Société

L’Observatoire des inégalités à Tours

Une sentinelle nationale dans 40m2 au Sanitas

Il est régulièrement cité dans des manuels scolaires, son site internet reçoit plus de 6 000 visiteurs par jour, il dispense des formations et intervient partout en France : l’Observatoire des Inégalités est né il y a 11 ans des cerveaux en ébullition d’un prof de philo et d’un journaliste habitant la même rue à Velpeau et ayant la volonté «d’informer le plus grand nombre». Il est aujourd’hui une référence nationale, un organisme comptant 3 salariés et 25 bénévoles qui s’est imposé peu à peu comme le contre-expert et l’analyste des problèmes d’inégalités en France.

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«Petit, indépendant, pédagogique ». Voilà résumé l’Observatoire des inégalités par son directeur Louis Maurin, 48 ans. «Le projet était déjà en gestation depuis quelque temps lorsque le 21 avril 2002 et l’arrivée de Le Pen au second tour a accéléré sa naissance». D’après Louis Maurin, cette percée de l’extrême droite et, plus largement, le mal être social, est le fruit d’un décalage trop important entre d’un côté le discours médiatique dominant et la publicité, et de l’autre côté la réalité. Dire les choses telles qu’elles sont réellement serait donc un premier remède.

SAMSUNG DIGITAL CAMERALouis Maurin

Louis Maurin retient quelques autres dates clés comme le discours «très fort» de Jacques Chirac sur la laïcité fin 2003 et les émeutes de 2005 qui ont «changé le regard et le discours de beaucoup de Français qui jusque là parlaient facilement des sauvageons de banlieue et qui d’un coup prenaient conscience qu’il y avait une grosse problématique sociale de fond, principalement due aux inégalités».

Un «observatoire», c’est quoi ?

L’idée de départ est d’une étonnante simplicité : collecter des statistiques et des travaux de recherche qui peuvent être synthétisés et analysés sous l’angle des inégalités. De toutes les inégalités (hommes/femmes, catégories sociales, minorités ethniques, vieux/jeunes, handicapés/valides…). Des documents et données souvent inaccessibles, pointus, bruts que l’Observatoire des inégalités digère, recoupe, met en perspective et sert sous différentes formes au grand public, aux médias, aux politiques et à n’importe qui s’intéressant au sujet.

La mission que s’est donnée l’Observatoire des inégalités tient donc en trois points : mettre constamment à jour ce qui a déjà été traité, défricher de nouveaux sujets et domaines et diffuser les informations au plus grand nombre. Les domaines couverts par l’Observatoire sont variés : économie, philosophie, droit, histoire, psychologie et sociologie…

Une indépendance essentielle

Dès 2005, la Région Centre suit et aide à la création d’emplois salariés via le dispositif Cap-asso, mais mis à part ça, la Fondation Abbé Pierre et Le Compas, organisme d’observation où Louis Maurin est également salarié, l’Observatoire des inégalités fonctionne aux deux-tiers grâce à des dons de particuliers et à des fonds propres issus d’interventions et de formations sur tout le territoire national.

«Nous fonctionnons avec un tiers de dons de particuliers, ce qui est beaucoup. Et ce qui est le plus encourageant c’est que les mêmes personnes donnent plusieurs fois. Nous recevons bien sûr de l’argent de personnes qui en ont beaucoup (nous sommes d’intérêt général donc les dons sont déductibles des impôts), mais beaucoup de chèques arrivent avec des prénoms jeunes ou au contraire des écritures chevrotantes de personnes âgées, des chèques de petits montants, des sommes qui n’entrent pas dans une logique de déduction fiscale, mais d’un engagement, de convictions personnelles profondes. Ces dons nous touchent encore plus.»

Côté interventions et formations rémunérées, la plupart ont lieu dans des collectivités, associations et différentes instances, à leur demande. Une demande type se découpe souvent en trois points : un point sur la situation, des clés pour comprendre et des conseils sur des actions pour lutter contre les inégalités constatées. «Nous pourrions aussi faire des audits bien sûr et du conseil, mais nous préférons nous concentrer sur le fond, sur la réflexion et l’analyse. Nous ne pouvons pas être sur tous les fronts.»

Une approche résolument pédagogique

«Bien sûr que nos stats de visites internet sont excellentes et nous font plaisir, mais il faut faire aussi attention et honnêtement trois ou quatre lignes ou un de nos graphiques repris dans un manuel scolaire de collège est une récompense encore plus forte !»

Le site, mais pas seulement : flyers, cartes postales, plaquettes, dossier pédagogique très complet, campagnes de sensibilisation sort autant de supports qui permettent à l’équipe de l’Observatoire de faire passer, avec des mots simples, les résultats de ses travaux.

«Mozart c’est mieux que Soprano ?», «A l’école, les filles têtes de classe ?», «Etre Homo c’est quoi ?», «Jeunes et vieux, deux mondes à part ?», «Riche et bien soigné ou pauvre et malade ?»… Les accroches des fiches pédagogiques sont directes et percutantes, interpellant directement le (fameux) citoyen lambda sans intellectualiser inutilement les débats.

Pas de récupération politique

Alors, «de gauche» l’Observatoire des inégalités ? On pense évidemment tout de suite à la célèbre sortie de Giscard d’Estaing à Mitterrand pendant la campagne présidentielle de 1974, «Vous n’avez pas le monopole du cœur !». Louis Maurin répond sans détour : «Nous ne sommes pas affiliés politiquement et notre travail est soutenu et relayé par des personnes de tous bords, ou presque. Mais pour être honnête, les partis politiques quels qu’ils soient ne sont pas nos principaux «clients», loin s’en faut. Nous intéressons beaucoup plus les médias, le monde associatif et les citoyens. Mais tous les citoyens, de gauche comme de droite, nous nous battons contre l’entre-soi qui consisterait à s’adresser uniquement à un milieu engagé, qu’il soit syndicaliste ou idéologique, un milieu déjà convaincu, ce serait enfoncer des portes ouvertes».

Un modèle social français à défendre

Le paradoxe malgré tout repose sur le fait que d’un côté l’Observatoire des Inégalités comme son nom l’indique diffuse en permanence des mauvaises nouvelles. Des mauvaises nouvelles sur le modèle social français, forcément. «Nous sommes pourtant dans une attitude positive, nous dénonçons et montrons pour que, derrière, cette prise de conscience fasse avancer la société, ce qui a déjà été le cas sur quelques gros dossiers nationaux. Nous ne disons pas que le modèle social français est un échec, bien au contraire, nous cherchons à le préserver et à l’améliorer. Personnellement je n’aurais aucune envie d’aller vivre ailleurs, car à part les pays scandinaves, aucun pays au Monde n’offre un modèle aussi intéressant que le nôtre. Mais il est très loin d’être parfait, évidemment.»

Mission en partie réussie, puisque grâce à son existence et à l’accueil très favorable reçu partout en France par cet organisme très particulier, le mot «inégalités» a désormais toute sa place dans le débat public et dans différentes législations.

Malgré tout, il reste du chemin à parcourir, tout en restant dans cette ligne «pas d’actions directes, juste rester des fournisseurs d’outils de compréhension». Quand on demande à Louis Maurin comment il voit les dix ans à venir, pas de déclaration tonitruante, mais un très sobre : «Continuer».

Une petite visite :

> Le site de l’Observatoire des Inégalités

Prévoyez du temps, c’est une mine d’or !

Crédits visuels et photos : L’Observatoire des inégalités

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