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Mairie de Tours : dans les pas de la première adjointe

Devenu maire de Tours en octobre dernier, Christophe Bouchet (UDI) a choisi de s’entourer d’une première adjointe (LR) : Marion Nicolay-Cabanne. Qui est-elle ? Que fait-elle ? Nous avons pu la suivre sans filtres pendant tout un après-midi.

Marion Nicolay-Cabanne a 42 ans. Née à Tours, elle y a débuté son militantisme politique il y a une vingtaine d’années au sein du RPR avant de se faire élire comme adjointe au maire sans le Var en 2001, où son mari travaillait (il est militaire).

Aujourd’hui, elle partage son temps entre son activité professionnelle (assistante parlementaire de la députée européenne LR Angélique Delahaye), la présidence du Centre Communal d’Action Sociale de Tours qu’elle exerce depuis 2014 et sa mission de première adjointe dans l’équipe de Christophe Bouchet (elle succède à Jacques Chevtchenko). Bref, c’est une femme qui compte dans la droite locale, bien qu’elle ait échoué aux départementales de 2015 sur le canton de Tours Est (elle était en duo avec Louis Aluchon). Encore peu connue des Tourangeaux, elle travaille à améliorer ce point (elle vient entre autres d’ouvrir un compte Twitter où elle est assez active).

Un emploi du temps qui déborde

Ses missions à la mairie : la gestion de la DSI (la direction informatique), le CCAS, la vie associative (auparavant gérée par Myriam Le Souëf) ou encore la démocratie locale. Ce qui demande de l’organisation : « les lundis, mardis et mercredis je partage mes journées entre mon activité professionnelle et la ville. Le jeudi, je suis en mairie toute la journée et le vendredi est consacré à mon travail. » Un emploi du temps qui comporte des impératifs comme un rendez-vous hebdomadaire sur la vie associative, un autre sur la démocratie locale et un troisième avec la DSI.

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Résultat : Marion Nicolay-Cabanne n’est pas toujours à l’heure… et en plaisante : « je ne vous ai pas trop fait attendre, cette semaine » glisse-t-elle en préambule d’un entretien de 40 minutes sur l’avenir des Conseils de Vie Locale (CVL). L’élue est également tête en l’air : « j’oublie souvent mon téléphone à la maison ou mes identifiants pour me connecter sur mon ordinateur. »

Le bureau de Marion Nicolay-Cabanne, c’est le 412 : celui qu’occupait déjà son prédécesseur. Discrète décoration de Noël, paperasse bien rangée… L’élue est ordonnée mais souvent submergée. Le job nécessite aussi des déplacements hors de la Touraine, comme à Lyon ce mercredi 6 décembre, dans un salon où elle a étudié des solutions pour mieux impliquer les citoyens dans la vie locale et mettre en place les projets qu’ils jugent prioritaires (même si ce n’est pas dans le programme initial de la mairie). Des pistes de réflexion sont donc ouvertes (notamment avec les adjoints de quartiers). Elles devraient voir le jour en 2018 (on vous en reparlera).

Un après-midi dans les coulisses des services informatiques de la mairie

Ce jeudi, la première adjointe avait également un rendez-vous important : une visite détaillée de la DSI, située dans un bâtiment annexe de la mairie. Plus d’1h30 pour faire le tour des bureaux et discuter avec les agents. Décrite par certains comme une femme sévère voire sèche avec les services, elle prend le temps d’écouter, de se faire expliquer les missions des uns et des autres et de pointer ce qui ne va pas. Elle démarre par exemple au quart de tour en apprenant que les ordinateurs obsolètes sont jetés, et non donnés pour avoir une seconde vie : « ce n’est pas bien, il faut qu’on en parle ! », avant de se raviser en apprenant qu’ils sont recyclés et qu’il faudrait un temps fou à un agent pour les formater et les reconfigurer s’ils étaient – par exemple – confiés à une association.

Répartie sur 4 étages, la DSI de la ville de Tours rassemble une grosse soixantaine de personnes, sous la direction de Véronique Chatain. Hasard : son bureau est situé face aux fenêtres de Marion Nicolay-Cabanne, mais aussi en surplomb d’un petit jardin attrayant qu’elle rejoindrait bien en tyrolienne les jours de beau temps… Depuis la transformation de Tours en métropole début 2017, beaucoup de compétences sont mutualisées… Les métiers ont donc évolué.

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Des innovations permanentes et la traque des économies

Premier bureau visité : celui du standard de la DSI, là où les agents appellent quand ils ont des soucis techniques. Avec un parc de 2 000 ordinateurs (dont 900 dans les écoles), il y a de quoi faire : « les personnes qui nous contactent sont en panne, stressées, en colère. Parfois on doit faire des médiations avec les chefs de services pour leur rappeler certaines règles » expliquent les 4 opérateurs. A noter que Tours renouvelle en moyenne ses machines au bout de 6 ans, 300 nouveaux PC sont ainsi mis en service chaque année, avec une configuration spécifique mise au point en usine.

