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Le TIG, alternative à la prison et chemin vers la réinsertion ?

Le Travail d’Intérêt Général est sans doute encore assez mal connu. Prononcé à la place d’une peine de prison, il permet aux personnes condamnées de mettre à profit des compétences au profit de tous. Un processus qui prend de l’ampleur en Indre-et-Loire, département particulièrement impliqué. Témoignages.

« Ce n’était pas forcément des activités lucratives, mais ce n’était pas désagréable » : c’est ainsi qu’E. parle de son Travail d’intérêt Général ce jeudi dans le cadre du Tour de France du TIG à Tours. Employé dans un Ehpad de l’Est de l’Indre-et-Loire, l’homme a été recruté après l’exécution de sa peine judiciaire. Condamné pour des délits routiers, il est aujourd’hui en contrat dans l’entreprise et se retrouve même à encadrer d’autres « tigistes ». A l’époque, le responsable qui le chapeautait se souvient d’avoir été « stupéfait » par la qualité de son travail, d’où sa proposition de contrat à l’issue de sa période de présence imposée puis, plus tard, d’une évolution pour intégrer les services techniques.

330 TIG en Indre-et-Loire en 2017

Des histoires comme celles-ci, il n’y en a pas beaucoup, il faut bien le reconnaître. Cependant, elles se multiplient. De nombreux acteurs admettent aujourd’hui que le Travail d’Intérêt Général est une peine judiciaire adaptée à certains profils de condamnés et que le taux de récidive n’est pas plus élevé que suite à une peine de prison. Reste à convaincre les juges de proposer de telles alternatives à l’incarcération au moment de leurs verdicts, mais aussi d’entretenir un réseau de partenaires pour accueillir les personnes condamnées.

En Indre-et-Loire, 330 personnes ont été condamnées à effectuer un Travail d’Intérêt Général en 2017. Durant entre 20 et 280h, la peine peut être effectuée dans une association, une collectivité locale, un établissement public ou une entreprise privée à vocation de service public. En Touraine, 87 communes sur 270 sont en relation avec l’institution judiciaire, la liste étant complétée par des entreprises comme la SNCF, des Ehpad accueillant des personnes âgées, l’école supérieure d’art et de design de Tours ou encore des associations comme la Croix Rouge.

Après des TIG, deux personnes sont devenues bénévoles à Émergence

Nathalie Bertrand, directrice de l’association Émergence à Tours, accueille des « tigistes » depuis 5 ans : « nous avons reçu 19 personnes, dont 3 femmes. » « Nous adaptons les missions en fonction des compétences de chacun. Par exemple, quelqu’un qui s’y connait en plomberie on va lui demander d’aller vérifier les installations de nos 23 appartements ou de faire de la prévention pour expliquer aux gens qu’il faut enlever les épluchures pour ne pas boucher les conduits. Ce sont des personnes qui apportent une valeur ajoutée, cela enrichit les équipes. »

A Émergence, 2 des personnes accueillies ces dernières années sont devenues bénévoles pour la structure : « elles ont été confrontées à la pauvreté, à l’exclusion, et parfois c’était une découverte pour elles. Ça les fait réagir et avoir un autre regard sur la société. » Ayant lieu parfois en soirée ou le week-end, les missions proposées par l’association sont également intéressantes pour les personnes condamnées qui ont une activité à côté.

Des « tigistes » qui ont découvert l’abbaye pendant leur peine

A Tours, la mairie accueille également un nombre important de personnes condamnées à des TIG. Aux espaces verts, mais aussi au service animation du patrimoine en 2016 et 2017 dans le cadre de l’organisation d’un spectacle sur la vie de St Martin à l’Abbaye de Marmoutier : « nous avions besoin de bénévoles et nous avons étendu aux TIG » explique Frédéric Dufrèche, pour la ville. Les missions ? Gérer une partie de la technique ou alors l’accueil du public : « au début certaines personnes sont restées dans leur zone de confort, en l’occurrence la technique, puis spontanément elles ont demandé à aller vers le public » raconte l’employé de la municipalité.

« Parmi eux, certains n’étaient jamais venus dans une abbaye et étaient éloignées de l’offre culturelle et c’est aussi notre mission de renouveler nos publics » pointe Frédéric Dufrèche qui se souvient également de la naissance de relations entre bénévoles et « tigistes » « pour du covoiturage, par exemple », le tout sans que les spectateurs ne fassent la différence entre les uns et les autres.

Des condamnés qui se dévoilent ou sont présentés comme des stagiaires

L’intégration des personnes condamnées dans le service où elles sont accueillies est une question centrale, souvent abordée ce jeudi à l’Hôtel de Ville où se tenaient conférence et ateliers en présence de plusieurs dizaines de personnes. Il y a clairement plusieurs techniques : celles et ceux qui en parlent spontanément, ou alors « on dit que ce sont des stagiaires. » A l’école supérieure d’art et de design, Carole Rafiou reçoit des « tigistes » à la bibliothèque : « souvent ils ne s’imaginent pas qu’ils peuvent être intégrés dans l’équipe comme une autre personne en contrat court mais si. Je leur fait toujours visiter l’école, rencontrer les professeurs qui sont là, les élèves… Ensuite je m’adapte à leurs compétences et je suis toujours dans la démarche d’expliquer l’intérêt de la mission, par exemple pour classer des livres ou du traitement intellectuel de documents. »

Carole Rafiou s’est battue pour que les TIG reviennent à l’école d’art et de design après son changement de statut, « c’est la mission d’un service public » estime-t-elle, et elle aussi – une fois – elle a recruté une personne pour remplacer temporairement un salarié en congé à l’issue d’une peine judiciaire.

« Il y a une marge de progression »

Tous ces exemples positifs ne suffisent pas à effacer une longue liste de difficultés, ou de réticences. Ainsi, à la SNCF, il y a aujourd’hui moins de « tigistes » qu’avant. Mickaël Picart, directeur délégué à l’engagement sociétal affirme sa battre régulièrement pour accueillir du monde : « on a besoin de secouer le cocotier mais il y a une logique financière. On nous dit que le TIG demande du tempos d’encadrement, que ce n’est pas du temps passé pour la production, que la mission n’est pas prioritaire… »

Un discours qui semble souvent partagé ailleurs : « le meilleur moyen de développer les TIG c’est le bouche-à-oreille comme aujourd’hui, sinon on ne sait pas comment l’info serait venue jusqu’à nous » témoigne une participante. Les différentes personnes présentes se sont donc réunies plusieurs fois dans la journée pour partager leurs expériences et envisager des solutions, ou encore s’inspirer de dispositifs en place dans d’autres régions comme la possibilité de faire participer des « tigistes » aux activités périscolaires dans les écoles, ou la mise en place d’une cartographie des postes proposés pour prouver aux juges qu’il y a des possibilités. « On insiste aussi sur le fait qu’il n’y a pas de démarche administrative supplémentaire pour les associations ou qu’un TIG peut se partager entre 2 ou 3 structures » nous dit-on, « il y a une marge de progression. On doit en quelque sorte faire du marketing pour expliquer les retombées, c’est du gagnant-gagnant pour tout le monde. »

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