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Orage de grêle autour de Vouvray : la nouvelle tuile des viticulteurs

Un ciel noir, un déluge et des morceaux de glace parfois gros comme des balles de ping-pong… Le ciel s’est déchaîné sur une partie de la Touraine jeudi soir entraînant des coulées de boue, des dommages sur les voitures, des chutes d’arbres… et une nouvelle série de dégâts dans les vignes. Un coup dur supplémentaire pour une profession déjà à bout.

Les images postées par le vigneron Johan Mac Elliot sont impressionnantes : un vignoble couvert de petites billes de glace en quelques minutes. Ce jeudi soir, le secteur de Tours, Vouvray et Monnaie a été touché par un très gros orage aux environs de 20h30. Le ciel s’est assombri d’un coup, avec de gros coups de tonnerre, un rideau de pluie et donc – parfois – de la grêle. Sauf que la grêle c’est très mauvais pour les vignes…

« Cela fait partie des éléments que l’on maîtrise peu. Les systèmes d’alerte météo sont plus précis mais c’est rarement prévisible donc on a du mal à se protéger » explique ce vendredi matin Benoit Gautier, viticulteur en appellation vouvray et président de la Fédération des Associations Viticoles d’Indre-et-Loire et de la Sarthe.

« La difficulté de la grêle c’est que ça peut tomber chez vous… ou à 10m. »

A l’heure du 1er constat, le bilan est assez inquiétant : les communes de Rochecorbon, Vouvray, Chançay et Reugny ont été touchées. Et pour Rochecorbon c’est la 2e fois en une semaine, après un premier orage le 19 mai. En revanche les vignobles de Montlouis, Bourgueil et Chinon ont été épargnés (à Montlouis il est tombé deux fois moins d’eau que chez les voisins vouvrillons). Quand on regarde dans les exploitations, c’est difficile : « La difficulté de la grêle c’est que ça peut tomber chez vous… ou à 10m. Parfois le vent et la grêle ont coupé la tête et les feuillages, parfois les feuilles sont très hachées, dans certains cas le cep se retrouve nu… » nous dit Benoit Gautier qui ajoute : « Et on ne peut même pas réaliser d’intervention mécanique car le sol est détrempé ».

D’ici quelques jours, les experts des assurances devraient se succéder dans les exploitations. De leur côté les professionnels vont scruter le développement des pieds, et de leurs grappes. Cet épisode orageux est le second coup dur d’une année déjà rendue historiquement horrible par le coup de gel du printemps, au moment où les bourgeons étaient en plein essor. Les pertes estimées dépassent 30, 50 voire 70% dans certaines parcelles et la grêle pourrait donc encore accentuer la raréfaction des raisins. Sans compter qu’il reste encore 3 bons mois avant les vendanges, donc qu’il peut se passer beaucoup de choses (des maladies si il pleut, des petits raisins en cas de sécheresse…).

La crainte de se retrouver « seuls face aux difficulté »

« Ça va être difficile au niveau social, certains vont avoir du mal à s’en relever » anticipe le président de la FAV. D’autant que les aides tardent à arriver… Cette semaine, la préfecture d’Indre-et-Loire a annoncé le déblocage d’une enveloppe d’urgence pour les exploitations les plus touchées : 3 000€ ou 4 000€ pour les sociétés récentes… « C’est une bouffée d’oxygène, c’est tout. Il s’agit d’une enveloppe globale. Plus il y aura de demandes, plus elle sera faible pour chacun » craint le représentant de la profession. D’autres dispositifs sont bien à l’étude mais il ne s’agit pas d’aides directes :

« Ce sont des reports de charges sociales, des étalements de paiements ou des aménagements de prêts. C’est en discussion au niveau national donc ça reste hypothétique. Je crains qu’au final on se retrouve seuls avec nos difficultés. »

D’autant qu’il y a aussi les conséquences de la crise sanitaire à avaler… Même avec la réouverture des bars et restaurants, les commandes se font timides, notamment parce que les fêtes en grand nombre se font rares (forcement ce sont les vins effervescents qui souffrent le plus). « Si vous voulez soutenir les viticulteurs venez les voir ce week-end, discuter avec eux et vous retrouver une bouteille. Ils n’attendent que ça. Venez nous remonter le moral dans les caves ! » conclut Benoit Gautier.

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