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La Table de Jeanne-Marie ne tient plus que sur 3 pieds

C’est un coup dur comme il en arrive malheureusement souvent dans le monde des associations sociales tourangelles : La Table de Jeanne-Marie est à la rue. La structure qui propose un repas chaud et gratuit aux plus démunis 365 jours par an n’a plus de local pour cuisiner et recevoir ses bénéficiaires. Faute de mieux, c’est donc sur la Place Neuve du Sanitas et à l’air libre qu’elle a servi son déjeuner quotidien ce lundi 8 janvier (comme on vous le raconte sur Info Tours). Une situation qui risque de se reproduire pendant plusieurs jours. Retour sur l’histoire d’une association essentielle désormais bancale…

Les bases de La Table de Jeanne-Marie ont été posées il y a 3 ans, quand 4 associations tourangelles ont émis l’idée de fournir chaque midi un déjeuner aux plus démunis. Objectif : permettre à certains de bénéficier d’au moins un repas consistant par jour, et à d’autres d’avoir aussi un lieu pour se nourrir le midi, alors que les centres d’hébergement d’urgence ne gèrent que le dîner.

« On lutte contre la précarité et le gaspillage alimentaire »

Très vite, les choses sérieuses commencent pour la bien-nommée Table de Jeanne-Marie, qui fait référence à une chanson de Brassens et une noble généreuse. Installée au rez-de-chaussée d’une maison du quartier Velpeau, Rue des Abeilles elle bénéficie d’une cuisine et de plusieurs pièces pour accueillir les bénéficiaires. Le succès est immédiat : en moyenne 50-60 bénéficiaires chaque midi, soit autant que le nombre de bénévoles. Bilan de l’un d’eux, Patrick Bourbon :

« Au bout de deux ans la situation de certains s’est améliorée. Ils continuent à venir, mais de manière plus ponctuelle. Et puis nous sommes en réseau avec les associations qui nous envoient régulièrement les nouvelles personnes qui arrivent. Ceux qui rencontrent des migrants leur disent d’aller à La Table de Jeanne-Marie. »

La règle est simple : les portes sont ouvertes de la fin de matinée au milieu de l’après-midi et chacun est invité à donner un petit coup de main pour s’occuper de la préparation du repas ou faire un brin de vaisselle. Pour les ingrédients, « on n’achète rien » rappelle Patrick Bourbon. Supermarchés, restaurants, boulangeries, épiceries sociales (de la Rotonde à Tours et de St-Pierre-des-Corps) : les dons viennent d’un peu partout, « ainsi on lutte aussi contre le gaspillage alimentaire. Parfois on en a même trop, on pourrait nourrir encore plus de monde. »

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« Une grande fraternité entre les bénéficiaire et les bénévoles »

Au menu par exemple pour le repas rudimentaire de ce 8 janvier au Sanitas : des oranges, des fromages, des sandwichs industriels, des laitages et même une soupe (chaude !) confectionnée à l’avance par quelques petites mains de l’association. Chacun prend ce qu’il a besoin, et peut repartir avec quelques restes pour compléter ses propres réserves.

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« Cette association c’est une réussite totale. Il y a une grande fraternité entre les bénévoles et les bénéficiaires » résumé Patrick Bourbon, déçu de voir l’aventure prendre ce tournant problématique. La Table de Jeanne-Marie n’a pas été prise au dépourvu : elle savait que son bail s’achevait à la fin de l’année 2017, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle n’a pas investi pour faire des travaux afin de mettre son local aux normes. En prévision de son déménagement, elle avait lancé une collecte de fonds… Un succès : « chaque mois on avait 2 000€ de dons pour le loyer et les charges et aujourd’hui – grâce à 200 soutiens réguliers – nous avons 100 000€ de trésorerie pour louer ou acheter » explique Patrick Bourbon. « Un apport suffisant »… qui ne suffit pas : malgré des mois de recherches et de nombreux appels à l’aide, les bénévoles ont dû se résoudre à poursuivre leur activité sur le trottoir. Ils ont juste bénéficié de 15 jours de répit dans des locaux paroissiaux du quartier Blanqui pour le début de l’année 2018.

Des alertes aux pouvoirs publics… sans succès

« On commence à nourrir des personnes dans la rue comme on le faisait avant à l’abri. Et s’il le faut on continuera » explique encore Patrick Bourbon, affecté mais pas résigné. « C’est tellement beau tout ce qu’on a, tout ce soutien… mais ça ne marche pas » se désole pour sa part une autre bénévole. Tous sont d’autant plus agacés que derrière eux il y a un restaurant vide, au rideau baissé depuis un an : « Tours Habitat est propriétaire. On leur a écrit mais ils refusent de nous le laisser. On serait pourtant prêts à signer un bail précaire et à partir si l’on trouve autre chose ou s’ils veulent y faire des travaux. » L’association a écrit au maire de Tours et à la préfète, pour l’instant sans réponse positive : « on nous dit que ce restaurant n’est pas aux normes mais est-ce que faire manger les gens dans la rue c’est aux normes ? Franchement sur Tours et son agglomération on doit pouvoir trouver des solutions. »