Société

Un architecte, un lieu tourangeau / Episode 3

Chaque mois, nous demandons à un architecte tourangeau de choisir un bâtiment ou monument tourangeau qu’il aime particulièrement, pour différentes raisons. Puis nous nous rendons sur place avec lui pour une petite visite guidée personnelle.

Pour cette série, nous collaborons avec notre partenaire TGA Production afin d’illustrer cet entretien par des archives vidéos du lieu choisi par l’architecte.

Ce mois-ci Pierre-Michel DESOMBRE  nous parle du Pont de Fil.

Réalisation de Marc Seguin (1847)

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37° : Pourquoi ce choix ?

Pierre-Michel Desombre : J’ai répondu très spontanément à votre demande. J’aurais pu prendre la cathédrale ou une réalisation récente, mais le pont est pour moi un élément clé d’un paysage comme celui-ci. Un magnifique balcon sur la Loire et sur la ville d’abord. Ensuite, il est chargé d’histoire car vers l’An Mille il y avait déjà un pont ici, c’était d’ailleurs le seul pont car la ville de Tours est née dans ce quartier. Enfin, c’est une réalisation gracieuse, qui survole la Loire avec un mélange de force, notamment en raison des piliers et des câbles tendus, et de légèreté, avec un tablier très fin.

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37° : Que représente le Pont de Fil ou Pont Saint-Symphorien pour vous ?

Pierre-Michel Desombre : Même si je n’ai pas habité à Tours en continu, j’ai toujours habité non loin de la Loire et aujourd’hui je vis à deux pas du Pont de Fil que j’emprunte quotidiennement, à pied ou à vélo. Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai choisi mon lieu d’habitation et bientôt de travail (le Quartier Paul Bert) pour le Pont de Fil, mais son pouvoir d’attraction est important et ça a dû jouer. Je le pratique aussi souvent de nuit car je cours le soir et il est toujours sur mon parcours. Ce pont est un élément constitutif de ma vie à Tours. Au même titre que le Vinci quand je sors de la gare : dès que je les vois, je me sens chez moi, ce sont des sortes de «repères domestiques» à mon avis assez forts.

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 1990 : Le pont de Fil interdit à la circulation

37° : Peut-on dire qu’il est «concurrencé» par le réaménagement du Pont Wilson ?

Pierre-Michel Desombre : Concurrencé je ne sais pas, mais il est sûr que les promeneurs du dimanche, les gens des quartiers environnants et les amoureux de la Loire ont désormais deux espaces superbes à leur disposition depuis que le Pont Wilson a été débarrassé en grande partie des voitures. On peut en plus faire un circuit en boucle avec les deux, avec La Loire au milieu. C’est un luxe incroyable d’avoir un site naturel protégé aussi immense en plein cœur d’une ville de cette taille et les ponts sont évidemment des moyens d’en profiter pleinement. Quand je marche sur le Pont Wilson ou ici, préservé de la circulation automobile, j’ai une sensation de liberté très forte.

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1993 : Le pont de Fil réouvert

37° : Que sait-on du Pont d’Eudes, l’ancêtre du Pont de Fil ?

Pierre-Michel Desombre : C’était un pont habité qui était régulièrement submergé car son tablier était bien plus bas. Depuis, l’axe de la ville s’est déplacé et multiplié, notamment vers le Pont Wilson, mais aussi dans une moindre mesure vers les Ponts Mirabeau et Napoléon. Il avait un usage beaucoup plus important autrefois, les chevaux et les attelages y passaient, son «règne» a duré sept siècles, ce n’est pas rien. Ce site reste chargé d’histoire. Aujourd’hui le Pont Saint-Symphorien est un peu tombé en désuétude et est devenu une simple passerelle, plus du tout une artère stratégique. C’est sans doute ce qui fait aussi son charme.

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37° : Sa mise en lumière vous paraît-il réussie ?

Pierre-Michel Desombre : Oui, j’aime le choix de cette couleur bleue qui est beaucoup plus puissante qu’on peut le penser (il suffit de le voir de loin le soir, que ce soit du Pont Mirabeau ou du Pont Wilson). C’est à la fois reposant et tranquille, mais en même temps très présent, le bleu a une longueur d’onde importante et du coup le Point de Fil rayonne de loin et apaise quand on est dessus.

37° : Dans votre carrière d’architecte, avez-vous eu l’occasion de réaliser ou au moins de concevoir une passerelle ou un pont ?

Pierre-Michel Desombre : Non ou très peu. Lors de mes études, j’ai fait un projet de station de sports d’hiver dans les Alpes et il y avait une passerelle piétons/vélos dans ce projet. De manière générale, en tant qu’architecte j’ai toujours aimé les ponts et en particulier les ponts suspendus, du Golden Gate Bridge de San Francisco, en passant par le Brooklyn Bridge de New York, le Harbour Bridge de Sydney que je connais bien, et des choses plus récentes comme la Passerelle Simone de Beauvoir à Paris que je trouve très réussie, et le Viaduc de Millau bien entendu.

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37° : Ce pont, qui est un lieu de promenade très prisé le week-end, rend le quartier Paul Bert à la fois plus proche, mais aussi plus séduisant. Avec de nouveaux usages de la ville, plus «doux», peut-on imaginer que Paul Bert et la colline vont se développer dans les décennies à venir ?

Pierre-Michel Desombre : Le Pont de Fil est un atout de plus d’un quartier qui en a déjà beaucoup. C’est un quartier authentique, très diversifié dans sa population, avec une colline plein sud, des réalisations architecturales intéressantes (et d’autres à venir), des espaces verts, des commerces et des services. J’ai grandi en haut de cette colline et aujourd’hui je suis en bas et, après avoir vécu à Paris et dans différentes grandes villes du Monde, je m’y sens très bien. L’état d’esprit général des habitants du quartier montre d’ailleurs qu’ils sont plutôt heureux d’être là. Le Pont de Fil en est une sorte de prolongement.

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 > le site internet de l’atelier BRICCHI DESOMBRE

Propos recueillis le 12 décembre 2014 par Laurent Geneix.

 Crédits Photos : Laurent Geneix pour 37°

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