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[La bouteille du week-end] Vin de France 2018, La Folle Blanche, Marc Pesnot

Comme un bon vin ne s’apprécie que s’il est partagé, chaque vendredi dans [La bouteille du week-end], Guillaume Lapaque vous fait part de sa rencontre avec un vin ligérien et vous en parle avec passion et délectation.

Il faut croire que j’ai besoin de vacances puisque qu’après la négrette vendéenne de la semaine dernière, j’ai eu envie de vous parler cette semaine d’un vin breton. Un vin breton, c’est à dire un vin nantais, n’en déplaise aux forts en thème qui ont appris par cœur les frontières administratives actuelles, et oublié que Nantes, a été, est, et sera toujours la capitale des Ducs de Bretagne !

Mais j’ai surtout eu envie de vous parler d’une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. L’époque de mes premières vacances en Bretagne. Avec nostalgie, on se souvient qu’il existait alors des AOVDQS : Appellation d’Origine Vin Délimité de Qualité Supérieure, drôle de catégorie désormais disparue et qui était coincée entre nos actuelles AOP (Appellation d’Origine Protégée) et IGP (Indication Géographique Protégée). Et la plus célèbre des AOVDQS, c’était le Gros Plant du Pays Nantais.

Il régnait en maître sur le littoral atlantique et arrosait sans retenue les douzaines d’huîtres, les moules marinières et les plateaux de fruits de mer.

Je ne me souviens pas de vacances sans gros plant et ils en avaient même fait leur slogan publicitaire, aujourd’hui grotesque et surrané : « Gros Plant, le vin de mes vacances ».

Avouons-le, il fallait parfois s’accrocher à la table ou à son dentier pour en supporter l’acidité excessive. Et si c’était le vin des huîtres, on se demandait parfois si il ne pouvait pas remplacer le citron… N’empêche, on aimait ça !

On l’appelait « Gros Plant » parce qu’il pouvait produire des quantités de vin incroyables. On pouvait l’exploiter, le sur-exploiter sans vergogne, au détriment de la qualité et c’est pour ça qu’on obtenait un vin souvent trop acide…

En réalité, le véritable nom de ce cépage, c’est la folle blanche. Un cépage qui, historiquement, était le principal cépage du Cognac. Après l’avoir sur-exploité, les vignerons nantais ont fini par le détester et l’arracher : on en cultivait plus de 3 200 ha à la fin des années 1980, contre quelques 500 ha aujourd’hui.

Et pourtant, bien maîtrisé, bien vinifié, c’est bon ! Comme en témoigne cette « folle blanche » que Marc Pesnot cultive en bio sur des schistes du pays nantais.

Folle blanche, c’est l’assemblage de « folle », qui désigne un vin acide, et « blanche » qui qualifie la robe du vin.

La folle blanche de Marc Pesnot n’est ni folle, ni blanche.

La robe est joliment dorée.

Au nez, ça sent la poire et la pomme verte.

En bouche, on découvre une belle alliance de pomme, d’agrumes (citron) et de fleurs blanches.

C’est vif, c’est frais, c’est revigorant, mais l’acidité est parfaitement maîtrisée et plaisante.

La finale reste sur la pomme verte avec une très agréable touche saline.

C’est évidemment une irrésistible invitation à ouvrir une douzaine d’huîtres. Ou à déguster ce vin à l’apéritif, pour le seul plaisir de se réconcilier avec le « gros plant du pays nantais » et avec son enfance.

Je dois avouer qu’en le dégustant, j’ai pris une grosse madeleine de Proust en pleine figure. Je suis reparti pêcher les bouquets à Damgan avec mon grand-père, là où la Vilaine vient nourrir l’eau de l’océan et faire grossir les crevettes roses.

Et j’ai eu très envie qu’à nouveau, le Gros Plant du Pays Nantais soit le « vin de mes vacances » !

Vin de France 2018, La Folle Blanche, Marc Pesnot

23 Route de Goulaine

44 450 Saint-Julien-de-Concelles

Tél. : 02 40 06 24 30

* 15,20 € à La Cav’Par 3,

4 Rue Georges Courteline,

37000 Tours

Tél. : 02.47.38.71.95

Sur Facebook : https://www.facebook.com/pg/La-Cavpar-3-162730313793742

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