Dominique Spiessert, artiste tourangeau décédé début 2024, est à l’honneur au château de Tours, où ses œuvres s’épanouissent sur un étage entier. Une des expositions à ne pas rater cette année, à la fois tout public et pointue. L’association des amis de Dominique Spiessert, ainsi que sa fille Noémie et son ex-femme Christiane, ont voulu faire découvrir son oeuvre et lui rendre hommage.
Celui que ses amis appelaient « dodo” est issu d’une famille de circassiens, créateurs du cirque Pinder. Né artiste, il a trouvé sa voie dans l’art pictural. D’un baroque primitif à une sorte de fragile étrangeté, on reconnaît en une seconde le style de Dominique Spiessert, artiste tourangeau à nul autre pareil : des dessins au style primitif, spontané, quelquefois oniriques, souvent faussement enfantins.
Brut et spontané
Deux choses frappent en découvrant les œuvres de cet artiste probablement sous-côté sur le marché de l’art : l’originalité du dessin et sa démarche brute. Lorsque l’on observe ces croquis très denses où se mélangent allègrement oiseaux, animaux et humains, son dessin ne ressemble à aucun autre.
A y regarder de près, on peut voir des influences, dans la forme du trait qui évoque Keith Haring, la fantasmagorie qui penche vers Dali.

Chez Spiessert, pas de mise en scène de l’oeuvre : la plupart ne sont pas encadrées, présentées comme si elles sortaient de l’atelier quelques heures avant, simplement accrochées par des pinces, les formats sur papier kraft et Canson s’enchaînent, détaillant les périodes les plus marquantes de l’artiste, des noirs absolus à l’hyperchromie.
Accessible
Les œuvres sont accessibles à la lecture, même pour le néophyte, comme l’était le personnage, que chacun pouvait croiser dans son atelier près des Halles, ou au bar Le Tourangeau. Bienveillant, Dominique Spiessert accueillait avec gentillesse curieux et passionnés pour échanger quelques mots.
Sophie et ses enfants, en promenade, apprécient tous les dessins enlevés, colorés. Celle qui vivait non loin de l’atelier de l’artiste apprécie ces dessins qui ont fait partie de son enfance. “Ces accumulations de petits noirs et blancs, ça ouvre mon imaginaire” confie-t-elle, tandis ses trois filles s’essaient au dessin “Spiessertien” grâce à une longue feuille de papier kraft et des patrons en bois des formes fréquentes de l’artiste.


Une autre visiteuse, Camille, quand à elle, apprécie la double lecture des figures : elle voit le “côté circassien tant apprécié des enfants”, tandis que l’adulte qu’elle est a identifié “un rapport au corps torturé”, s’étonnant du peu d’affluence pour un événement de cette qualité.
C’est probablement la clé de cette exposition Spiessert : chaque tourangeau aura vu les œuvres de “dodo” sur croquis chez un ami, dans une vitrine, dans la récente Clinique du Street Art (à St Gatien), ou encore sur le mur d’une école. Mais peu encore on pris la pleine mesure de l’œuvre globale de Dominique Spiessert. L’exposition au Château de Tours, qui se tient jusqu’au 26 avril, est un premier pas pour prendre du recul, découvrir et apprécier cet héritage unique.








