Société

On a testé pour vous : la soirée Happy Loose à la Fac de Tours !

Pas de doute, la Fac de Tours prend le taureau par les cornes pour ce qui est de sensibiliser les étudiants à leur entrée prochaine dans le merveilleux monde du travail. Une semaine complète vient d’être consacrée à cette thématique, entre forum des entreprises, soirée ciné sur «le bonheur au travail» (sic) et cette fameuse soirée «Happy loose», curieusement sous-titrée «Le Before de l’After» : il n’en fallait pas plus pour titiller notre curiosité. Récit épique.

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Un peu de linguistique pour commencer

Petit bémol en préambule : comment un événement organisé par une institution aussi prestigieuse que l’Université François Rabelais de Tours, garante des savoirs en premier lieu desquels de la précision linguistique, a pu laisser largement diffuser une énorme faute d’anglais dans l’appellation et la com’ d’un événement au demeurant plutôt sympa et réussi.

Qu’on se le tienne pour dit une bonne fois pour toute : le mot anglais «loose» est un adjectif et pas un nom, et il signifie, au choix, «en vrac» (pour le thé par exemple), «ample/pas serré» pour un vêtement, ou encore «mal fixé», «desserré» ou «vague» au sens figuré. On vous laisse imaginer la perplexité des étudiants anglophones natifs face aux nombreuses affiches «happy loose» placardées partout. Loin de nous l’idée de passer pour de ronchons défenseurs de la langue de Rabelais : nous passerons donc outre le fait que sur les huit mots qui composent le nom de cette soirée, quatre sont français et quatre sont anglais, dont un mal employé en prime. Côté interprétation de l’expression «Le Before de l’After», nous ne sommes pas du tout sûr de son sens profond. Bref, une com fort sympathique, mais un bilan linguistiquement assez désastreux !

Une rencontre qui motive les troupes

Même en n’ayant vu que les 20 dernières minutes de la première partie de soirée – une rencontre/débat avec trois professionnels – on a bien senti que cette soirée était plutôt bien partie et qu’il n’y avait pas tromperie sur la marchandise :

«Votre filière ne vous plaît pas ? Vous avez raté vos partiels, un concours… ? Rien de dramatique, avec la soirée Happy Loose, apprenez à saisir l’opportunité et à voir le verre à moitié plein !»

Pas de doute, avec l’équipe de la MOIP de l’Université François Rabelais, il était assez sûr finalement que cet événement tiendrait la route.

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Morceaux choisis & phrases marquantes, à l’attention des étudiants :

– Il faut apprendre à dire non et réfléchir à cette notion, qui n’est jamais évidente ni facile

– Faire des choix quand on est encore jeune peut être très difficile, on peut avoir l’impression parfois de faire des «sacrifices» alors qu’on ne sait pas du tout si, en finalité, quand on regardera en arrière des années après, cela aura été un sacrifice ou juste un bon choix.

– Nous sommes dans une société où les «moments d’errance» sont proscrits, où il faut toujours «faire» et «faire vite» et où, du coup, on n’a plus le temps «d’être», or il faut savoir s’imposer ces moments de flottement, de réflexion.

– Attention aux «faux choix», des études qui s’enchaînent et qui se passent «pas trop mal» et puis au bout de trois ans on se lève un matin et on se rend compte qu’on n’a pas vraiment choisi et qu’on n’avait pas vraiment envie de faire ça.

– Une intervention d’étudiant : «Quand tu as 12 ans, on te dit, on te répète, on te crie même «Tu veux faire quoi comme études, hein ?!» et toi tu choisis des trucs vite fait entre deux portes, puis on te dit «Ah mais non, tu pourras jamais faire ça, t’a vu tes notes ?! – Tout ceci est très violent, en fait».

– Le même : «Personne ne m’a jamais dit qu’un jour je pourrais aller en Fac. Si je suis en L3 aujourd’hui, en partant d’un CAP au départ, c’est parce que je me suis écouté et que j’ai avancé, pour moi-même».

– Il ne faut jamais attendre l’échec, il faut aller voir des personnes dès qu’on sent pointer le bout de son nez, il y a des professionnels à la Fac pour ça.

