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Coronavirus en Touraine : fortes inquiétudes pour l’économie

 

Chômage technique, commandes annulées, peur d’être en contact avec le public… Les mesures de lutte contre le coronavirus Covid-19 désorganisent complètement l’économie et certaines entreprises tourangelles se sentent déjà en danger.

Samedi 14 mars au soir, le 1er ministre Édouard Philippe annonçait la fermeture immédiate des commerces non essentiels. A Bourgueil, Céline est concernée. Elle est fleuriste depuis deux ans :

« Il y aura un avant, un pendant et un après. Et l’après ne sera plus du tout comme avant, j’en suis convaincue. Les conséquences économiques s’annoncent dramatiques. Pour ne pas perdre mes stocks, j’ai décidé de donner mes fleurs aux passants dimanche. Certains m’ont donné spontanément 5-10€ alors que je ne demandais rien. Il y a beaucoup de soutien et ça fait du bien car la trésorerie n’est pas solide. Entre mars 2019 et mars 2020 j’ai perdu 60% de chiffre d’affaire. Si ça dure plus de 15 jours je ne sais pas comment je vais faire. Je vais contacter la banque dès la première heure ce mardi, l’Urssaf nous a invités à nous faire connaître et à recenser nos difficultés en nous demandant aussi un RIB ce qui est ouvre peut-être la voie à une indemnisation ce qui serait une bonne chose car les assurances ne prennent pas en compte ce genre de pertes. »

La professionnelle raconte aussi que « jusqu’à la semaine dernière, les fournisseurs nous mettaient la pression pour acheter, ils avaient la pression mais maintenant eux aussi sont à l’arrêt. »

Le monde de la restauration s’adapte

A Tours, l’inquiétude aussi pour la co-présidente des Vitrines de Tours Valérie Noulin, à la tête de 2 boutiques : « J’ai mis 2 personnes au chômage technique et une en télétravail. Et j’ai écrit à tous les commerçants pour les inviter à échanger les informations. Pour l’instant le site Internet sur lequel nous pouvons faire nos démarches est saturé ou en maintenance. Même les comptables c’est difficile de les avoir, ils sont débordés. » En effet, depuis plusieurs jours, ces entreprises croulent sous les demandes, par exemple pour reporter les charges du mois de mars comme Emmanuel Macron l’a autorisé dans sa première allocution jeudi dernier. Il faut aussi gérer la question des arrêts de travail, et l’inquiétude des petites entreprises à qui l’on demande d’avancer les frais pour payer les salariés au chômage partiel. Quant aux ventes ou cessions de commerces, elles sont naturellement en sursis.

Ce qui préoccupe surtout Valérie Noulin, c’est évidemment la durée de fermeture des commerces et les conséquences sur le long terme :

« On reçoit des messages des clientes que l’on a prévenues et ça fait chaud au cœur mais ça va être compliqué. Mon entreprise n’est pas en danger financier mais pile-poil niveau trésorerie, et beaucoup d’autres commerces sont déjà en difficulté avant même cette épidémie. Il va falloir débloquer des aides et on espère que l’Etat sera réactif car on ne pourra pas affronter un mois sans rentrer d’argent. Je pense que certains auront du mal à s’en relever, même avec des aides. On peut simplement espérer une forte reprise car à la réouverture des boutiques la clientèle frustrée reviendra en nombre pour se réapproprier ses commerces de centre-ville. »

Ce qui fait vivre une ville ce sont aussi ses restaurants. Depuis dimanche ils ont interdiction d’ouvrir sauf pour emporter. A l’Authentique Fast Good, Antoine Facon profite du maintien des services sur les plateformes Uber, Deliveroo et Just Eat, « et je vais installer un comptoir devant l’établissement pour de la vente à emporter avec toutes les règles d’hygiène comme des gants. » Il sauve les meubles, alors que l’affluence de son comptoir à burgers a déjà drastiquement chuté ces derniers jours.

L’entrepreneur évoque la perspective d’un confinement :

« C’est dur comme perspective mais le but c’est que tout le monde respecte les consignes. Si c’est comme en Espagne, nous pourrons encore travailler, sinon ce sera compliqué. J’ai fait une commande de boissons, certains fournisseurs devraient pouvoir me livrer. J’ai encore des légumes mais je serais vite à court. »

Globalement, toutes les entreprises qui ont pignon sur rue s’adaptent et voient les choses au jour le jour. Chez Citya, on a envoyé un mail pour dire que malgré leur fermeture les agences restaient joignables par mail et téléphone. Et on privilégie les procédures dématérialisées. Pour les garages qui avaient le droit d’ouvrir ce lundi, on n’a pas forcément choisi d’accueillir le public préférant parfois reporter des rendez-vous. Pour les banques, qui peuvent également poursuivre l’accueil de la population, on sent de la préoccupation… La salarié d’une agence de l’agglomération tourangelle s’alarme :

La Chambre des Métiers et de l’Artisanat d’Indre-et-Loire a communiqué pour aider les entreprises tourangelles :

« Un tour de table des organisations professionnelles a confirmé la très vive inquiétude des entreprises artisanales sur leur activité et les réels problèmes de trésorerie auxquels elles seront confrontées à court terme.

