Société

Signes des Temps #35 Danseuse classique, rue du cygne

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

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Pas besoin de lac à Tours pour se poser en tutu au vu et su de tous. Rue du Cygne, cœur de ville, quelque part entre le Théâtre Olympia et l’Opéra, oups je veux dire le Grand Théâtre – rappelant la vieille blague «ça fait trente ans que j’habite à Tours, alors s’il y avait un opéra, je le saurais !» – côté soleil couchant, et le Musée des Beaux-Arts, les Studio sans «s» et le Conservatoire côté soleil levant.

Rue du Cygne, antre de la culture, donc. Quartier calme, cher et prisé, nid à intellos et bobos, êtres souvent chiants et parfois aussi goujats et malpolis que les innombrables catégories sociales qu’ils méprisent, mais êtres souvent gentils et parfois aussi élégants et altruistes que les innombrables catégories sociales qu’ils ne méprisent pas, ayant comme caractéristique parmi d’autres de laisser échapper de leurs hautes fenêtres des mélopées de violons, de cor et/ou de piano, non par snobisme comme l’inculte paranoïaque le pense sourire en coin, mais juste et simplement parce qu’ils aiment ça et ont autant envie d’en faire profiter les passants que le bourrin de service a envie de nous faire profiter des pubs et des jingles infâmes de Fun Radio crachés par sa radio (et si c’était ça, finalement, cette fameuse «guerre des civilisations» ?).

Discrètement, anonymement, énigmatiquement et joliment, à ce coin de rue, la danse classique s’affiche, alors qu’à l’Hôtel de Ville cette semaine elle montre les coulisses de sa fabrique – à savoir ses jeunes recrues en cours d’apprentissage. «La danse est dangereuse/elle rend toutes les filles amoureuses» disait la belle et inconnue chanson en 1993 (offerte ci-dessous).

Qu’on l’ait pratiquée soi-même – plus ou moins assidûment et longtemps – ou qu’on l’ait simplement croisée par hasard, à différents moments de sa vie, en s’attardant par exemple à un cours après y avoir déposé une enfant, un neveu ou une cousine, la danse classique est cette parenthèse de grâce et de douceur, propice à une rêverie mélancolique elle-même propice à l’engourdissement des sens, portée par un pianiste jouant rarement des mélodies guillerettes, sauf lorsque l’exercice l’impose.

La danse classique. Cette faille spatio-temporelle, ce fend-le-cœur, ce trompe-la-mort ; toute cette blancheur, cette (fr)agilité des corps, cette infinie litanie de gestes ; l’ennui parfois, la persévérance toujours, l’instant suspendu et incertain ; ce dessin collé comme une enseigne, publicité gratuite pour un univers aussi proche qu’insaisissable.

Un degré en plus

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crédit photo : Laurent Geneix

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