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[L’Actu à la loupe] JO 2024 : Tours veut une part du gros gâteau olympique

La France est fière : 100 ans après les Jeux Olympiques de Paris en 1924, la flamme va de nouveau briller dans la capitale. Alors que les candidatures de 2008 et 2012 se sont soldées par des échecs, c’est la promesse d’une vitrine planétaire et de belles retombées économiques pour l’hexagone. A 200km de Paris et un peu plus d’1h de TGV, Tours espère bien en profiter pour faire venir les fans de sport en quête de calme et d’histoire après l’effervescence des compétitions mais aussi pour accueillir des délégations étrangères en quête de base d’entraînement avant le jour J. Et même si 2024 peut sembler encore loin, c’est dès maintenant que ça se joue pour faire partie de l’aventure. Politiques et représentants sportifs l’ont bien compris. Enquête.

L’intégration de l’Indre-et-Loire dans le dispositif de Paris 2024, cela fait un bon moment que l’on en parle. Souvenez-vous : en juin 2015, quand la capitale n’était que candidate et Christophe Bouchet pas encore maire de Tours mais adjoint en charge du rayonnement, avait rencontré la conseillère de François Hollande en charge du dossier. A cette époque-là, il visait carrément l’organisation des épreuves de canoë-kayak et d’aviron sur le Cher avec cet argument : « l’idée c’est de savoir si on veut faire de ces JO une vitrine du Grand Paris ou de la France en faisant la promotion de la décentralisation et du tourisme. Tours est à 1h de Paris en TGV et les sites de compétition seraient à 5 minutes de la gare de St-Pierre-des-Corps. Nous avons aussi une grande capacité hôtelière, l’aéroport… Quelle meilleure preuve du savoir-faire français ? Le dossier technique est facile à monter, c’est l’affaire de 3 mois. »

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Le discours n’a pas convaincu, les compétitions en question auront bien lieu en région parisienne. Mais Tours s’accroche : il y a quelques mois seulement, elle s’imaginait encore en capacité d’obtenir l’accueil d’un sport, en l’occurrence le rugby à 7 sur le complexe de la Vallée du Cher où le tournoi Howard Hinton Sevens s’installe chaque année fin mai-début juin. « Avec 16 000 places, le stade est tout à fait dimensionné pour ce sport » estimait Xavier Dateu fin août, quand il était encore adjoint aux sports à la mairie. Du côté d’Orléans, le Conseil Régional n’exclut pas cette hypothèse mais préfère mettre l’accent sur Lamotte-Beuvron, la ville du Loir-et-Cher disposant d’un superbe site hippique pour les épreuves équestres. Sauf qu’en face il y a Versailles, ville de prestige toute proche de Paris, ou encore Fontainebleau, deux concurrentes hors-pair difficiles à détrôner.

Tours, future base arrière d’une nation étrangère ?

En résumé, Tours et la région toute entière s’affichent volontaires et à la disposition des organisateurs des JO pour mettre la main à la pâte et accueillir les athlètes sur leur sol, y compris en sport collectif, et même s’il s’agirait alors d’un second choix. En parallèle, un autre plan se dessine : celui de devenir « une base arrière » des délégations souhaitant préparer l’événement, car toutes ne pourront pas aller en région parisienne. Le CREPS de Bourges fait partie des sites concernés tout comme le centre national de tir de Châteauroux et à Tours, le député LREM Philippe Chalumeau a pris la main politiquement et médiatiquement il y a quelques jours en publiant – un peu par surprise – un gros dossier recensant 5 sports dont les installations sont susceptibles de séduire des équipes internationales.

Les disciplines en question, choisies en particulier pour « leur notoriété dans la métropole et leur histoire » les voici :

  • Le volley
  • L’athlétisme
  • Le tennis de table
  • L’aviron et le canoë-kayak
  • Le football
La rivière canoë de l'Île Balzac
La rivière canoë de l'Île Balzac

« L’exercice vise à tirer, dans les mois à venir, les enseignements nécessaires pour constituer d’excellents dossiers auprès des fédérations et des délégations étrangères » lit-on dans le dossier de Philippe Chalumeau. Pour chaque sport, une liste des points forts et faibles a été consignée. Il en ressort que globalement il y a du boulot et des investissements indispensables à engager avant d’être au niveau international (notamment pour les sports nautiques, car le Cher n’est pas assez profond et le bassin du canoë de l’Île Balzac sert aussi de passe à poissons). En revanche les voyants sont au vert pour le volley grâce aux installations de la salle Grenon déjà utilisées pour des matchs de l’équipe de France (on y trouve un sol aux normes européennes et olympiques, un sauna… il manque juste une salle de musculation pour personnes de grande taille).