Conscientes de la nécessité d’accompagner les entreprises, les banques ont d’ores et déjà mis en place un dispositif de report d’échéances à 6 mois et s’engagent à répondre à leurs clients sous 48h.

Les modalités proposées par chaque banque sont présentées sur leur site internet :

Pour toute information concernant les aides, consulter le site de la CMA d’Indre et Loire http://www.cma37.fr/ . Il présente les différents dispositifs d’accompagnement prévus par le gouvernement.

Report des cotisations
Report des échéances fiscales
Mesures de chômage partiel pour les salariés

Pour toute question : cac@cm-tours.fr »

Du côté de la Direccte, les mesures sont présentées et détaillées également ici : http://centre-val-de-loire.direccte.gouv.fr/COVID-19-Mesures-de-soutien-aux-entreprises

« On a aucune info, pas de gel, pas de gants, pas de distance de sécurité respectée avec les clients, pas de préconisation de privilégier les rendez-vous téléphoniques… On nous sacrifie. Samedi je devais avoir trois rendez-vous, aucun n’a annulé. Un collègue chargé des relations professionnelles a demandé à faire du télétravail et on lui a dit non. J’aimerais pouvoir fermer au public avec un mot sur la porte donnant un numéro de téléphone pour nous joindre… »

Ces inquiétudes, on les ressent aussi chez le personnel de caisse dans les supermarchés où l’affluence est colossale : « Il faut que les employeurs assurent leur sécurité » demande le secrétaire départemental d’FO37 Grégoire Hamelin. Quitte à user du droit de retrait au cas par cas, le syndicat se posant par exemple la question à La Poste si les agents n’étaient pas assez protégés. Pour limiter les contacts, l’épicerie zéro déchet Sur La Branche à Tours propose de préparer des commandes à l’avance et de les faire livrer en vélo triporteur avec dépose des courses devant la porte, sans échange avec le livreur.

Quel avenir pour le tourisme ?

Dans le monde de la viticulture, on cherche à dissiper le brouillard. A la Fédération des Associations Viticoles de l’Indre-et-Loire et de la Sarthe, Camille Caillau loue la solidarité entre professionnels (« on s’échange beaucoup d’informations avec la FNSEA et le Chambre d’Agriculture ») mais observe les difficultés des professionnels de la vigne :

« Ils ne savent pas si avec un confinement ils pourront faire les travaux de taille. J’ai posé la question à la préfète qui n’avait pas de réponse. On se demande aussi si les caveaux pourront continuer de vendre de vin même si leur fréquentation est en chute libre. »

Des incertitudes qui s’ajoutent à l’annulation des prochains salons professionnels et au report du concours des vins du Val de Loire. Vu l’évolution de la situation, la question du maintien de Vitiloire prévu début juin à Tours effleure aussi les lèvres de Camille Caillau. Depuis le Château d’Amboise, on observe la situation avec un certain fatalisme : le monument est fermé au public depuis samedi soir, le personnel chargé de l’accueil reste chez lui, l’administration est en télétravail mais le site reste entretenu : « On avait fait un très bon début d’année avant de subir les annulations même s’il n’y avait rien de dramatique. Tout s’est arrêté d’un coup » résume le responsable communication Samuel Buchwalder. Reste à savoir comment l’activité pourra redémarrer, et avec quelle ampleur alors que le tourisme explosait dans la région l’an dernier grâce aux 500 ans de la Renaissance.


Un degré en plus :

Dans l’industrie, Michelin a choisi de mettre son usine de Joué-lès-Tours à l’arrêt (200 salariés). A Saint-Cyr-sur-Loire, l’usine SKF a mis 300 salariés sur 1 200 en télétravail et fermé 1 de ses 10 lignes de production. D’autres sociétés ont également adapté leur activité ou organisé des réunions pour le faire rapidement comme une grande entreprise du secteur d’Amboise qui a suspendu ses échanges de pièces avec Tanger au Maroc. Ses salariés vulnérables ont la possibilité de poser des congés et sont encouragés à voir leur médecin pour se mettre en arrêt. Plusieurs entreprises se préparent à une forte hausse du taux d’absentéisme : 35% au lieu de 24% habituellement pour l’une d’elles. Néanmoins, de ce qu’on a pu observer, il y avait encore beaucoup de monde à son poste de travail ce lundi et un fort trafic aux heures de pointe (presque) comme un jour normal.

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