages ou de nouveaux services comme la détection de la présence d’une personne handicapée à un arrêt de bus en amont par le conducteur du véhicule pour assurer sa prise en charge dans de meilleures conditions.

Des tarifs calculés à l’euro près

Ensuite, chacun a proposé ses options : desserte renforcée du Parc Expo, de l’Espace Malraux ou de l’aéroport, évolutions des règles de maintenance et d’entretien, innovations technologiques… Tout est quantifié en nombre de kilomètres ou en euros, à l’unité près. Souvent, les tarifs sont assez proches, mais finalement 2 millions d’€ séparent l’offre de Keolis de celle de Transdev : d’un côté chaque kilomètre parcouru vaut 3€46, 3€50 de l’autre. A noter que certains services seront assurés par des sous-traitants ou par des taxis.

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Ce sont donc deux visions de l’organisation des transports en commun dans l’agglomération que les élus ont eu à départager, deux dossiers qualifiés d’aboutis, de qualitatifs, avec parfois des propositions audacieuses. La différence s’est faite sur le prix, mais pas seulement. Des détails comme la circulation de certaines lignes en soirée, le service de transports estival, l’embauche de personnes éloignées de l’emploi, l’utilisation d’un produit pour améliorer la beauté des rames de tramway ou l’accessibilité de l’agence commerciale aux personnes handicapées ont été scrutées et ont pu faire la différence.

La prise en compte des travaux de la seconde ligne de tram

En choisissant Keolis, Tours Métropole fait le pari de continuer avec une entreprise qui a su relever le défi de la mise en place du tramway avec une hausse constante du nombre de voyages sur le réseau depuis sa mise en service en septembre 2013. Ce n’est pas anodin car, d’ici 2025, l’agglomération espère bien mettre en service une seconde ligne. Dans le dossier de candidature, tout est d’ailleurs prévu : le phasage des travaux, la mise en place d’un Plan B par bus quand il faudra arrêter le tram A pour poser de nouveaux rails ou encore l’allongement du temps de travail des conductrices et conducteurs à cause des difficultés de circulation. Rien n’est laissé au hasard.

Si le calendrier est respecté, dès 2022, le réseau Fil Bleu sera donc transformé avec une adaptation du réseau de bus aux chantiers, puis en 2025 il sera reconfiguré pour s’adapter à la ligne B du tram. Dans l’intervalle, le parc de véhicules sera passé de 162 à… 130. Et chaque nouveau bus acquis roulera au gaz naturel ou à l’électricité, un choix coûteux (700 000€ par véhicule, deux fois plus qu’un bus thermique) mais qui sonne comme une victoire pour l’élu écologiste Emmanuel Denis qui réclamait une telle décision depuis 2014. Les premiers véhicules « propres » devraient assurer leurs premiers voyages à l’horizon 2020, on devrait en compter 50 d’ici 2025. La ligne 4 (qui va de Rempart aux Atlantes) pourrait par ailleurs passer à l’électrique avec l’achat de 10 bus.

Des tarifs amenés à évoluer

Dans les prochains mois, sauf recours judiciaire pouvant remettre le choix en question, Tours Métropole va continuer de discuter avec Keolis pour affiner les évolutions de service et les options imaginées dès septembre 2019. Il sera aussi question des modifications de tarifs, et en particulier des prix proposés aux étudiants car chaque année Tours est citée comme une des villes les plus chères de France dans ce domaine, l’enjeu étant donc de sa rapprocher d’autres agglos comme Orléans ou Grenoble et de ne plus avoir un pass à presque 300€ par an mais plutôt un abonnement autour des 200€. Une tarification sociale, demandée depuis plusieurs années, est également dans la balance. Quant à l’abonnement tout public, il devrait lui passer de 39€50 à 45€ d’ici 2025 « mais avec des services en plus » rassure Frédéric Augis pour faire accepter cette augmentation.


Un degré en plus :

Ce lundi soir, Tours Métropole a également annoncé le coût définitif de la première ligne de tramway, après renégociation des crédits et solde de toutes les opérations. Celui-ci est donc de 469 millions d’euros. Désormais, la Métropole espère des appels de l’Etat pour financer des projets de nouvelles mobilités, ce qui ouvrirait la voie à des financements de Paris pour diminuer l’impact de la ligne B du tram sur les finances de l’agglomération.

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