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[De la Touraine à l’Espagne 3/4] Marie, enseignante à Séville

Cet automne, 37° a franchi la frontière pour explorer une partie de l’Espagne. De Barcelone à Séville en passant par Cervelló et Grenade, nous avons échangé avec des Tourangelles et des Tourangeaux installés de l’autre côté des Pyrénées mais aussi rencontré celles et ceux qui ont tissé des liens d’amitié forts avec notre région. De retour, il est temps de vous raconter leurs histoires et leurs aventures…

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Un vendredi soir de novembre, à 17h30… Le jour commence à décliner ce qui permet d’observer toute la splendeur de l’architecture de Séville : sa cathédrale s’embrase, les sculptures des maisons dévoilent leurs détails, la Place d’Espagne est majestueuse et, au bord du fleuve Guadalquivir, les Sévillans font leur sport ou prennent le temps de profiter des dernières heures du jour avant une longue soirée dans les innombrables bars à tapas de la ville (en termes de quantité et de variété, c’est le Vieux-Tours puissance 10 !).

Retrouvez l’épisode 1 de notre série avec Claire, stagiaire à Barcelone et l’épisode 2 avec la ville jumelle de St-Martin-le-Beau.

Alors que le Soleil s’approche de l’horizon, on profite de la vingtaine de degrés avec un t-shirt et une simple veste par dessus, parce qu’à l’ombre on sent vite la fraîcheur. De son côté, Marie Joubert arrive avec tout l’attirail : t-shirt, petit pull, petite veste… Elle n’est pas non plus en doudoune mais elle le reconnait : « maintenant à partir de 28° je prends un gilet. » C’est à cela que l’on reconnait les locaux des touristes : les visiteurs profitent d’un semblant d’été indien et pour les Andalous l’automne est bel et bien arrivé avec ses petits inconvénients (« il n’y a pas de chauffage dans les maisons ») mais aussi des avantages : « en janvier on devrait encore avoir une vingtaine de degrés l’après-midi. »

Marie a vécu en Espagne dès le début de ses études

Qu’on s’entende bien : Marie ne se plaint pas une seule seconde de ce climat. « J’aime envoyer des photos du Soleil toute l’année à mes proches » explique la jeune trentenaire qui vit ici depuis maintenant un an et demi, mais qui est tombée amoureuse de l’Espagne (et d’un Espagnol) bien plus tôt…

« Je me souviens qu’à mes 18 ans, mes parents m’avaient offert un voyage. Avec une copine, on était parties à Barcelone. Là-bas j’ai fait un rêve : je me suis vue dans cette ville à 3 âges différents en tant qu’étudiante Erasmus, jeune fille au pair puis touriste. » Un rêve qui s’est réalisé… En 2004, Marie passe une première année en Catalogne avant de partir vivre un an au Guatemala puis de revenir en tant que jeune fille au pair à Barcelone. C’est dans cette ville qu’elle a rencontré son compagnon, dans cette cité qu’elle a encore beaucoup d’amis, et dans cette métropole bouillonnante qu’elle retourne encore régulièrement pour retrouver ses repères.

Une place de prof difficile à obtenir

« Je ne me sens jamais autant française ou européenne qu’à l’extérieur » explique cette tourangelle pur jus désireuse de partager les cultures. « Je ne saurais pas dire pourquoi l’Espagne mais une fois que tu as le virus, il n’y a pas de vaccin ! », poursuit-elle en attendant une bouteille de la bière la plus connue de la région, dans une version aromatisée au citron. Naturellement, Marie a suivi un cursus en espagnol, dispensé par correspondance par les facs de Rennes et Lorient. Puis elle s’est dirigée vers l’Éducation Nationale, avec l’idée fixe d’enseigner à l’étranger mais en sachant bien aussi qu’elle n’était pas la seule à avoir cette ambition (pas moins de 8 000 dossiers de candidatures pour une quinzaine de places par an).

