Société

Marronnier : des vieilles odeurs de rentrée

Pour un journaliste, traiter avec un minimum d’originalité un marronnier – tel que la chasse aux œufs de Pâques, les soldes ou la revente des cadeaux de Noël pourris en janvier – revient toujours peu ou prou à tremper sa tartine de rillettes dans son café ou à faire son marché en moins de 15 minutes un dimanche ensoleillé à 11h30 à Velpeau : soit un subtile mélange de dégoût profond et de performance impossible. C’est donc après des mois de travail exténuant que nous proposons finalement ce portfolio d’une classe « vitrifiée » en 1958 pour parler du retour en classe avec une petite nostalgie pré-automnale.

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Alors que des élèves fantômes ont bien rangé leurs affaires sur les tables, mais curieusement laissé leurs habits et chaussures au fond de la salle, les odeurs se mélangent :

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L’ODEUR entêtante du mazout du poêle qui trône grand seigneur au milieu des tables, accueillant sur son dessus les belles gamelles contenant le déjeuner des élèves et toisant de sa chaleur le professeur à qui il fait face – et inévitablement concurrence – de novembre à mars ;

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L’ODEUR tenace de la craie qui s’immisce sur les surfaces qui échappent à la femme de ménage (il y en a toujours) ;

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L’ODEUR de chiens mouillés mêlée à la bouse de vache caractéristique d’une époque où les écoliers en particulier et les gens en général n’étaient pas obsédés par la douche quotidienne qui, comme chacun le sait, en plus de gaspiller des tonnes d’eau potable, de l’énergie pour la chauffer et du gel douche bourré de produits chimiques, abîme la peau ;

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L’ODEUR de l’encre qui se présentait sous forme de poudre que les élèves devaient diluer dans l’eau (c’était paraît-il un honneur de se voir confier cette précieuse mission par le maître) ;

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L’ODEUR de l’haleine du vieux maître sévère-mais-gentil, également maire du village qui, c’était de notoriété publique, ne buvait pas que de l’eau de source le soir pendant qu’on s’arrachait les cheveux à faire des pleins et des déliés sur la toile cirée du coin de la table ;

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L’ODEUR indescriptible du temps qui passe trop lentement pendant les exercices de calcul refaits dix fois et des feuilles de tilleul mortes dehors qui crient toute la journée leur envie d’être piétinées par une interminable partie de foot ou de chat-perché.

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Crédits photos : Laurent Geneix pour 37°

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