Société

Forte Fièvre ! On a testé pour vous (ou pas)… Le Marché de Noël de Tours

Avertissement > Attention mesdames et messieurs, ceci est un article à charge. Le degré zéro du journalisme donc : la subjectivité élevée au rang d’art majeur quand les écoles de journalisme prônent depuis des lustres ce Saint Graal qu’est la neutralité ou l’objectivité auprès d’élèves pas forcément super bien dressés à la base.

Oui ! Arriver sur les lieux d’un reportage sachant d’avance qu’on va descendre en flèche ledit lieu est, il faut bien l’avouer, une véritable honte journalistique. D’ailleurs au moment où j’écris ces lignes je n’y ai pas encore mis les pieds, je suis installé à la terrasse (couverte, hein, faut pas déconner non plus) d’un illustre café qui donne sur le Marché de Noël (appréciez les majuscules). Café tellement illustre d’ailleurs qu’il facture l’espresso 1,90 € alors que la moyenne tourangelle du petit noir doit tourner autour de 1,38 €.

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Mais je m’égare : quand j’ai été missionné par ma rédaction pour couvrir ce grand événement local, j’ai eu les boules (la preuve en image ci-dessus) et j’ai décidé de me venger sur ce pauvre marché qui n’a rien demandé à personne, lui, à part les sous des consommateurs éperdus et frénétiques.

La déontologie journalistique décidément piétinée

Partant du principe que la vie du commerce commence en moyenne vers 9h, et, rue Nationale, vers 10h, me voilà dans les allées du MDN (soyons intimes et concis) vers 10h15 et force est de constater que tout (ou presque) est encore fermé. Là, ma paresse naturelle et ma lâcheté latente ne font plus qu’une et l’idée géniale s’offre à moi comme un cornet de churros bouillants : je vais écrire un non-article !

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Youpi ! Après tout, de nombreux journalistes, locaux comme nationaux, se contentent régulièrement de copier-coller des communiqués de presse de différents trucs sans y apporter la moindre touche personnelle, ni le moindre « angle » journalistique, alors pourquoi se priver ? Tous les jours, des gens « rédigent » (le mot est fort, je sais) des critiques de livres qu’ils n’ont pas lus, de films qu’ils n’ont pas vus et de nouveaux lieux sympas qu’ils n’ont pas visités (ou alors au pas de course, à la grande limite).

Dire du mal des gens, c’est mal

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C’est finalement soulagé et le cœur léger que je me balade tranquillement dans ce lieu désert. Car non seulement je n’aime pas dire du mal des gens, mais en plus je sais que sur ce marché de Noël il y a quand même des trucs bien, donc il aurait fallu que je mente (puisque j’avais décidé d’être super négatif), ce qui aurait fait une pierre de plus dans mon jardin déjà bien minéral.

Et puis c’est vrai quoi : il n’y a pas de commerce à Tours, impossible de trouver la moindre babiole, le moindre joujou, le moindre foulard coloré, la moindre boutique de déco. Donc le MDN permet aux gens qui ont encore de l’argent à dépenser de pouvoir le faire sans être obligés, ni d’aller à Angers, Poitiers ou Orléans, ni d’aller dans les temples de la conso de la périphérie.

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Ce marché est donc salutaire et je dirais même vital pour la bonne santé de la société de consommation, au risque ici (mais je l’assume) de froisser les vilains gauchistes ou les affreux ronchons (qui sont paraît-il parfois les mêmes personnes) qui vomissent ce genre de manifestations pourtant joyeuses festives conviviales familiales chaleureuses (décorez les mentions futiles).

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Des rumeurs inquiétantes

Jamais en reste d’un petit écart de conduite, nous, à la rédaction de 37°, aimons bien colporter des rumeurs sur les réseaux sociaux, dans le but inavouable d’attirer toujours plus de lecteurs. En voici donc une de plus :

Le bruit court qu’un certain nombre de Tourangeaux iraient au Marché de Noël « sans avoir l’intention de dépenser le moindre centime », mais cette information est à prendre au conditionnel bien sûr et avec beaucoup de précaution.

Pire, des sources officielles proches des autorités (avec lesquelles, comme tout bon journaliste qui se respecte, je déjeune assez souvent) laissent entendre qu’une « frange extrémiste de la population locale » (je cite) ne mettrait carrément « pas les pieds » au Marché de Noël de Tours cette année !

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La gratuité c’est super

Alors que les organisateurs du Workshop ont eu la joie d’apprendre quelques semaines avant leur événement au Péristyle de la Mairie de Tours que celui-ci allait désormais être payant, la Ville finance de nombreuses activités gratuites sur la scène et dans les allées du MDN. Ce qui, pour les gens qui n’auront pas les moyens d’acheter le moindre objet dans les chalets, a au moins le mérite (et là je suis sérieux) d’offrir une programmation aux badauds.

Bon évidemment vous allez dire que je suis vraiment exigeant (voire culturellement élitiste, c’est tendance) mais il ne faut pas être trop regardant sur ladite programmation car même si on trouve des pépites comme les Artramps , on a aussi droit, par exemple, à un concert de deux heures (oui, oui, deux heures) de Eidon. Ayant personnellement déjà subi un concert de 30 minutes d’Eidon , je n’ose imaginer la chose fois quatre. Nul doute que cette année, l’indigestion pourrait intervenir bien avant le 24 décembre au soir pour les spectateurs.

Il y aurait autre chose dans la vie

Peut-être que parler du Marché de Noël c’est aussi le moyen de parler d’autre chose finalement : du Workshop par exemple, et du Free Market et des quelques boutiques éphémères qui fleurissent et tout ce petit monde propose des créations originales, uniques, locales et pas chères. Il y a aussi les (nombreux) commerçants de Tours qui sont ouverts toute l’année et qui continuent à exister pendant les fêtes (on a vérifié).

On peut aussi rester devant son ordi pendant tout le mois pour fuir les foules et tout acheter sur internet, option très utile pour continuer à donner du boulot à des milliers de personnes qui passent leurs journées entières à emballer des trucs dans des hangars sordides et pour pouvoir mieux se lamenter par la suite que les petits commerçants de quartier ferment les uns après les autres (ma pauvre dame).

Vous pouvez, enfin, fabriquer vos cadeaux de Noël, n’offrir que des choses immatérielles (places de concert, de spectacles, week-ends à Rome tous les deux sans personne) ou même des choses immatérielles ET gratuites comme du temps pour vos proches par exemple, sous forme de bons cadeaux genre « trois heures avec toi en balade sur les bords de Loire un matin à l’aube, à l’heure où blanchit la campagne ».

On dit ça, on dit rien, hein.

Crédits photos : Laurent Geneix pour 37°

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