Des démarches à entreprendre rapidement

Autre bon point pour le volley : la ville et le TVB sont justement en train de plancher sur la rénovation des lieux avec de premiers travaux cette année pour près d’1 million d’euros et un chantier de plus grande envergure (3,5 millions) à l’horizon 2020 comprenant de nouveaux terrains, l’installation d’activités commerciales et culturelles ou la refonte totale de l’éclairage (lire notre article à ce sujet).

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Place forte du volley français, visant le titre national chaque année, Tours serait donc armée pour séduire des pays comme la Pologne (où c’est un sport national) mais aussi le Brésil, les États-Unis, le Japon ou la Russie, ce sont en tout cas les nations citées par le député vu leurs relations diplomatiques et sportives avec le milieu tourangeau, ou encore l’implantation conséquente et active d’une communauté dans la région.

La région Centre-Val de Loire trop lente à démarrer ?

Ce constat posé, il faudrait maintenant établir rapidement une stratégie dynamique et limpide car d’autres villes ont aussi très envie d’accueillir des athlètes et ne vont pas manquer de mettre les moyens pour rénover leurs installations et démarcher les instances internationales. De plus, les fédérations sportives vont se décider tôt et auront donc besoin de propositions fermes avec des équipements prêts à servir, pas de simples projets d’aménagements. Afin d’établir une base de travail, Philippe Chalumeau imagine deux scénarios restant à trancher : se concentrer sur un sport (comme le volley) et tout faire pour convaincre une grande équipe de venir ou alors porter les efforts en direction d’une nation qui pourrait utiliser plusieurs sites (la Pologne est citée, pour le volley, le tennis de table et l’athlétisme).

L’avis des clubs :

« L’idée d’une base arrière n’est pas sotte, j’espère qu’on en profitera » nous dit le président de l’A3 Tours Guy Bessay. Le club d’athlétisme a travaillé avec Philippe Chalumeau et a listé ses atouts : « notre stade de Grandmont est le seul de la région qui est agréé pour le niveau national, et sa piste est de niveau international. On a déjà organisé des championnats de France et on peut doubler ou tripler les installations pour le triple saut, le saut en longueur, la perche ou le saut en hauteur. La piste de 9 couloirs permet d’être chronométré dans les deux sens en fonction du vent et c’est aussi la seule de la région. »

Dans la perspective de l’accueil d’une délégation étrangère, l’A3T verrait en plus l’occasion de concrétiser un projet dans les cartons depuis un moment : la création d’une salle indoor pour courir sous abri et avoir une salle de musculation deux fois plus grande (110m² au lieu de 50). « C’est un projet établi à 2 millions d’euros, et le foncier existe dans l’enceinte du stade. Cela éviterait aux athlètes tourangeaux de se déplacer à Paris, Nantes ou Clermont-Ferrand. » Un projet bloqué au niveau régional dans la perspective de la création d’une grande salle d’athlétisme : « la Ligue du Centre ne veut pas que ce projet tombe à l’eau si une petite salle se crée », sauf que ça fait des années que rien n’a bougé.

Concernant le tennis de table, Bruno Simon de la 4S imagine lui une remise à neuf des équipements techniques pour les remettre aux normes, notamment pour la préparation physique des pongistes, le tout inspiré des contraintes techniques de l’équipe de France pour les JO de Tokyo 2020 (où elle sera hébergée dans une ville qui prend par ailleurs en charge une grande partie de ses frais sur place). Il y a également la volonté d’agrandir les salles du collège Corneille pour la formation des jeunes : « on pense qu’avec le projet de la base arrière cela tombe bien, on pourrait faire d’une pierre deux coups. » Le projet est estimé à 750 000€.

« Je souhaite que la ville de Tours soit motrice. Mon seul objet c’est d’alimenter une réflexion collective » explique le parlementaire contacté par 37 degrés qui a fait envoyer des courriers à toutes les collectivités (ville, département et région mais également le comité régional olympique) dans le but d’organiser des tables rondes dans les prochaines semaines et inscrire des projets à l’ordre du jour. De cette façon, il place Tours au centre du jeu, se retrouvant un peu en marge de la démarche régionale :

« Globalement je n’ai pas senti de travail vraiment prospectif, il y a un peu de mou, c’est flou. Il faut que l’on se bouge un peu si l’on veut quelque chose. Je ne doute pas qu’il y ait une dynamique régionale mais la métropole n’est pas destinée à se fondre dedans, elle doit avoir son développement propre. Si on se dissout totalement dans la politique régionale on n’est pas sûr d’arriver à ce que l’on veut. J’ai envie de voir ce projet aboutir car ce serait positif pour le territoire, notamment via des retombées économiques. On peut aussi imaginer plein de synergies comme de mettre le pays accueilli à l’honneur à la Foire de Tours avant les JO. »

Des investissements utiles à long terme ?

