SociétéA la unePortraits

La nouvelle vie mousseuse d’Aude Fragnaud à Saint-Cyr-sur-Loire

 

En cette période de crise sanitaire, on assiste à un grand boom du télétravail : on ne va plus au bureau mais on travaille à distance, depuis chez soi. L’autre solution peut consister à installer son bureau, voire son usine de fabrication, directement au sein de son domicile. C’est le choix d’Aude Fragnaud qui fabrique des savons à froid depuis le sous-sol de sa maison…

Les belles aventures entrepreneuriales débutent parfois dans de tout petits espaces. Il y a près de deux ans, la marque de biscuits tourangelle Néogourmets installait son atelier de fabrication dans le garage d’une maison de Saint-Cyr-sur-Loire. Depuis, elle a grandi s’ouvrant les portes des supermarchés pour y proposer ses produits et inaugurant des locaux plus vastes, sans avoir passé les frontières de sa commune de naissance.

L’histoire va peut-être se répéter : Audre Fragnaud n’habite qu’à quelques centaines de mètres du labo originel de Néogourmets. Une élégante maison à 10 minutes à pied de l’arrêt Tranchée du tram de Tours. Elle nous emmène directement au sous-sol pour découvrir son lieu de travail de 15m². On pourrait s’y rendre sans guide, rien qu’à l’odeur « mais moi je ne les sens plus vraiment » explique cette chimiste de formation qui entame ici sa reconversion professionnelle. Après 25 ans dans un bureau, « ma paillasse me manquait » raconte cette Bretonne passée par Paris avant de suivre son mari en Touraine il y a deux ans.

P1140122
P1140125
P1140127

Changement de climat et nouvelle vie : Aude Fragnaud décide de se lancer dans le cosmétique.

« J’avais commencé à fabriquer mes propres produits d’entretien comme le liquide vaisselle et je me suis intéressée aux ingrédients sur les étiquettes. Je me suis aperçue que les savons que j’utilisais n’étaient pas bons pour la peau, elle était sèche et ça me démangeait. Je me suis renseignée et j’ai vite compris que pour la chimiste que je suis, fabriquer des savons saponifiés à froid ce n’était pas très compliqué. J’ai commencé pour moi, la famille, les amis. Et là je me suis dit : pourquoi pas en faire mon métier ? »

La réglementation cosmétique étant exigeante, la néo-Tourangelle a suivi une formation spécifique à Limgoes (« j’ai appris plein de choses et ça m’a confortée dans mon idée ») tout comme elle fait systématiquement analyser chaque nouvelle recette imaginée dans son laboratoire, une étape indispensable avant toute mise en vente.

Fabriquer un savon ça ne se fait pas en un claquement de doigts, il faut même plusieurs semaines avant qu’il soit prêt à atterrir dans une salle de bain. Cela commence par un mélange de corps gras (huile et beurre de karité fondu à 45°) auquel on incorpore de la soude en perles et de l’eau (potentiellement infusée à la verveine, au romarin ou autre). Ça marche aussi avec du lait. Et comme on parle s saponification à froid, pas question d’utiliser un liquide chaud. Voilà, on a la base qui est ensuite mixée jusqu’à obtenir la consistance d’une mayonnaise. C’est à ce moment-là qu’on va pouvoir incorporer des huiles essentielles, du miel, de l’aloé vera ou d’autres produits qui vont donner son originalité au savon.

Placé dans un moule, le savon sèche 24 à 72h selon sa teneur en corps gras puis il est découpé et « mis en cure » pendant 4 à 6 semaines, durée au cours de laquelle il va perdre progressivement son eau et donc voir son poids diminuer.

Certains savons de la marque Sapobel sont marbrés et colorés. Comment on fait ça ? En fait comme un gâteau : « Quand je mets l’argile je sépare ma pâte en deux et je fais mes marbrages à ce moment-là » dit Aude Fragnaud.

La gamme d’Aude Fragnaud compte actuellement une douzaine de savons différents pour tous types de peaux. Le beurre de karité est issu d’une filière équitable du Burkina Faso, l’huile d’avocat vient du Maroc, l’huile de tournesol de France, l’huile d’olive d’Espagne, l’avoine d’Île-et-Villaine et le miel de Touraine. « Tous sont enrichis en karité sauf un » explique la créatrice de Sapobel qui a démarré son activité en juin avec une boutique en ligne et une présence sur les marchés de Luynes ou de Fondettes ainsi que dans les rayons du Biocoop de Chambray-lès-Tours. En commandant par Internet, on peut venir récupérer ses savons directement chez elle. A l’avenir, la marque pourrait proposer un savon ménager, des baumes ou du shampoing.


Un degré en plus :

D’autres marques tourangelles de cosmétiques existent déjà. Découvrez-les dans notre article sur Info Tours.

Print Friendly, PDF & Email