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[De Tours au Québec] A Trois-Rivières, un jumelage à relancer

Après des reportages en Espagne et au Togo, 37 degrés traverse l’Atlantique direction le Canada, et plus précisément le Québec. De nombreux français font ce voyage chaque année, pour des vacances, des études voire pour la vie. Il faut dire que la province ne manque pas de charmes. Comme nous l’avons vu dans notre chronique Histloire, elle dispose également d’une forte histoire commune avec l’Indre-et-Loire, comprenant un jumelage Tours / Trois-Rivières. A quoi ressemble cette ville ? Nous l’avons visitée…

Pour vous, jusqu’ici, Trois-Rivières ce n’était peut-être qu’une station de tram à Tours-Nord. Il s’agit en fait d’une ville qui fait quasiment la même taille que la nôtre, située à mi-chemin entre la capitale économique québécoise (Montréal) et sa capitale politique (Québec). Comme Tours, Trois-Rivières est au bord d’un fleuve, le Saint-Laurent, vaste étendue d’eau au fort trafic fluvial nécessitant le passage de bateaux brise-glace pour ouvrir un passage hivernal entre l’Océan Atlantique et le cœur du pays.

Quand je pose le pied à Trois-Rivières pour la première fois ce lundi 1er avril, des plaques de glace parsèment encore la surface de l’eau. Il n’y a plus de neige sur les trottoirs mais encore de gros tas de poudreuse dans tous les parcs et les jardins. Elle fond petit à petit, si bien qu’on entend les gouttes tomber des toits en passant devant certaines maisons. Il faut dire que l’hiver 2018-2019 a été particulièrement intense au Québec : de la neige en forte quantité dès novembre, et un froid intense toute la saison. Pour ne rien arranger, en certains endroits la neige fond désormais trop vite au point d’entraîner des inondations.

Un musée de l’industrie papetière et un aligot au cheddar

C’est donc une ville en sortie d’hibernation que je découvre. Il fait frais, autour de 5° l’après-midi. Le temps est changeant mais pas désagréable, donc propice aux balades dans le secteur historique aux maisons et édifices religieux remarquables (la ville a récemment obtenu une deuxième étoile dans le Guide Michelin). Je m’arrête souvent pour découvrir quelques boutiques remplies de produits locaux, je goûte un aligot au cheddar et un dessert caramel-glace au rhum-bacon (oui, vous avez bien lu « bacon ») dans un pub gastronomique avant de visiter une exposition très bien documentée sur l’histoire de la bière, le Québec regorgeant de micro-brasseries aux créations toutes plus surprenantes les unes que les autres (coucou la bière concombre-basilic).

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Avant de venir à Trois-Rivières, on m’a prévenu : ne pas s’attendre à y trouver une forte activité et beaucoup de choses à faire. Sur la route, l’enseignante de l’université avec qui je covoiture m’indique qu’elle ne regrette pas d’avoir quitté cette ville où elle a habité un temps durant sa jeunesse, se souvenant encore très bien des mauvaises odeurs des usines de papier.

Une ville en pleine mutation

Trois-Rivières est située à l’embouchure de la rivière Saint-Maurice qui se divise en trois bras au moment de rejoindre le Saint-Laurent, d’où son nom. Cette rivière traverse auparavant de nombreuses forêts, faisant de la cité une base de choix pour l’industrie papetière dont on découvre les coulisses dans une ancienne usine reconvertie en musée (on y apprend notamment que les conditions de travail étaient extrêmement compliquées, entre la chaleur dégagée par les machines ou les ouvriers baignant dans l’eau).

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Aujourd’hui, on a tendance à définir Trois-Rivières comme une ville dortoir coincée entre Québec et Montréal. Si l’on devait oser un rapprochement avec ce que l’on connait dans notre région, on pourrait la comparer à la ville de Blois, à mi-chemin entre Tours et Orléans. Néanmoins, la cité dispose de plusieurs atouts. Base touristique pour les visiteurs venus profiter des joyaux naturels de la Mauricie ou des sports d’hiver (motoneige, piste de glace géante, chiens de traîneau), elle est équipée d’un CHU et d’activités portuaires. Son université et ses écoles supérieures rassemblent environ 20 000 étudiants, avec certaines formations uniques au Québec, notamment pour les sages-femmes ou la chiropractie. Elle est en prime reconnue pour sa gastronomie (d’excellents restaurants créatifs et deux écoles hôtelières) ainsi que son festival de poésie vitrine d’une scène culturelle particulièrement riche comptant notamment la finale nationale d’un concours de slam pour jeunes en septembre. Les gagnants iront en France pour poursuivre la compétition.

Des échanges au point mort depuis plus de 15 ans

Littérature, gastronomie, relation au fleuve, francophonie, vie étudiante… Sur le papier, les liens entre Tours et Trois-Rivières semblent conséquents. Si la ville n’a pas le statut de capitale régionale dont dispose Tours en raison de la géographie québécoise, entretenir des liens étroits avec elle parait plus que pertinent. Et pourtant, au contraire de Minneapolis aux États-Unis (ou de Takamatsu au Japon), le jumelage est endormi, atone. « Il n’y a rien car la mairie a refusé tout ce que l’on a proposé » concède l’adjoint au maire de Tours en charge des relations internationales, Jérome Tebaldi, « c’est le seul jumelage de côté car il ne se passe plus rien. » S’il y a bien eu une journée québécoise à la guinguette de Tours il y a quelques temps, c’est donc en grande partie grâce à la vitalité du monde associatif.