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Les Parasols (ou « Champignons ») de Séville

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Le Pont de Triana

Après quelques années en classe ordinaire, Marie Joubert a travaillé à Joué-lès-Tours, auprès d’enfants étrangers à qui elle apprenait « le français de survie. » « Je savais ce que c’était d’être étrangère. C’est un truc que j’aime bien, le fait de ne pas être dans son pays, d’observer, d’apprendre, de découvrir une culture à fond… » Son compagnon vivant au Pays Basque, la jeune prof fait tout pour réduire la distance qui les sépare : « il faut s’acharner et ça finit par marcher. En général ils recrutent des gens qui ont déjà une adresse sur place, qui sont en disponibilité de l’Education Nationale. » Ce n’était pas son cas mais elle a quand même réussi : « j’avais le choix entre les Canaries et le lycée français de Séville. » Ayant peur de tourner en rond dans les îles et ces dernières étant plus difficiles d’accès (plusieurs heures d’avion contre moins de 2h pour l’Andalousie), le choix a été facile : « les copains et la famille peuvent venir facilement : au printemps et cet été j’avais quasiment du monde toutes les semaines. Et même moi je peux rentrer sur un week-end. »

Corriger ses copies sur la terrasse en janvier

Marie est donc Sévillane depuis l’été 2016, mais la première fois qu’elle a mis le pied dans la ville c’était en 2009, quand elle était stagiaire de l’éducation nationale et qu’elle avait choisi Grenade pour s’établir un mois :

« Avec une copine nous étions venues en janvier et c’était une ville morte : beaucoup de boutiques fermées, pas plus de tourisme que ça… Cela n’existe plus aujourd’hui. Depuis 2-3 ans ça a explosé ! Suite aux attentats au Maghreb, les gens se  sont repliés sur le sud de l’Espagne avec ses 300 jours de Soleil par an. En plus les Andalous sont super accueillants et la culture est hyper riche. »

De son côté, l’enseignante d’origine tourangelle habite un peu loin de toute cette agitation. Après 5 jours de recherches actives à son arrivée, elle s’est installée « au bout de la ligne de métro », dans une résidence avec piscine (ce qui est très fréquent dans le secteur) :

« Je ne voulais pas trop de bruit car ici on vit dehors toute l’année. Et puis cela m’évite de prendre la voiture pour aller en centre-ville. De toute façon il est impraticable : les rues sont toutes petites. Il faut parfois rabattre les rétros pour passer. J’ai déjà vu un 4×4 complètement bloqué. »

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L’espoir de rempiler pour un second détachement de 3 ans

Malgré quelques tracasseries administratives à l’arrivée (« c’est compliqué d’ouvrir un compte en banque, il faut aussi penser à changer les plaques d’immatriculation ») et une nécessaire adaptation aux coutumes locales (« on trouve un peu de beurre mais ici on le remplace par l’huile d’olive. On fait complètement une croix sur le beurre salée et les crêpes sont à la margarine »), Marie se sent aujourd’hui épanouie à Séville : « corriger mes copies en janvier sur la terrasse, ça n’a pas de prix. » Selon elle, il lui a fallu un an pour prendre toutes ses marques mais désormais elle a adopté les petites expressions locales comme le surnom du récent gratte-ciel de la ville, « le rouge à lèvres, ou le déo pour ceux qui sont contre car il est plus grand que la tour de la Giralda (la cathédrale). »

Côté professionnel, Marie Joubert enseigne en classe de CP. Le lycée français de Séville compte actuellement 186 élèves, de la maternelle à la Terminale :

« C’est un établissement récent, il a tout juste dix ans et il est amené à grandir avec un enseignement direct jusqu’à la 6ème cette année puis jusqu’à la 5ème l’an prochain, et ainsi de suite. Sinon, pour les élèves plus âgés, les cours se font par correspondance. »

Il faut savoir que l’Espagne compte une vingtaine de lycées français (dont celui de Malaga, avec pas moins de 1 000 élèves), l’enseignement s’y fait en français, anglais et espagnol dès le plus jeune âge, « et certains élèves sont même quadrilingues s’ils utilisent l’allemand ou l’arabe à la maison. » Des élèves souvent issus de familles de diplomates ou de celles des employés de l’avionneur européen Airbus, installé à Séville. Coût de la scolarité : 5 000€ l’année, dès la maternelle.

A l’aise avec ses collègues, amoureuse des environs de Séville (elle va souvent manger des fruits de mer sur les plages de l’Atlantique ou faire des excursions au Portugal, à 1h de sa ville), Marie se voit bien rester ici, dans la région du flamenco, des porcs noirs, de l’huile d’olive, des balades à vélo et des aubergines au miel : « j’aimerais bien refaire un contrat de trois ans au moins. Et si je n’obtiens pas un deuxième détachement je basculerai en disponibilité de l’Éducation Nationale pour être recrutée dans un lycée espagnol. » Elle envisage aussi, pourquoi pas, une mutation pour se rapprocher de son compagnon au Pays Basque.

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