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[Tourangeau en Vadrouille] A Malte, histoire, culture et eau turquoise

Sur 37 degrés, on aime bien tourner notre regard vers le monde que ce soit par des reportages comme récemment au Togo et en Espagne ou via des récits de voyages au Guatemala voire au Laos… Ces moments loin de la Touraine sont toujours forts en découvertes, en émotions et en surprises… Cette fois-ci, on vous emmène à Malte, paradis pour touristes, mais pas seulement…

Partir à Malte en mai, c’est la promesse (pas forcément tenue…) d’aller chercher le Soleil et la chaleur à 2h30 d’avion de Paris avec une mer translucide sous les yeux et la perspective de pratiquer un peu l’anglais (parce qu’il y a relativement peu de chances que vous maitrisiez le maltais). Ce chemin, Français, Européens, Russes ou Américains sont nombreux à le prendre chaque année… Le plus petit État de l’Union Européenne (Vatican et autres principautés mis à part), 20 fois moins grand que l’Indre-et-Loire (mais au moins 15 fois plus embouteillé que le périphérique de Tours), compte à peine 450 000 habitants et reçoit environ 1,5 million de touristes par an.

Paradis fiscal pour les uns, pouvoir aux pratiques inquiétantes vis-à-vis de la presse pour d’autres, Malte est aussi un pays où il est très facile d’immatriculer un bateau ou perfectionner l’usage de la langue de Shakespeare avec l’émergence de nombreuses agences proposant des stages (on a croisé pas mal de Français partis travailler quelques mois sur place). Mais en 2018, La Valette, la capitale de l’archipel, est également la Capitale Européenne de la Culture, distinction synonyme de forte activité artistique dans un lieu qui s’y prête particulièrement (le programme des festivités est par ici)…

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La Valette, c’est une capitale minuscule : moins de 7 000 habitants au bout d’une péninsule… On peut y aller en petit bateau (pour 1€50) ou en bus (mais dans ce cas il faut être patient, car même s’ils sont pratiques et plutôt efficaces ils sont lents, peu ponctuels, et blindés, au point de refuser régulièrement des passagers). Ensuite, dans les rues, ça monte, ça descend, ça remonte… et ça redescend, parfait pour les mollets. Dès l’entrée de la ville, située après une grande place où trône une très belle fontaine, on est saisi par le look de musée contemporain du Parlement (ci-dessus), un édifice imaginé par Renzo Piano et ouvert en 2015 pour remplacer le précédent jugé tout simplement trop petit.

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Dans la série des lieux de pouvoir, le Palais Présidentiel – qui se visite partiellement – est une très belle œuvre du XVIème siècle qui se fait également lieu culturel et événementiel (lors de notre passage en ce mois de mai, une exposition Picasso, une autre d’artistes maltais représentant La Valette, le tout en amont d’un grand défilé dans la cour). Surtout, il propose – dans ses anciennes écuries – une étonnante et fascinante collection d’armures du Moyen-Âge et de la Renaissance ainsi que d’armes en tous genres (des épées aux pistolets, en passant par les sabres, les canons, ou les hallebardes), de quoi rappeler le passé guerrier de Malte (ce que se chargent aussi de faire un musée de la guerre ou un musée militaire, ainsi que le mémorial et son énorme cloche dont on vous déconseille de vous approcher à midi pile, histoire de conserver vos tympans intacts). C’est ainsi que l’on a appris que, déjà à cette époque, les armures des chevaliers étaient pensées selon certaines modes, avec différents modèles ou décorations.

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Au-delà de l’architecture remarquable des bâtiments de La Valette, et d’intéressants panoramas sur le littoral ciselé (mais à certains endroits bien trop bétonné) de cette partie Nord-Est de l’île principale, on a-do-re le parcours de sculptures déjantées proposé aux visiteurs, des vaches empilées face au Parlement aux chatons (forcément trop mignons) devant la cathédrale… Un jeu de piste s’instaure alors pour faire en sorte de toutes les trouver (ça peut vous prendre la journée… ou plus), la plus insolite représentant un homme nu la tête plongée dans un coquillage.

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Autre ville qui mérite que l’on y passe au moins quelques heures, ou plus si affinités : Mdina, dans le centre, un peu plus loin de la grosse agitation du littoral. L-Imdina ne compte que 300 habitants, s’apprécie surtout au calme le matin avant l’arrivée de cars de touristes et se découvre en flânant au fil des rues étroites avant de poursuivre sur la voisine Rabat avec ses catacombes et sa maison romaine… On a alors pris le temps de déambuler dans l’étonnant Palazzo Falson, grande maison historique du capitaine Olof Frederick Gollcher, un artiste né en 1889 et mort en 1962, membre de différentes confréries (dont une spécialisée dans les pipes). Il a lui-même peint une partie des fresques de la bâtisse et appréciait autant les armes que les livres historiques, les grands objets de vaisselle ou le bon vin.

Restons en ville, avec une particularité maltaise enthousiasmante : ces balcons que l’on voit sur beaucoup de maisons et immeubles traditionnels, balcons colorés et fermés… En rouge, en bleu… Apparus à Mdina, en bois ou en pierre, souvent sculptés, ils sont désormais partout mais leurs origines ne sont pas certaines… Il parait même qu’ils ont servi de salle de bain.

