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Greffes et prélèvements d’organes : une grande chaîne de vie au CHU de Tours

Ce sont des interventions très techniques, délicates et particulièrement codifiées. Mais aussi des opérations de plus en plus fréquentes au CHU de Tours. L’hôpital est, depuis plusieurs années, un établissement de référence dans les domaines du prélèvement et de la greffe d’organes. Pour lui c’est « un axe fort ». L’occasion de s’intéresser de près au fonctionnement de ces services avec le docteur Jean-Christophe Venhard qui en est le coordinateur.

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Jean-Christophe Venhard

Déjà 45 patients prélevés en 2017

Des prélèvements d’organes, il n’y en a pas tous les jours au CHU de Tours. Avec 45 interventions sur les 9 premiers mois de l’année 2017, ces derniers sont néanmoins réguliers et en augmentation constante ce qui nécessite la présence permanente d’une infirmière (elles sont 4 au total). Cela dit, « notre activité n’est pas sectorisée et on collabore avec tous les services de réanimation de l’hôpital » prend soin d’insister le Dr Venhard depuis son bureau situé au fond du site de Bretonneau, un peu à l’écart des bâtiments où se trouvent les patients.

« Quand les services sont face à une situation médicale qui peut évoluer vers un don d’organe, ils nous contactent pour évaluer le dossier que les infirmières gèrent ensuite de bout en bout. » Le prélèvement d’organes sur un défunt n’est possible que dans des cas limités, en l’occurrence s’il y a mort cérébrale (le cerveau n’est plus en état de fonctionner mais le cœur continue de battre). « La mort encéphalique, cela représente environ 1% des décès en établissement hospitalier » indique le médecin soit environ 90 patients par an sur le CHU de Tours. Mais tous ne deviennent pas donneurs, parce que certains s’y opposent, par exemple. Ou que toutes les conditions médicales ne sont pas remplies.

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5 organes peuvent être prélevés sur un corps humain

Depuis peu, il est également possible d’envisager un prélèvement d’organes après une limitation de soins et un arrêt circulatoire, dans le cadre d’un processus baptisé Maastricht 3. « Ce sont les anglo-saxons, les Néerlandais et les Américains qui ont commencé à développer ce processus. Au CHU, nous le pratiquons depuis septembre 2016 après un long travail pour le mettre en place. Cela nous a déjà permis de prélever 19 reins et 5 foies. »

En plus du foie et du rein, 3 autres organes peuvent être prélevés en vue d’une greffe : le cœur, les poumons et le pancréas (souvent pris avec le foie). Là encore, il y a des conditions : « après 70 ans, le cœur et les poumons ne sont plus prélevés. On ne prélève pas pour prélever mais pour améliorer la santé du receveur. » Différentes analyses sont donc pratiquées avant de valider un dossier (examens biologiques et scanners).

« On n’a pas le droit d’avoir un rouage défaillant et ça nous motive »

Autre condition importante : un organe n’est prélevé sur un défunt que si un receveur a été identifié. Pour cela, les professionnels de santé tourangeaux avertissent l’Agence Nationale de Biomédecine et lui fournissent un dossier anonymisé comportant seulement les informations médicales nécessaires à l’identification d’une personne en attente de greffe (le groupe sanguin doit par exemple être identique). L’Agence de Biomédecine sonde ensuite les patients prioritaires jusqu’à en identifier un prêt à être opéré. Cela nécessite aussi une mobilisation des équipes soignantes des autres hôpitaux qui doivent se rendre à Tours pour venir chercher les organes (sauf pour les reins qui peuvent voyager seuls, dans un colis adapté).

Ces interventions se font dans un temps millimétré. Chaque minute compte et tout dépend du cœur (s’il est apte à être récupéré). En effet, entre le moment où l’organe est dévascularisé (autrement dit qu’il est déconnecté du système sanguin du donneur) et le moment où il est greffé dans le corps du receveur, il ne peut pas s’écouler plus de 4h : « par exemple, si une équipe de Paris vient à Tours pour un cœur, au moment où elle confirme qu’elle le prend on envoie un message à l’hôpital parisien qui débute immédiatement l’intervention avec le receveur. On n’a pas le droit d’avoir un rouage défaillant et ça nous motive ! On travaille pour ça » explique le Dr Venhard. Deux équipes de médecins peuvent donc être mobilisées pour sauver une personne.

Des organes qui voyagent en voiture ou en avion

Si le cœur ne peut « survivre » que 4h hors d’un corps humain, les délais sont plus larges pour le foie (8h), ou les reins (18h). Les cœurs sont donc exclusivement dirigés vers des hôpitaux proches de l’Indre-et-Loire (Paris, Nantes…), un rein est par ailleurs systématiquement « réservé » au CHU de Tours qui dispose lui-même d’une longue liste d’attente comportant 470 receveurs potentiels, « et qui ne cesse de s’allonger. »

Afin de tenir les délais, le temps de transport doit être adapté. Si certains organes voyagent en voiture (notamment en taxi) d’autres prennent l’avion : « c’est pour cela que, pour nous, l’aéroport de Tours est vital » note le Dr Venhard. « Il est incontournable. On ne peut pas avoir une équipe de greffe et de prélèvement sans un aéroport. » Quand aux avions, ils sont affrétés par des compagnies spécialisées en lien avec l’Agence de Biomédecine. « On a tout mis en place pour que les opérations se fassent le plus rapidement possible et dans les meilleures conditions » poursuit le médecin qui espère encore « augmenter l’activité pour répondre au mieux aux besoins des gens en attente de greffe. »

150 greffes de rein par an au CHU de Tours

En plus de son activité de prélèvement d’organe, Tours dispose donc aussi de médecins spécialistes de la greffe. Ces derniers sont d’ailleurs systématiquement prioritaires pour l’accès aux blocs opératoires dès qu’une possibilité se présente. Cette année, le CHU tourangeau devrait réaliser 150 greffes du rein, une centaine de greffes hépatiques et une quinzaine de greffes cardiaques. Évidemment, souvent, les organes viennent d’autres hôpitaux selon le même procédé que celui que l’on vous expliquait ci-dessus. 40% des greffons viennent de la région, le reste de plus loin. « Nous faisons partie des établissements qui greffons beaucoup et on affiche d’excellents résultats de survie pour les patients greffés sur les trois organes » explique le Dr Venhard qui pointe encore une fois l’importance des équipes chargées de s’occuper des patients : « après les interventions ils sont suivis à. » Et comme leur nombre augmente, les postes consacrés à ce service ne sont en théorie pas amenés à diminuer.

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Bientôt des greffes du poumon à Tours ?

En parallèle des différentes opérations médicales, le CHU de Tours investit dans la recherche : « notre objectif est d’avoir des greffons de meilleure qualité et pour cela nous travaillons avec les CHU de Limoges et Poitiers » détaille le Dr Venhard en ajoutant que de nombreuses avancées ont déjà été obtenues : « aujourd’hui on prélève des gens de plus en plus âgés car on sait à qui on peut greffer leurs organes. Il n’y a par ailleurs aucun souci à greffer des personnes de 75-80 ans, y compris du foie. C’est une vraie amélioration car on ne pouvait pas le faire il y a 20 ans. Et puis pour le rein, on attend plus que les patients soient dyalisés, on fait des greffes préventives. C’est encore un point positif. »

Prochaine étape à franchir : rendre possibles les greffes du poumon au CHU de Tours. Le service de Jean-Christophe Venhard y travaille…