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[Tourangeaux en Vadrouille] Anouk et Pierre-Elie, les pros du stop

De la Bretagne à l’Alsace en passant par le Nord, Lyon ou l’île d’Oléron, Anouk et Pierre-Elie ont fait 6 800km en deux mois. Un parcours réalisé à 100% en stop et sans dépenser un centime. Après quelques jours de pause à Tours, ils viennent de repartir avec l’objectif de passer Noël à l’extrême sud de la France. Ils nous racontent…

Anouk et Pierre-Elie ont vécu beaucoup de belles aventures ces deux derniers mois. Tous deux sont partis à la découverte de la France avec l’ambition de faire un maximum de rencontres, passer au moins une nuit dans chaque département de métropole (Corse comprise) le tout sans argent. Et pour être bien sûrs ne pas dépenser, ils ont pris la route sans une seule pièce en poche et sans carte bleue : « au début on se disait ‘on essaye pendant deux semaines et si ça ne va pas on fait autrement’. Mais en fait au bout de trois jours il était évident qu’on allait continuer… »

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Agés de 20 et 25 ans, Anouk et Pierre-Elie se sont rencontrés il y a déjà un bon moment à Bordeaux, en militant pour des associations écologistes : « 6 mois plus tard on avait déjà des envies de voyage d’autant qu’on faisait partie d’une association dont l’objectif est de promouvoir le stop auprès des étudiants. » Lui faisait un master en économie sociale et solidaire à Science Po Bordeaux, elle suivait un cursus en IUT sur la gestion urbaine et la solidarité. Très vite, les deux jeunes commencent à bourlinguer le week-end : Rennes, Bilbao… Mais ils ont envie de plus : « quand on a l’objectif de faire 300km dans la journée on n’a pas trop le temps d’accepter les détours et les propositions des gens. »

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Nait alors le projet de faire un tour de France en stop, et donc sans argent (ils paient juste une assurance et de petits forfaits sans Internet pour leurs téléphones). L’aventure est pensée pour être partagée, le duo s’est alors mis en relation avec l’association Enfants à l’Hôpital et raconte son épopée au fil des semaines à des enfants de la région parisienne ou de l’Oise : « on leur envoie un article tous les vendredis, ils peuvent nous faire passer des questions par Internet et on leur répond personnellement. On leur a aussi demandé de nous transmettre des photos d’eux et on dessine leurs portraits dans notre carnet de voyage. »

« Le rapport aux gens change complètement »

« Avec ce projet on a envie de faire passer des informations positives. Souvent quand on parle du stop c’est pour raconter des histoires qui se sont mal passées alors que nous on a rencontré que des personnes généreuses et bien intentionnées » poursuivent Anouk et Pierre-Elie qui ont compté : 280 voitures ont accepté de les emmener en un peu plus de deux mois, ils ont traversé 48 départements, ont passé une nuit dans 32 d’entre eux… Une épopée qui ressemble un peu à une émission de France 5 qui cartonne chaque été, Nus et culottés, où deux potes partent à poil et sans une thune avec l’objectif d’arriver quelque part de la manière la plus insolite possible et en faisant un max de rencontres. Preuve que le monde est bien fait, Anouk et Pierre-Elie ont croisé la route d’un des deux héros du programme, Mouts : « on a passé 48h chez lui. »

Dans le détail, les deux aventuriers sont partis de Limoges, ils ont poursuivi vers le Plateau des 1 000 Vaches avant de traverser le pays jusqu’à l’Alsace, de redescendre vers la Savoie pour un festival sur le voyage alternatif. Après ça, ils ont pris la direction de l’Auvergne puis Nord via Blois et la Meuse : « ce n’est pas très direct mais on aime bien ça. » Désormais, leur objectif c’est de passer Noël tout au Sud de la France après avoir fait une halte tout au Nord du pays le 25 novembre. Sauf si le hasard des rencontres en décide autement d’ici là : « on suit les propositions des gens. En ayant beaucoup de temps ça nous ouvre plein de portes. Les gens comprennent qu’on n’a pas d’impératif ils nous propose des détours, de faire des visites avec eux, de dormir chez eux… Le rapport aux gens change complètement. »

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Très peu de galères sur la route

Ont-ils galéré pour trouver des voitures ? « On n’a jamais passé plus d’1h30 au bord de la route. On se met souvent au bord d’un rond point et si ça ne marche pas on change de direction au bout de 30 minutes. Ensuite, la première voiture qui s’arrête on dit oui et o.n part. » Anouk et Pierre-Elie ont aussi eu beaucoup de chance pour se loger, « on n’a dormi que 4 fois sous la tente en 80 jours et à chaque fois c’était dans le jardin de quelqu’un. Une foi à Valenciennes on a eu beaucoup de mal à trouver. On a demandé à des gens dans la rue et sous la pluie jusqu’à 23h et on a fini par se faire accueillir chez des étudiants. »