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En marchant en Malte, en tout cas dans ses villes disposant d’un quartier historique, il faut toujours jeter un œil autour de soi, pour observer les poignées de portes sculptées, les enseignes et les sculptures au coin des rues, faisant écho au passé guerrier de l’île, longtemps convoitée par Anglais, Turcs ou troupes napoléoniennes… Vous verrez de plus, et surtout, des œuvres évoquant la religion… L’archipel est très, très catholique, la vierge et l’enfant sont souvent au-dessus des maisons, ou dans les rues et les églises parfois démesurées comme celle de Xewkija sur la petite île de Gozo, œuvre splendide du XXème siècle (rare de voir de tels édifices construits à cette époque, après 1950). On l’a repérée dans un petit village où il n’y a pas grand-chose d’autre à voir. Elle a été construite là (bénévolement par les habitants) parce que la précédente était… trop petite pour les fidèles, et c’est désormais l’un des plus grands dômes non soutenus au monde avec 65m de diamètre et 75m de haut, autant dire qu’on le voit de très, très loin…

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A propos de longue vue, et toujours sur l’île de Gozo, la deuxième plus grande de l’archipel maltais, la Citadelle (prononcez « chitadella ») de la ville de Victoria est un monstre d’histoire et d’architecture, offrant un panorama jusqu’à la mer et dont les ruelles ou la cathédrale recèlent d’histoires, comme celle de cet homme qui a sacrifié sa famille refusant qu’elle se fasse tuer par les Turcs qui envahissaient les lieux et qui a ensuite été, seul avec son épée, au devant de l’ennemi pour mourir en héros, en tout cas c’est comme cela qu’il a été vu au XVIème siècle.

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Pour se détendre, Malte n’est pas en reste… Les plages (souvent de roche) et criques sont partout, avec une eau fraîche au printemps (19°, attention aux méduses), et parfois jusqu’à 28° en été. A Ramla Bay, le sable rouge donne de très beaux clichés, et avant ou après la pause serviette une randonnée s’impose dans les hauteurs ou sentiers avec vue sur mer et grottes sont assez exceptionnels… Non loin de là, quelques vignes nous informent qu’ici aussi on fait du vin (et qu’en plus il est plutôt bon, en tout cas les blancs que l’on a goûté, pour peu que l’on évite les premiers prix).

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Mais LA plage qui est la plus instagrammée de Malte c’est Blue Lagoon, sur l’ilot de Comino, un bout de roche entre Malte et Gozo, pas vraiment habité (il y a un hôtel, et des baraquements pour celles et ceux qui travaillent dans le coin) mais tous les jours colonisé par les visiteurs pour la vue sur ce lagon à l’eau translucide…

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Honnêtement, la vue est splendide mais ce n’est pas vraiment une plage… Les quelques mètres carrés de sable sont colonisés par des transats à 10€ pièce (après avoir déjà déboursé 10€ pour venir en bateau-navette)… Ça vaut le coup d’y passer, mais l’idéal est de faire le tour du propriétaire (en 3-4-5h selon le nombre de pauses que vous faites au bord de l’eau). En suivant les chemins ou pas, on découvre alors un paysage aride aux senteurs de plantes aromatiques avec oiseaux, grottes dans les falaises et splendeurs maritimes… Incontournable.

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Pour découvrir l’âme de Malte, on peut aussi prendre la direction de ses villages de pêcheurs tels Marsaskala et l’imprononçable Marsaxlokk, dont les portes sont remplis de bateaux colorés… Sur le littoral, on découvre aussi de vieux marais salants (non, ce n’est pas un plan de New-York), et en s’aventurant un peu on peut passer à St Peter’s Pool, sorte de piscine rocheuse naturelle…

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Mais dans tout ça, qu’est-ce qu’on mange ? Dans cet archipel très touristique, pas toujours simple de bien se nourrir… Mais à Marsaxlokk, on a trouvé un thon tout juste pêché servi avec sauce au jus d’orange et légumes grillés parfumés à l’huile d’olive pour un ensemble de toute beauté avec vue sur les embarcations… On a évidemment goûté au plat national : lapin et pois, avec sauce au vin rouge, ou aux pastizzis (en gros, de la pâte feuilletée fourrée à la ricotta ou aux anchois) ou à la saucisse maltaise, avec du cumin dedans, et même à une pizza avec… du humus et de la feta (on ne juge pas, merci).

Et pour boire, on a trouvé – à l’aéroport seulement, donc on a failli passer à côté – une bière artisanale dont la marque fait écho à la Touraine (Lord Chambray)… Sinon, les esprits fêtards ont rendez-vous dans le quartier de Paceville dans la disgracieuse ville de St Julian’s ou ce qui semble primer c’est la quantité ingurgitée à en juger par ces affiches promotionnelles… Pour éponger, on peut accompagner cela avec… les biscuits apéritifs officiels de Valetta, capitale européenne de la culture (eh oui… tout est bon pour le commerce !).

Vous l’avez donc compris, que l’on recherche la plage, la culture, l’histoire, la balade, la cuisine ou la fête, Malte est capable de répondre à pas mal de curiosités, même si y aller une fois peut largement suffire.

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