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[HistLoire] Les tribulations des gares de Tours

[Cette chronique a été publiée initialement en décembre 2015. Nous la ressortons en ces temps d’information réduits liées au coronavirus]

HistLoire, c’est une chronique régulière sur 37° où nous vous proposerons un petit focus sur un pan d’histoire tourangelle. Ce mois-ci, découvrez l’histoire des tribulations des gares de Tours.

(c) Laurent Geneix pour 37°

La gare de Tours, joyau architectural de la fin du XIXe siècle, oeuvre de Victor Laloux, fait parti des monuments emblématiques de la ville. Pour autant, si emblématique qu’elle soit, à plusieurs reprises elle a failli disparaître du paysage tourangeau comme son prédécesseur l’Embarcadère. Le principal problème qui s’est posé est sa forme de gare terminus en « cul de sac » obligeant les trains à rebrousser chemin pour repartir ; manoeuvre qui fait perdre plusieurs minutes à chaque desserte de Tours. Le deuxième souci vient de sa position au coeur de la ville. Si cette position s’est révélée bénéfique pour les commerces et le dynamisme du centre-ville, à l’inverse elle a un effet négatif point de vue urbanistique les installations ferroviaires coupant du coup l’espace urbain et freinant les liaisons Est-Ouest de la ville et de l’agglomération.

 

Ces deux inconvénients vont être la source de réflexions au long du XXe siècle sur son éventuel déménagement. Dès 1919, la société des chemins de fer envisage un déplacement dans le quartier Beaujardin au sud de la ville. Mais c’est suite aux bombardements de la Seconde Guerre Mondiale que la réflexion va être poussée le plus loin. Le plan Dorian sur la reconstruction de la ville de Tours prévoit un déplacement de la gare à la Rotonde afin de créer un vaste corridor allant jusque la gare de Saint Pierre des Corps. Le partage des tâches entre les deux gares devait alors être le suivant : le triage et les ateliers à Saint Pierre des Corps, le trafic voyageur à la gare de Tours. L’espace libéré devait permettre la création d’un quartier neuf mêlant habitations, loisirs, commerces… Ce plan envisagé dès 1943, fût déclaré d’utilité publique en 1947. Rien ne semblait s’opposer à ce déménagement, tous les acteurs (Etat, Municipalité, SNCF) y étant favorables. Pourtant, face au coût du projet et à l’urgence de reconstruire des logements rapidement, le projet tomba à l’eau. Marcel Tribut, élu maire en 1947 était moins enclin au recul de la gare que son prédécesseur (Jean Meunier) tandis que l’Etat et la SNCF se désintéressèrent aussi de ce projet finalement trop coûteux.

 

L’idée de déplacer la gare revint tout de même à plusieurs reprises dans les débats tourangeaux. Cependant l’urbanisation ayant gagné du terrain au sud de la ville, il devint de plus en plus difficile d’envisager un déplacement à l’intérieur du territoire municipal. L’idée remonta une dernière fois à la surface dans les années 1980. Jean Royer en prévision de l’arrivée du TGV à Tours envisagea un temps la construction d’une nouvelle gare et la transformation de celle de Laloux en Centre des Congrès. Finalement, cette idée fut vite abandonnée et on opta pour la construction du Vinci juste en face. Cette décision fit quand même une victime, puisque pour libérer l’espace on détruisit malgré certaines contestations, l’hôtel d’Armor qui datait de 1875.

 

L’Hôtel D’Armor

Auparavant deux autres gares :

  • L’Embarcadère :

L’Embarcadère était le nom donné à la première gare de Tours. Celle-ci fut inaugurée en 1845 par la compagnie Paris-Orléans dont dépendaient les installations ferroviaires tourangelles.

Source : Atelier Histoire de Tours

Cette gare occupait l’actuelle place du Général Leclerc qui fait face à la gare actuelle et s’ouvrait directement sur le mail issu des remparts détruits à la même époque (actuel boulevard Heurteloup). Le territoire de la ville de Tours étant trop étroit (limité entre la Loire et les actuels boulevards) la gare s’installa sur celui de sa voisine Saint Etienne-Extra qui fut annexée par la même occasion.

Le style classique de la façade est à l’image des autres monuments de l’époque ( Palais de Justice, Hôtel de Ville place Anatole France) et contraste avec ceux beaucoup plus imposants construits 1/2 siècle plus tard par Victor Laloux (Actuels Hôtel de ville et gare).

Source : Atelier Histoire de Tours

Trop étroite, la gare de l’embarcadère sera détruite à la fin du 19e siècle et remplacée en 1898 par celle que l’on connait aujourd’hui, plus grande et plus fonctionnelle.

  • La Gare de Vendée :
Créée par la compagnie du même nom en 1875, la gare de Vendée se situait rue Blaise Pascal et était destinée aux voyageurs de la ligne Tours-Vendée (Les Sables d’Olonne). La compagnie de Vendée ayant été rachetée dès 1877 par l’administration des chemins de fer de l’Etat, la gare prit le nom de gare de l’Etat.
En 1898, la mise en service de la gare actuelle permit de réunir les deux gares existantes. Sur les terrains de l’ancienne gare de Vendée, c’est finalement la Poste qui s’installe en 1909 et qui érige le bâtiment ci-dessus. Un bâtiment art-nouveau qui avait une fonction de tri-postal et de poste de la Gare comme en témoignait l’inscription « Tours-Gare » sur sa façade (photo ci-dessous). Cette inscription et le souvenir de l’ancienne gare fit que dans l’imaginaire tourangeau ce bâtiment fut appelé familièrement la gare de Vendée. Désaffecté depuis 1982 il est détruit en août 1996 au profit d’un bâtiment contemporain.

Source des deux images : Tours (Regards Croisés), Hervé Chirault, Aude Lévrier, A.Sutton

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