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3 mois pour se remettre en route vers l’emploi

Après une action en direction des séniors il y a quelques mois, le CREPI Touraine accompagne 30 demandeurs d’emploi des quartiers prioritaires jusqu’en décembre. Objectif : les aider à retrouver un poste ou à lancer leur activité. Reportage.

Ghislain Vedeux parcourt la salle de part en part, paterne les participants autant qu’il les bouscule. Ce jour-là ils sont 6 autour de la table, venus écouter ce coach sportif parler de la confiance en soi. Pendant 3h, il leur raconte des expériences qu’il a vécues au contact de salariés dans les entreprises tourangelles, des grosses maladresses de Michelin Joué-lès-Tours à l’exemplarité d’LC2 Veigné. Il écoute aussi leurs doutes et leurs certitudes avant de donner quelques clés pour assurer devant un(e) patron(ne) ou simplement pour repartir du bon pied et réussir à tenir ses objectifs.

« On tente de leur apporter une lumière »

« N’hésitez pas à me dire si vous n’êtes pas d’accord avec moi, ne le gardez pas pour vous. Faut que ça sorte ! » exhorte le jeune homme à plusieurs reprises. En face, tous l’écoutent, hésitent parfois à se lancer ou à participer à ses exercices. « Je ne vous apporte pas de réponses, je vous met en situation de questionnement » poursuit Ghislain Vedeux avec un dynamisme impressionnant. Il rappelle ensuite un point important : « vous êtes chômeurs mais vous faites partie de la catégorie des actifs. » Une précision qui n’a l’air de rien mais qui a son importance. L’objectif est d’aider le petit groupe à reposer un pied dans le monde du travail, à s’affirmer dans la société. Ces femmes et hommes d’âges différents, aux qualifications diverses, en sont parfois éloignés depuis un bon moment et reconnaissent avoir besoin d’un coup de pouce pour se refaire un réseau.

Au total, ils sont 30 à participer au dispositif Dynamic Quartiers, financé par Pôle Emploi et mis en place par le CREPI Touraine à St Avertin. Leurs points communs à la base : résider dans les quartiers prioritaires de l’agglomération et chercher un emploi. Pendant 3 mois, jusqu’à fin décembre, ils vont alterner les ateliers collectifs et les entretiens individuels à raison de 2-3 rendez-vous par semaine : « l’idée est de créer une cohésion et une dynamique de groupe pour les préparer à accéder à l’emploi » explique Annie Morin qui encadre ce programme.

« On est des boîtes à outils »

Au menu : préparation à l’entretien d’embauche, rédaction de lettres de motivation et des rencontres avec des entreprises adhérentes du club pour se confronter au regard des professionnels. « Certains de ces demandeurs d’emploi sont un peu perdus dans leurs démarches. Ils ne savent pas quelle formation faire voire se rendent compte que leur métier n’est pas suffisamment porteur sur Tours ou l’agglomération. Certains sont éloignés de l’emploi depuis quelques années. Ils ont essayé par leurs propres moyens de faire des recherches. Ça marche peut-être quelques jours mais c’est très compliqué de s’insérer aujourd’hui. D’où notre volonté d’essayer de construire quelque chose de durable. »

Ce travail demande du temps, de la régularité et de la volonté. Anne Morin :

« On les pousse à se poser, à réfléchir à leur parcours. Penser le passé pour préparer son avenir. Ce n’est pas facile, ça ne se fait pas seul, c’est un travail de longue haleine. Mais c’est primordial. Il faut qu’ils comprennent pourquoi ils sont dans cette situation. Il y a aussi ceux qui savent ce qu’ils ne veulent plus faire mais ne savent pas ce qu’ils ont envie de faire. Ils avancent dans le noir, on tente donc de leur apporter une lumière en les poussant à se focaliser sur leurs qualités personnelles, envisager une mobilité… Il faut que la personne comprenne ce dont elle a besoin. »

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Anne Morin et Ghislain Vedeux répètent plusieurs fois la même chose à leurs stagiaires : « donnez-vous des objectifs. » « On est des boîtes à outils. On dispense des conseils, des informations que la personne va pouvoir s’approprier. Ensuite chacun poursuit ses objectifs. Certains, qui n’ont pas travaillé depuis longtemps sont déconnectés. Pour eux cet objectif ça peut tout simplement être le fait de prendre le parole en public ou de se lever plus tôt le matin pour arriver à l’heure. Pour d’autres ça fonctionne bien et ils ont juste besoin d’un réseau. Dans tous les cas, ça ne peut être que positif. »

« L’entreprise n’est pas qu’un lieu de pénibilité »

Dans cette longue marche, « il faut accepter de se tromper. Échouer c’est fondamental, ça nous aide à comprendre nos limites » lâche Ghislain au groupe. Un point que semble avoir intégré Philippe (tous les prénoms des participants ont été modifiés) : « moi j’avance, je tombe, je me relève. S’il faut dire non à un patron et que ça signifie partir ensuite, pas de problème. Ça forge le caractère, mais c’est enrichissant. » Pour d’autres, c’est plus compliqué : « j’ai toujours l’impression de subir » analyse timidement Sophie. « Quand je me ramasse c’est chaud… J’ai fait quelques CDD mais après ils me jetaient et ça c’est dur » ajoute Pierre. Des propos que le formateur aimerait voir oubliés via une doctrine toute simple : « c’est important de se fixer de petits objectifs et de les réaliser. C’est capital pour l’estime de soi. C’est en quelque sorte une remise en route progressive. »

Ghislain Vedeux insiste aussi sur un autre point primordial à ses yeux :

« Ce n’est pas tout de trouver du boulot, il faut le garder et s’y sentir bien. L’entreprise n’est pas qu’un lieu de pénibilité. S’il y a une bonne ambiance au travail, la pérennité de l’entreprise est assurée car les salariés seront productifs et ne compteront pas leurs heures. »

Le coach demande donc à toute la tablée quelles sont leurs qualités principales, leurs ambitions. L’une est bricoleuse et aimerait travailler dehors, pourquoi pas avec les animaux. Un autre compte être ingénieur, un troisième « courageux » veut faire de la manutention et un quatrième cherche juste de quoi tenir quelques années jusqu’à la retraite…

C’est clair : en façade, aucun ne semble résigné, tous ont des rêves ou des ambitions. Ils sont juste coincés : « ce n’est pas toujours facile de défendre ses arguments devant Pôle Emploi » soupire l’un d’eux… « Tous n’y arriveront pas » reconnait de son côté Anne Morin. Mais Ghislain cherche à faire émerger leur part d’optimisme et de débrouillardise : « c’est votre personnalité qui fera la différence, ce que vous allez dégager. A vous de trouver votre place dans la société. C’est une phrase un peu creuse, mais c’est vraiment ça. »

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