– il faut toujours penser à son projet pro ET à son projet personnel, c’est indissociable et les deux sont aussi importants, on a tendance à négliger voire à oublier le second au profit du premier.

Un petit tour dans deux ateliers

La soirée se poursuivait par des ateliers, dont deux étaient déjà complets depuis plusieurs jours. Traînant un peu en sortant de l’amphi, il s’en est fallu de peu qu’on sèche les ateliers pour passer directement à l’étape «buffet» qui présentait – entre autres – d’alléchantes parts de gâteau au chocolat. Ce qu’il ne faut pas faire pour attirer les étudiants, des fois !

Bref, nous voilà dans l’un des ateliers complets :

– « Bien être » dans la communication animé par Sandra Goldenberg
Atelier ludique et dynamique de relation aux autres: posture, jeux théâtraux, jeux de rythme pour retrouver la joie et la confiance dans le contact à l’autre.

DSC_6057Exercice de déambulation

Le descriptif ci-dessus est très clair. Nous sommes étonnés de voir que les étudiants présents jouent le jeu à fond dès les premières minutes. Un long exercice de déambulation (photo ci-dessus) où l’on s’ouvre peu à peu à la présence des autres, puis Sandra les entraîne dans ses jeux et c’est avec regret que nous nous éclipsons vers un autre atelier :

– Je kiffe l’optimisme, j’assure ma réussite animé par Laurence Marimot
Au travers d’exercices, d’échanges et de réflexion, découvrir les 9 piliers de l’optimisme, pour impulser des techniques de succès.

Comme vous pouvez le constater, la langue continue à être malmenée, mais les préjugés aussi, donc tout va bien : on change totalement d’ambiance ici où chacun (chacune devrait-on dire car il y a 15 filles pour un garçon, à croire que le mâle ne «kiffe pas l’optimisme»), où chacun donc est sagement assis et écoute une dame dynamique (plutôt «happy» que «lose», donc) parle et montre un Power Point.

En retard, le sujet nous interpelle : la voilà qui parle des «Bienfaits du bonheur» et on a envie de lui hurler : «Mais pour sentir les bienfaits du bonheur, M’dame, il faudrait d’abord en avoir la recette !». Mais comme on est poli, on attend sagement la suite. Et là, on apprend vraiment plein de trucs chouette, dont voici une petite sélection :

– Le bonheur c’est 50 % de génétique, 10 % de circonstances et, tenez-vous bien, 40 % de volonté ! Pour être heureux, il faut donc commencer par en avoir envie. Pas con.

– 0 % des élèves présents déclarent «ne pas du tout prendre leur bonheur en mains», 75 % déclarent «le prendre un peu en mains» et 25 % «complètement en mains».

– l’ENT (espace numérique de travail de la Fac) fermerait à 20h, ce qui occasionne une panne d’ordinateur, donc la disparition momentanée du Power Point, ce qui nous laisse un instant songer que c’est peut-être ça, le bonheur, aussi : des réunions sans Power Point.

– il existe 6 émotions universelles, 4 négatives (peur, colère, dégoût, tristesse), une neutre (surprise) et une positive (joie) ; autant vous dire qu’on est super mal barrés. Sauf que Madame Happiness nous explique que le ratio de 5 contre 1 est surmontable car il suffit de se réjouir de 5 petits trucs du quotidien pour «contrer» un sale truc. Autant vous dire que le jour où vous en prenez plein la tronche de tous les côtés (on vous jure, ça arrive), il vaut mieux vous extasier devant votre plante verte qui pousse et votre chat qui fait sa toilette car sinon la journée risque d’être un peu hard.

– il faut «amorcer un mécanisme» pour aller vers le bonheur.

En conclusion : 90 % Happy et 10 % «Lose» (et 0 % «Loose»)

Non, sérieusement, cette soirée nous a fait du bien et encore plus sans doute, ne serait-ce que par le fait d’y voir une centaine d’étudiants motivés, contents d’être là, ouverts d’esprit, intéressés et de tous horizons (Anglais, Socio, Psycho, Droit, Pharma, Lettres Modernes Affaires Internationales, Chimie, Planning and Sustainability, Sciences de la Vie, LEA, Lettres Modernes, Médecine, Droite & Langues…).

crédits photos : Laurent Geneix pour 37°

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