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Réfugiés et lycéens ensemble pour réparer des vélos

Après un long voyage de leur pays d’origine jusqu’à Tours, les hommes hébergés au Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO) de St-Pierre-des-Corps dorment certes au chaud mais sont éloignés du cœur de l’agglomération tourangelle. Pour les aider à se déplacer facilement, le lycée Notre Dame La Riche et l’association Roulement à Bill se mobilisent avec eux pour réparer des vélos qu’ils pourront ensuite enfourcher au quotidien pour bouger dans la métropole.

Clémentine a les mains congelées mais une détermination en béton. Elle fonce vers l’établi tête baissée et récupère en quelques secondes l’outil dont elle a besoin. Une experte. En 1ère au lycée Notre Dame La Riche de Tours, elle n’est pas en cours ce jeudi mais dans le nouveau local de Roulement à Bill Rue Febvotte avec quelques camarades, les bénévoles de l’association et des réfugiés du CAO de St-Pierre-des-Corps.

Les réparations s’enchaînent malgré la barrière de la langue

Dans différents coins de l’atelier, tous s’affairent à remettre en état de marche des vélos qui en avaient bien besoin : « on a fait passer un message au lycée, les gens qui avaient des vélos à réparer et non utilisés nous les ont amenés » explique la jeune femme qui a mis moins d’une heure à bricoler un premier deux-roues et s’attaque à sa deuxième machine aux côtés de deux jeunes hommes aussi actifs qu’elle : « on essaie de communiquer avec les gestes, certains parlent quelques mots de français… Et tous se débrouillent bien, ils sont compétents sur les vélos. »

De fait, malgré la barrière de la langue, les gestes sont précis, coordonnés, et entre l’anglais, le français et quelques regards tous finissent par comprendre ce qu’ils ont à faire, quitte à se lancer dans des tâches parfois un peu complexes comme le démontage d’une roue pour réparer un rayon. Mais il y a aussi des tâches plus simples, comme nettoyer un dérailleur : « d’abord on nettoie, après on met l’huile » explique un jeune homme alors qu’un autre revient tout juste d’une balade test pour vérifier que tout va bien sur un vélo passé entre les mains de l’équipe. Et le tout se fait en musique.

Une vingtaine de vélos récupérés

Au total, en deux jours, 12 adolescents de 1ère et de Terminale sont passés par l’atelier avec les migrants pour réhabiliter 21 vélos (et les migrants sont revenus dimanche pour finir le travail). Volontaires, ils ont répondu à l’appel de Robin Durieux, un enseignant particulièrement engagé dans les projets humanitaires. A Notre Dame La Riche, c’est sa spécialité : il a déjà emmené des élèves à Lampedusa (Italie), est parti ce dimanche à Grande-Synthe (Nord) avec 9 jeunes et réfléchit également à un projet avec le Togo dans les prochains mois. « Ce qu’on veut c’est qu’il n’y ait pas que les politiques ou l’administration qui s’occupent des réfugiés. Tout le monde peut s’y mettre » dit-il.

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En juillet dernier, l’année scolaire à peine terminée, Robin Durieux est allé frapper à la porte du CAO de St-Pierre-des-Corps : « je leur ai demandé ce qu’on pouvait faire ensemble, ils m’ont dit qu’ils avaient un grand besoin de vélos pour permettre aux personnes hébergées de se déplacer car cela leur coûte cher de prendre le bus. » En septembre, au festival Quartier Libre de l’Île Aucard, il a rencontré Roulement à Bill, a aussi tissé des liens avec le Collectif Cycliste 37 et la projet était lancé : « on a récupéré une vingtaine de vélos assez rapidement, on a fait un diagnostic pour savoir ceux qui étaient réparables et on a mis en place ces ateliers. »

« Créer des liens et de l’amitié »

Du côté de Roulement à Bill, en piste depuis 9 ans, ce n’est pas la première fois que l’association ouvre ses portes aux réfugiés : « on a déjà mis en place des ateliers avec le Foyer Albert Thomas par exemple » explique Jacques, l’un des bénévoles :

« Il y a un réel besoin pour les déplacements des réfugiés et ils sont prêts à mettre les mains dans le cambouis pour réparer ces vélos. Pour eux il n’y a rien de mieux en termes de coût et de rapidité. Et puis c’est bien de voir une classe de lycéens qui se bouge, ça fait plaisir. »

« L’objectif c’est de créer des liens, de l’amitié, renforcer l’apprentissage du français, permettre à ces migrants de pouvoir sortir plus facilement, de rencontrer plus de Français, ailleurs que dans des lieux administratifs » poursuit le professeur qui imagine même organiser des balades à vélo avec réfugiés et lycéens, certains élèves ont par ailleurs participé à un atelier code de la route avec des pensionnaires du CAO afin que ces derniers puissent former leurs camarades aux panneaux et autres feux qu’ils ne connaissent pas forcément dans leurs pays. « C’est très facile, ce sont tous des volontaires, des jeunes à l’esprit ouvert qui ont compris que l’on pouvait vivre ensemble avec des gens très différents, se rencontrer, se parler, se connaître et sortir des idées reçues » conclut Robin Durieux.

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