Ce discours volontariste ne déplait pas au maire de Tours Christophe Bouchet qui a longtemps travaillé dans le sport et qui s’était positionné sur ce sujet dès 2015 : « il faut exploiter au mieux cette vitrine planétaire que sont les Jeux » dit-il avant de pondérer : « mais il ne faut pas s’attendre à un afflux de personnes et de touristes, plutôt à une forte exposition télévisée. » Sa préférence d’action se porte sur le volley : « il faut regarder là où on est forts : on est à 1h de Paris, avec le même climat. C’est bien pour permettre aux équipes de s’acclimater, certaines viennent plusieurs semaines, plusieurs mois, voire un an avant. »

Les principaux acteurs étant d’accord, il n’y aurait à priori plus qu’à passer des discours aux actes. Sauf qu’en coulisses l’initiative de Philippe Chalumeau dérange. A Tours, hors volley, les besoins d’équipements qu’il identifie ne font pas nécessairement partie des priorités de la municipalité qui a déjà du mal à trouver les fonds pour maintenir en état ses installations, au point que le projet de double-patinoire aux Deux-Lions ou l’Arena semblent aux oubliettes. De nouveaux investissements, est-ce donc bien raisonnable ? Le débat devient politique, promet d’être long et ça préoccupe le milieu sportif… Pour Bruno Simon, vice-président du comité régional olympique et membre de la 4S à Tours (tennis de table), il ne faut pas traîner si l’on veut une place dans le dispositif Paris 2024, l’idée étant d’en profiter pour faire progresser les instances sportives ligériennes :

« J’aimerais que ce soit plus actif, ça fait presque un an que l’on en parle et on en est quasiment au même point. On a déjà un peu de retard par rapport aux Hauts de France lorsqu’ils s’étaient positionnés pour les JO de Londres et je n’ai pas l’impression qu’il y ait plus de ferveur que cela. Les gens estiment que 2024 c’est loin alors que c’est proche. Il faut que les décisions soient prises dès maintenant, en 2018-2019 sinon ce sera trop tard. Et il faut que ça se fasse en équipe, pas chacun dans soin coin. »

La région représentée aux JO 2020 à Tokyo

P. Chalumeau
P. Chalumeau

Au Conseil Régional, on réfute tout attentisme : « cela fait plusieurs mois voire plus d’un an que le département, la région et la métropole de Tours sont autour de la table. Le Centre-Val de Loire a soutenu Paris dès fin 2015 » veut rappeler le socialiste Mohamed Moulay qui explique qu’une délégation régionale partira à Tokyo en 2020 lors des JO pour présenter sur place les grands équipements qui peuvent potentiellement accueillir des délégations :

M. Moulay
M. Moulay

« Nous sommes en train de les recenser et d’ici mi-juin on attend un premier retour des élus. On sera prêts. Notre principe c’est d’engager une dynamique collective dans la concertation. Les députés seront associés à notre démarche pour porter un projet unique. »

Une fois ce diagnostic effectué, la région se basera sur le cahier des charges des organisateurs de Paris 2024 pour pouvoir adapter les sites retenus aux besoins olympiques, elle pourra ensuite financer les chantiers dans le cadre des contrats pluriannuels passés avec les agglomérations ou les territoires, et seulement dans ce cadre déjà budgété à l’avance (42,8 millions par exemple pour la métropole de Tours, dont encore plus de 30 millions disponibles d’ici 2020). Pas question pour elle de prendre un risque supplémentaire sur ses propres budgets si au final les délégations étrangères ne retiennent pas le Centre-Val de Loire. Bref, même si les JO vendent du rêve sur le papier, l’accueil des sportifs n’est peut-être pas la plus grande des priorités (en 2016, l’hébergement à Tours de la République Tchèque pendant l’Euro de foot n’avait pas eu de réelles retombées). Un plan de repli est donc sur pied : « les équipements qui ne seront pas labellisés seront sollicités pour des animations et événements autour des jeux » précise Mohamed Moulay qui voudrait alors en profiter pour promouvoir l’activité physique ou le sport en entreprise.

Dernière question : si le volet sportif bloque, le tourisme peut-il être un meilleur levier à actionner ? Pas trop selon Christophe Bouchet comme on l’a vu plus haut, mais Mohamed Moulay y croit, en complément de la démarche sportive : « quand on soutient un équipement il faut aussi parler de l’attractivité touristique avant, pendant et après. La région a de réels atouts avec ses hébergements, son accessibilité et sa gastronomie. Il faut donc que l’on se démarque des Hauts de France, de la Normandie, du Grand Est ou des Pays de la Loire et quand un touriste japonais ou chinois viendra pour les JO, l’objectif c’est de lui vendre un pack pour qu’il vienne aussi visiter les châteaux de la Loire. » L’an dernier, la région avait même imaginé créer une voie verte depuis l’Île de France jusqu’à la Loire pour attirer les vélotouristes. Des sujets qui pourront être évoqués avec le 1er ministre Édouard Philippe, en visite au CREPS de Bourges ce jeudi.

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