Ce qui est fou, c’est que quand ils racontent ces histoires-là, Anouk et Pierre-Elie on sent bien qu’il ne s’agit pas de mauvais souvenirs, juste des aléas d’une aventure qui se déroule à l’instinct et sans pression : « on apprend à être convaincant en quelques secondes si on dort dehors une fois ou que l’on saute un repas, ce n’est pas grave. » A propos de repas, « pour manger les gens nous donnaient souvent un pique-nique on a aussi réussi à récupérer les invendus dans des magasins ou à se faire offrir des produits. » Conscients de toutes ces faveurs qu’on leur fait, Anouk et Pierre-Elie font tout pour apporter quelque chose en retour aux bonnes âmes qui croisent leur chemin : « on essaie d’échanger des services mais ça se fait de manière informelle. Les gens nous disent que nous sommes leurs invités. C’est la fête : ils nous offrent l’apéro, le dessert… Des fois, ils en profitent quand même pour nous demander un coup de main pour déplacer la machine à laver ou changer un phare. » Anouk poursuit : « j’ai aussi aidé un artiste à mettre en couleur un de ses dessins à l’aquarelle. C’est vraiment une manière profonde d’échanger quelque chose. »

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« Il faut oser »

Ce que le duo de voyageurs aime profondément, c’est ce côté spontané, naturel : « on arrive dans leur quotidien. On n’est pas prévus donc il n’y a pas de masque ni d’apparence. On va chercher les enfants à l’école avec eux, par exemple. Finalement, c’est assez rare d’entrer ainsi dans le quotidien de quelqu’un, même dans celui de ses amis. »

Évidemment, après 80 jours de vadrouille, nos deux voyageurs ont des anecdotes en pagaille :

« Dans le Nord, on a passé quelques jours dans une famille. Le premier soir, la petite fille avait peur de nous, elle nous regardait sans répondre. Mais à la fin, elle nous a dit que l’on pouvait encore rester dormir si on voulait. Il y a une progression avec les enfants qui finissent par nous intégrer dans leur mécanisme d’organisation. »

Une autre :

« A St Sauveur dans l’Yonne on a rencontré un forgeron qui nous a offert un café dans la rue. On a visité sa forge et il nous a un peu appris à forger. On a découvert son univers que l’on ne connaissait pas du tout. »

Ou encore :

« On a essayé de convaincre un étudiant breton de venir avec nous. Il avait cours mais ses parents étaient d’accord. Finalement c’est lui qui n’a pas sauté le pas. »

Une dernière :

« On avait besoin d’un médicament particulier à la pharmacie. Soit il fallait que quelqu’un nous l’achète soit que la pharmacie nous l’offre. Au final le pharmacien nous a donné un échantillon. On ne savait même pas que ça existait. »

Leur morale ? « Il faut oser. Oser demander par exemple. Souvent les gens ont plus de solutions que nous. Il faut donc se laisser porter, se forcer à demander, faire confiance en ce qu’il va se passer et après ça on est heureux d’avoir osé. On aime ce qu’on fait, on se sent libre. On nous dit souvent que nous sommes courageux mais en fait c’est eux qui sont courageux de nous aider dans ce monde où la peur de l’autre est partout. »

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« Le temps est un cadeau plus précieux que l’argent »

« On a du temps pour les gens et ça fait beaucoup de bien » racontent encore Anouk et Pierre-Elie, impatients de repartir. Dans leur entourage, tout le monde a bien compris qu’ils vivent en ce moment la grande aventure de leur vie, et tant pis s’ils ne passent pas les fêtes auprès de leurs proches : « c’est d’ailleurs intéressant d’être sur la route sans argent à Noël à une période où l’on consomme énormément. Le temps que l’on peut passer avec de nouvelles personnes est un cadeau plus précieux que l’argent. D’ailleurs beaucoup de personnes nous remercient, s’inquiètent pour nous et continuent à prendre de nos nouvelles. Il y a même une boulangère qui nous a offert du pain et qui a posté un message sur Facebook plus tard pour savoir s’il n’était pas trop dur. »

Anouk résume son aventure avec Pierre-Elie avec une jolie formule. Alors qu’ils partent dans une période où le ciel est souvent gris et où le froid est fréquent, beaucoup de personnes leur font remarquer qu’ils feraient mieux de faire ce road trip en été : « mais en fait non, nous ce qu’on fait c’est découvrir la France comme elle est dix mois sur douze. On est devenus des autos-stoppeurs professionnels. On ne sait pas quand on va revenir, on n’a pas de billet de retour. D’ailleurs, on pourrait voyager pendant beaucoup d’années en France sans avoir tout vu. Le voyage, ce n’est pas forcément prendre l’avion et aller loin c’est se mettre dans l’état d’esprit de faire des rencontres, découvrir le point de vue de plein de personnes différentes. On peut passer à côté de lieux très touristiques sans y prêter attention mais aller dans un village inconnu et faire des rencontres formidables dont on se souviendra tout le temps. »

Un degré en plus :

Vous pouvez suivre Anouk et Pierre-Elie sur leur page Facebook Voyagez-Nous ou sur leur site Internet. De notre côté, on s’est promis de vous donner de leurs nouvelles prochainement…

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