Société

Signes des Temps #34 Sous les pavés les 4 étoiles, place Anatole France

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

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Des lustres avant la pose de la première pierre il y a la dépose des premières pierres. En lieu et place du traditionnel carrousel, on n’a même pas droit à une toupie, juste un vulgaire camion benne d’où glisse lascivement un dégueulis de ciment. Ce n’est que le tout petit début d’un grand cirque de gratouillis, de démolis, de chatouillis, de bim, bam, boum, d’allers et venues, de clang, de bling (avant des décennies de bling bling ?). Trois petits gars accroupis inoffensifs avant la grande offensive à venir.

Quelques jours après ces prémices, les barricades étaient déjà là, cachant déjà les chats peints quelques semaines plus tôt sur un mur. Bientôt les pelleteuses, ces étranges bestioles qui ont notamment la faculté de faire sortir des gens du quartier – souvent d’un âge incertain – qu’on ne voit habituellement jamais et qui vont dans les prochaines semaines passer des journées entières à se peler le jonc accoudés aux barrières par moins quinze, tout ça pour voir disparaître une époque – la leur – en temps réel, comme pour bien sentir le temps qui passe aussi fort que le temps qu’il fait, remuer soi-même le couteau dans ses plaies.

Certains travaux urbains sont comme une petite mort, l’acceptation silencieuse que le Monde avance, que plus rien ne sera plus jamais comme avant, qu’on est bien peu de choses mon amie la rose et que la Mort approche, la faucheuse au son des pelleteuses, sorte de requiem dissonnant du quotidien et de ses petites habitudes. Ces petites choses rassurantes qu’on pense immuables, mais qui finissent par s’estomper, puis par être remplacées par d’autres sans même qu’on s’en aperçoive.

Certains autochtones fauchés, radins et/ou simplement poètes voient les transformations urbaines comme le moyen de changer d’environnement sans avoir besoin de voyager. Pas con, hé. Et ce sera encore plus vrai quand le quartier sera infesté de touristes du monde entier profitant de la vue sublime offerte (enfin, «offerte», à 240 euros la nuit ce sera une façon de parler) par les deux hôtels qui commenceront bientôt à pousser sur les ruines de notre passé.

Violons. Larmes. Générique de fin.

Un degré en plus

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