Société

Insécurité au jardin de Beaune-Semblançay : L’autre dossier de la rue Nationale à Tours

Depuis plus de 18 mois, le haut de la rue Nationale et de la rue Colbert connaissent des problèmes récurrents d’insécurité. Vandalisme, vols, dégradations de devantures commerciales, deals de drogue, agressions sont devenus le quotidien des habitants du haut de la rue Nationale. La concentration de cette délinquance visible se retrouve dans un lieu étonnant, le jardin de Beaune-Semblançay situé entre la CCI et la rue Nationale. 37° a mené son enquête pour en savoir plus. Immersion entre habitants et délinquants.

Cet après-midi de fin septembre, un attroupement inhabituel se tient au milieu du jardin de Beaune-Semblançay. Olivier Lebreton, adjoint au maire à la sécurité à Tours, a convoqué des représentants des copropriétés du quartier et leur Syndic, des riverains habitant autour du jardin ainsi que les représentants de la police nationale et police municipale. Cette réunion de crise fait suite à de nombreux actes de délinquance dans cet endroit de Tours depuis plus d’un an et demi maintenant. Les habitants présents ce jour là, sont tendus. L’exaspération se lit sur leur visage. Ils dénoncent une très forte concentration de jeunes les après-midi avec des jours « noirs » comme le mercredi et le samedi. Ces attroupements de mineurs venant pour la plupart des collèges et lycées du centre-ville étonnent. « C’est la jeunesse dorée de Tours qui vient mettre un bazar monumental ici » dénonce, Gérard*, l’un des commerçants du quartier.

Et un autre d’ajouter : « j’ai voulu rentrer chez moi l’autre fois, trois jeunes étaient assis devant la porte, je leur ai demandé de s’écarter, ils ont rigolé et n’ont pas bougé. J’ai essayé de passer en en bousculant un et un jeune m’a dit « tu ne peux rien me faire, je suis mineur et mon père est avocat » ». A ces actes d’incivilités se mêle la petite délinquance. Les dealers ont fait du jardin l’une de leurs chasses gardées. En période de forte influence, la vente de haschich se fait à la vue de tous et des rares enfants qui peuvent encore utiliser le jardin pour s’amuser avec leurs ballons ou trottinettes. Certains riverains, pères de famille, sont même harangués par de très jeunes filles qui fument un « pet’ » sur le bord d’un mur : « Qu’est ce que tu regardes ? » dit l’une d’elles à un papa avec ses deux petits garçons. Le père répondant « vous êtes beaucoup trop jeune pour ce genre de choses… » et la jeune fille de répondre « ta gu…, va voir ailleurs si j’y suis !!! ».

photo Beaune Semblançay

Tentatives d’intrusion dans les immeubles, crachats, jets de pierre, vols sont le quotidien de cet endroit de la ville

Cette situation explosive empire de jour en jour. Les insultes sont désormais remplacées depuis quelques mois par des faits plus graves. Plusieurs tentatives d’intrusion dans les immeubles qui bordent le jardin, des crachas et jets de pierre sur les devantures des magasins, des vols dans les véhicules garés autour du jardin. Pourtant les patrouilles de police sont nombreuses. Elles ont un effet temporaire. Elles dispersent les jeunes pendant vingt minutes qui reviennent prendre « leur territoire » après le départ des équipes pédestres ou à vélos de la sécurité publique. Depuis quelques semaines, la police montée de la police municipale de Tours vient faire des rondes avec deux chevaux.

Mais cela ne suffit pas pour les habitants. Jeanne*, une riveraine demande « à ce que l’on interpelle les proviseurs des lycées concernés et les parents de ces jeunes ». D’autres pistes pour contrer ces incivilités et la petite délinquance inhérente à celle-ci sont évoquées. La vidéosurveillance dans le jardin, « une solution qui ne résout pas toujours les problèmes et qui coûte cher » rétorque Olivier Lebreton, ce jour-là aux riverains présents. Une autre piste prise très au sérieux par l’ensemble des habitants : la fermeture de l’un des accès principaux au jardin avec des sas sécurisés entre le jardin et la rue Nationale. Une solution retenue par la police nationale « qui pourra plus facilement travailler et procéder à des contrôles avec ce type de configuration retenue » avance l’un des officiers présents au côté d’Olivier Lebreton. En un mot, il n’y aura plus la possibilité pour les dealers de s’échapper par l’un des accès lors d’un éventuel contrôle.

Le jardin de Beaune-Semblançay est ainsi devenu en quelques mois, un lieu symbolique tant pour la jeunesse du centre-ville que pour les statistiques des forces de police. Il y a fort à parier que ces problèmes d’insécurité seront l’un des autres dossiers de la rue Nationale pour la nouvelle municipalité. « Il faut re-sécuriser les lieux, c’est notre priorité et notre boulot ! » promet Olivier Lebreton à l’issue de son entretien avec les habitants. Une promesse que les habitants entendent être tenue.

« c’est l’un des plus importants points de rassemblements du centre – ville !… »

Notre enquête nous a amenés à comprendre pourquoi ces jeunes avaient fait de ce jardin si calme, leur lieu de rendez-vous et d’excès. Pour l’un des représentants de la police nationale, « plusieurs jeunes que l’on retrouve ici sont connus des services de police ». Alors qu’est ce qui motive ces mineurs des collèges et lycées issus de familles aisées à cohabiter avec la petite délinquance ? Pour Antoine*, coupe stylée, lunettes Gucci et blouson Burberry, « venir ici tous les jours, c’est cool !!! ». Et quand on demande à Antoine ce qu’il aime faire ici avec ses amis : « écouter de la musique forte et se fumer un pet’ !… ».

Au moment où nous avons réalisé ce témoignage Antoine et ses amis étaient en présence d’un jeune à casquette et capuche qui tentait, devant notre journaliste, de pénétrer dans un des immeubles en donnant d’importants coups de pieds sur la porte. Nous lui posons la question sur cette attitude. « Je ne peux rien y faire, il faut que je passe mes nerfs !!!… Les gens y me cassent les c…». Les autres ricanent… trois minutes plus tard, une patrouille de police arrive. Notre jeune à casquette est contrôlé. Les forces de police ont été appelées par l’un des résidants. Nous allons à sa rencontre. Edouard* et son épouse ont peur et ne cachent pas leur grande inquiétude pour les mois à venir si rien n’est fait. Notre présence permet, malgré tout, un dialogue avec Antoine* et ses amis. Nous apprenons qu’ils viennent de St Grégoire et Descartes. Sophie* quant à elle est fière de nous dire « que tous les mecs et les nanas viennent aussi de Balzac, St Ursule,… ». Edouard leur demande ce qui les motivent à fréquenter des délinquants et le jardin. « Bah, après les cours on n’a pas autre chose à faire ! Ici on peut venir à beaucoup, c’est l’un des plus importants points de rassemblements du centre-ville !… » se plait à dire Alexandre* venu à la rencontre de notre journaliste. « On s’envoie des SMS pour se donner rendez-vous Place des am’… » nous raconte Antoine*. Aussi appelé Place des amoureux, le jardin de Beaune-Semblançay n’en voit plus que très rarement venir se prendre en photo, ou faire un vœu devant la fontaine.

*Les prénoms ont été changés.

Print Friendly, PDF & Email