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En Indre-et-Loire, les liens avec le Québec sont entretenus par l’association Touraine-Québec. Basée à Saint-Avertin, elle organise régulièrement des événements culturels (le prochain, un concert country à Saint-Avertin le 7 juin) ou participe à des manifestations comme le Marché de Noël de Tours ou Nature en Fête à Saint-Avertin. Elle correspond également avec Trois-Rivières où est établie la présidente de l’association Québec-France Jacqueline Veillette que j’ai rencontrée avec plusieurs autres personnes motivées pour favoriser les liens entre cousins francophones (François et Hélène Roy qui se rendent souvent en vacances en Touraine, l’ancien directeur général et ancien président de Québec France Marcel Beauchemin, l’ancien ministre et député québécois Guy Julien ou l’artiste Roger Kamp attendu en Touraine cette année pour un concert).

Une renaissance des échanges grâce au nouveau maire ?

Le rendez-vous a lieu dans un restaurant récent, Le Brasier 1908 qui fait référence au dramatique incendie qui a ravagé une partie du centre-ville de Trois-Rivières en 1908. Très vite, on aborde la question de l’absence de liens officiels entre les deux communes. Et cela date de 2002, au moment de la réunification de 6 communes formant l’actuelle localité de Trois-Rivières. « Le maire ne voulait pas de jumelages » nous expliquent les bénévoles. En fait sa priorité c’était l’économie, le tissu local étant bouleversé avec la diminution progressive de l’industrie papetière, remplacée par des entreprises œuvrant dans les nouvelles technologies, l’éolien ou l’aéronautique.

La situation étant désormais stabilisée et le tourisme plus dynamique, les membres de Québec France espèrent que les choses changeront cette année après l’élection d’un nouveau maire, le précédent ayant dû quitter ses fonctions pour raisons de santé. Trois candidats désirent lui succéder et leurs affiches sont partout dans la ville. Le scrutin est prévu le 5 mai.

EN PROJET…

Un trio d’étudiants de la fac de Tours vient de lancer d’échange épistolaire avec une classe de CM1 de l’école Paul-Bert de Tours et une école de Trois-Rivières, Pointe-du-Lac. Après plusieurs séances de présentation du Canada aux jeunes français (histoire, langue, géographie), les premiers courriers sont partis à la fin mars. En face, l’enseignante Mme Bouchet (aucun lien avec le maire de Tours Christophe Bouchet) a tourné une vidéo pour présenter son école et l’histoire de la Nouvelle France. « Les enfants tourangeaux sont pour la grande majorité curieux, intéressés et motivés par la mise en place d’un échange de lettres. Donc nous espérons que celui va perdurer » expliquent Jonathan Chloé et Alexa en études d’histoire.

Parmi leurs motivations : le travail de la langue… « Bien qu’utilisant la même langue, le français du Québec diffère du ntre et donc par ce biais nous souhaitons faire réfléchir les élèves sur une présentation de soi mais également leur faire découvrir à travers différentes activités pédagogiques l’histoire commune de la France et du Québec. Ce qu’il y a en commun mais également ce qui les diffère. »

30 ans après, le retour du Québec à la Foire de Tours ?

Ce manque d’intérêt politique n’empêche pas les échanges humains qu’ils soient culturels, économiques ou étudiants. L’an dernier, une chorale de Tours composée de 25 personnes a fait le voyage (et se souvient sans doute encore du goût du pâté traditionnel du coin nommé pâté chinois en hommage aux ouvriers chinois à qui ce mélange viande-patates-légumes était servi lors d’un mouvement social de grande ampleur). Par ailleurs, plusieurs pactes d’amitié ont été signés depuis 2005 et régulièrement renouvelés, le plus récent datant de 2018. Le désir de les renforcer semble réel parmi nos interlocuteurs, François Roy ouvrant devant nous un cahier souvenir de la Foire de Tours 1991 battant pavillon québécois : « c’était la première fois qu’un pays était reçu chez le gardien du parc des expositions pour prendre l’apéro » se souvient-il évoquant également le stress de ne pas recevoir à temps les bières locales envoyées par bateau et bloquées dans le port d’Anvers en Belgique. Elles étaient finalement arrivées la veille de l’ouverture du pavillon.

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Alors pourquoi pas une Foire 2020 ou 2021 autour du Québec à Tours ? L’événement avait déjà permis de tisser des liens plus forts avec Minneapolis sous Serge Babary, ce pourrait être l’occasion rêvée de relancer le jumelage en sommeil avec Trois-Rivières : « je garde l’idée. Le Québec véhicule des clichés positifs, ça intéresse tout le monde » lâche Jérome Tebaldi précisant également qu’il propose toujours une étape triluvienne aux artistes tourangeaux souhaitant faire une tournée québécoise. Il promet donc de prendre contact avec le prochain maire : « on va voir si l’on peut faire des choses. On partage la même langue, cela ne peut que nous rapprocher. »

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