Nouveauté : les élus du conseil municipal seront bientôt équipés de tablettes, afin de réduire la consommation de papier. Il faut dire que chaque année, la mairie commande l’équivalent de 3 semi-remorques de ramettes de papier, soit 7 à 8 palettes toutes les 6 semaines (sans compter celles du CCAS, qui n’a pas encore mutualisé ses appels d’offres avec les autres services, ce qui fait partie des points à améliorer). Autre chiffre : 12 000 courriers sont mis sous pli chaque mois (fiches de paie, factures, invitations…).

Parmi les priorités : créer de nouvelles cartes de cantine

En visitant la DSI, Marion Nicolay-Cabanne a aussi pu faire le point sur l’avancée des travaux pour le déploiement de la fibre optique à Tours. La ville centre est un peu en retard par rapport à la métropole : dans l’agglo, 52% des foyers peuvent s’abonner à l’Internet ultra-rapide, ils seront 44% fin décembre à Tours, 65% fin 2018.

Au cours de la visite, elle a rencontré un jeune agent tout juste récompensé dans un concours de management et en charge de l’harmonisation des logiciels permettant de gérer les ressources humaines dans la métropole (un joli casse-tête). Et ce n’est pas la seule harmonisation à élaborer : celle des factures d’eau est censée entrer en vigueur pour 2018. On parle également d’un nouvel outil pour les gestions de salles et d’un « coffre-fort » numérique dédié aux associations, afin que leurs informations soient informatiquement centralisées et qu’elles n’aient pas besoin de les redonner à chaque fois.

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Dans ses missions, Marion Nicolay-Cabanne doit donc vérifier la bonne marche de la migration de l’administration vers un système de plus en plus numérisé. L’une de ses priorités, qui peut sembler anecdotique : un combat pour la transformation de la carte de cantine des agents et élus. Aujourd’hui, c’est un papier tamponné à chaque passage… Prochainement, elle pourrait être intégrée dans les badges d’accès ou dans une carte plus moderne. Pour gagner du temps, les parapheurs électroniques sont aussi mis en place. Des investissements conjugués à des mesures d’économies comme la réduction des imprimantes. Une personne est aussi chargée d’optimiser les abonnements téléphoniques professionnels, en traquant les bonnes offres des opérateurs selon les besoins.

Une sauvegarde des données à l’Université

S’il y a une chose sur laquelle on peut plus difficilement faire des économies, c’est la sécurité informatique. Là encore, il y a un service dédié à la DSI de Tours. « Essayez d’expliquer sans gros mots techniques » demande Véronique Chatain à ses collègues, dans un bureau situé juste à côté d’une pièce renfermant les serveurs : « si ça clignote, c’est que tout va bien » nous dit-on. Au moins, c’est facile à comprendre.

Dans un coin, un écran permet de contrôler en permanence ce qu’il se passe. Au moindre bug, il faut agir vite et surtout en essayant de ne pas pénaliser le travail des salariés de la ville. C’est le cas la plupart du temps, sauf quand une mise à jour fait tout dérailler. C’est arrivé récemment, et ça s’est vu : les boîtes mail sont tombées en panne. Mais au cas où (énorme panne, incendie à l’Hôtel de Ville…), tout a été prévu : des sauvegardes de données sont effectuées en permanence sur d’autres serveurs situés dans les locaux de l’Université.

La ville de Tours travaille sur l’Open Data

Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que 160 applications numériques différentes sont utilisées par les agents de la ville de Tours, dont certaines créées en interne (par exemple pour le service des parcs et jardins ou pour gérer la collecte des encombrants). La ville regorge donc d’experts techniques au service des équipes sur le terrain. Ils sont aussi nombreux à sortir des bureaux de l’Hôtel de Ville pour diverses interventions, comme pour étudier les nouveaux câblages à mettre en place au Palais des Sports, vu que la salle du Tours Volley Ball sera prochainement rénovée.

L’objectif de cette visite détaillée : permettre à la première adjointe de prendre connaissance de tous les enjeux. Derrière, elle devra notamment faire des choix budgétaires, établir une liste de priorités. On l’a vu en cheminant : les besoins sont importants, les doléances nombreuses (achats de matériels, rénovation de locaux…). Certains projets traînent depuis des années, victimes d’arbitrages. En parallèle, les chantiers d’avenir ne manquent pas. On en citera deux : la future application de Tours Métropole et, celui qui concerne plus directement Marion Nicolay-Cabanne, la mise en place de l’Open Data. La réglementation oblige les villes à mettre leurs données en accès libre. Certaines se sont déjà lancées dans l’aventure. Tours y travaille mais on n’en est qu’au stade des réunions préparatoires.

Un degré en plus :

La DSI de la mairie de Tours a son « Youtubeur ». L’un des agents a créé une rubrique vidéo hebdomadaire, « La Pause Café ». Il s’agit d’un tuto pour apprendre quelques astuces informatiques aux agents. D’ailleurs, plusieurs salariés sont aussi volontaires pour former leurs collègues en fonction de leurs spécialités (Excel, Outlook…).

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