Les rides, les cheveux blancs… En général on n’a aucune envie de les voir arriver. Avec le temps, on subit les anniversaires. On appréhende le cap des 30 ans, 35, 40, 50… On ne sait pas forcément comment réagir à tout ça. Et on déprime. Alors qu’on ne devrait pas. C’est en tout cas ce qu’affirme un médecin du CHU de Tours. Un gériatre, d’ailleurs. Et si le mot fait peur, il ne faut pas. L’homme a une personnalité diablement dynamique et il sort un livre pour montrer que vieillir ce n’est pas une fatalité. Mais aussi que l’on peut bien vieillir. Rencontre avec Bertrand Fougère à l’occasion de la sortie de L’âge c’est dans la tête aux éditions Vuibert.
Est-ce que vous pouvez m’expliquer comment est né ce projet de livre ?
L’idée, c’était de casser des préjugés sur le vieillissement, en se disant que vieillir c’est réussir sa vie. Et donc, comment on peut se dire que chaque étape de sa vie est une réussite et qu’on apprend à vieillir. On a tous envie de vieillir, parce que si on ne vieillit pas, c’est que ça s’est mal passé avant. Mais en même temps, on veut tous vieillir en restant jeune.
Pourquoi on ne supporte pas de vieillir ?
Parce que vieillir, c’est apprendre à perdre. Apprendre à perdre son corps qui change, apprendre à être parfois moins performant sur certains domaines, mais c’est aussi apprendre à gagner de nouvelles choses et de nouvelles belles choses, parce qu’en fait, on voit bien que quand on vieillit aussi, on s’enrichit de son expérience, on s’enrichit des choses qui sont passées. On s’enrichit aussi de nouvelles choses, régulièrement. On peut se dire : dans ma tête, je peux être un adolescent de 15 ans un peu foufou un jour, je peux être Working Girl ou Working Boy de 30 ans, je peux être parent de 50 ans, et je peux aussi avoir 60 ans, posé, un peu plus réfléchi dans ma tête. L’avantage de vieillir, c’est de pouvoir vivre tous les âges.
À quel âge devient-on vieux ?
On est tous le vieux de quelqu’un. Schématiquement, on pense que le vieux, c’est celui qui a une quinzaine d’années de plus que nous. Et nous, de façon très subjective, on a l’impression d’avoir entre 8 et 10 ans de moins. Ce qui est surtout important, c’est d’être bien dans son vieillissement et de faire en sorte de bien vieillir. Comment s’adapter au changement pour en faire un vieillissement réussi. Ça commence par une prise de conscience que vieillir, c’est bien. Et plus on va s’adapter aux différents changements dans notre vieillissement, plus notre vieillissement sera réussi.
Dans le livre vous insistez beaucoup sur l’alimentation.
Si vous mangez mal toute votre vie, matin, midi et soir, c’est vrai que ça va être difficile pour moi, en tant que gériatre, que vous soyez un vieux en bonne santé. Donc l’alimentation, c’est un critère important. Il faut avoir des apports alimentaires suffisants, des apports en protéines suffisants, parce que les protéines, ça fait du muscle. Il faut aussi avoir une alimentation qui soit plutôt ce qu’on appelle un régime type méditerranéen, donc l’huile d’olive, le poisson… Et tout ça combiné avec de l’activité physique. C’est important d’en faire tout au long de sa vie, et il n’est jamais trop tard pour commencer.
Donc si je n’ai pas fait de sport pendant 10 ans, c’est OK.
C’est OK, et il faut le faire, il faut commencer, et ça fait du bien. Ça va améliorer votre santé, votre santé physique et votre santé mentale.
Le tout, c’est de voir un peu ce qui est adapté à soi, de ne pas forcément faire les choses dans son coin, de se faire conseiller…
Alors oui, c’est important de se faire conseiller parce quand on parle d’activité physique par exemple, ce que moi je vais aimer faire, ce n’est pas forcément ce que vous allez aimer. Et donc il faut personnaliser l’activité physique, comme l’alimentation, cas personnaliser votre parcours de vie pour faire en sorte que vous soyez le plus à l’aise afin de continuer sur le long terme.
Vous insistez aussi sur la nécessité du zéro tabac.
Le tabac, on sait que ça entraîne des pathologies cardio-respiratoires, un vieillissement cutané… Si vous arrêtez, vous allez vite voir votre souffle aller beaucoup mieux, en montant les escaliers par exemple, que votre peau va mieux, avec un teint qui sera nettement plus joli, et vous allez voir que votre moral va mieux. Il n’est jamais trop tard pour arrêter, et on voit des gens plus enclins à le faire quand ils sont dans un moment de leur vie où ils doivent prendre soin de leur santé.
C’est ça, il faut quand même avoir un déclic et être volontaire.
Le message, ce serait plutôt de se dire : n’attendons pas le déclic. Il ne faut pas attendre le problème de santé pour se dire qu’il faut réagir. Il faut plutôt essayer d’anticiper et de se dire : si je veux éviter ce problème de santé, il faut peut-être que j’arrête de fumer, il faut peut-être que je mange correctement, il faut peut-être que je fasse de l’activité physique de façon un peu plus régulière.
C’est une prise en charge globale. Notre santé, c’est global. Ce n’est pas que le physique, ce n’est pas que la nutrition, ce n’est pas que les toxiques, ce n’est pas que le moral.
Ce livre, vous l’avez pensé un peu comme un ouvrage à picorer.
Oui, exactement. L’idée, c’est de se dire que chacun doit s’approprier le livre. Il peut être lu dans tous les sens. Il faut se l’approprier, l’annoter. Moi, ce que je veux, c’est que si les gens, grâce à mon livre, regardent leur vieillissement et celui des autres de façon plus douce et avec le sourire, j’aurais gagné.







