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Le cardinal des girouettes habite à Dierre… et on l’a rencontré)

Cet article est paru initialement dans 37°Mag, notre magazine papier.

Un coq, une scène de chasse, des pigeons, une toue cabanée et même le château de Chenonceau… Quand on veut une girouette sur son toit, les possibilités sont infinies. A Dierre, Gérard Morisset se charge de leur fabrication.

Le jour où on visite l’atelier des Girouettes de Touraine, c’est du rock qui jaillit de l’enceinte placée au milieu des outils. ACDC, Rammstein, Indochine… Parfois Schubert, aussi. Gérard Morisset œuvre en musique. Il faut être un homme bien accordé pour réussir des objets comme ceux qui sortent de cet ancien garage, réaménagé en antre d’artisan depuis une dizaine d’années.

Nous sommes dans une belle bâtisse en pierres du village de Dierre, à quelques centaines de mètres de la D140 qui relie Tours à Bléré. Ne pas se fier à la densité des objets qui encombrent les lieux : ce girouettier-là est un homme ordonné, au point d’avoir des machines multi-usages pour optimiser l’espace. Fils de ferronnier, formé en chaudronnerie, Gérard Morisset a la soixantaine ou plutôt « 20 ans plus 40 ans d’expérience. » Sa carrière, il l’a faite en grande partie à La Poste. Comme sa femme. Parce qu’il ne voulait pas d’un métier où il risquait l’accident. Puis le désir du manuel l’a rattrapé. Lors d’un bilan de compétences, il se souvient de ses balades d’enfant, à vélo, autour de La Croix-en-Touraine. Il y avait cette ferme et sa girouette dont il n’a jamais pu s’approcher, apeuré par le chien de garde. Décision irrévocable : il veut se lancer dans la fabrication de ces objets d’ornement qui nous disent d’où vient le vent. Ça se fera en parallèle de l’ouverture d’un gîte et d’un poste à mi-temps conservé dans l’entreprise publique.

La girouette, « je n’ai jamais gagné beaucoup d’argent avec ça. Environ un demi-SMIC par mois » lâche cet homme qui vit de passions (motard, il a également été champion de tir à l’arc dans sa jeunesse. Le jour où il a dû réaliser une grenouille archère sur une girouette, le défi était largement à sa portée). N’allez pas lui asséner que son activité n’a pas de grand débouché : « Il y a du potentiel. Il suffit de regarder tous les toits sans girouette. De toute façon je ne fais pas ça pour les statistiques mais pour y trouver mon compte. » Gérard Morisset estime avoir réalisé « pas loin de 200 girouettes » dont deux qui surplombent l’habitation qui est sienne depuis trois décennies. L’une d’elles a la forme d’un trèfle à quatre feuilles, avec au total sept références personnelles ou familiales.

L’artisan ne dira jamais quel mécanisme il a mis au point pour que ses girouettes tournent correctement. Confessant avoir appris les gestes sur le tas, en observant, il jongle entre le zinc, le cuivre, le laiton… et garde les chutes dans sa « boîte à malices », parce qu’au prix de la tôle, ça finit toujours par servir. C’est un appliqué. Sa devise : « On ne passe pas plus de temps à faire une belle chose qu’une chose mauvaise. Donc prenons le temps. »

Associé depuis quelques années au dessinateur tourangeau Philippe Merlevede, Gérard Morisset incite – pour chaque commande – à maturer son désir. Certains clients ont mis 2 voire 4 ans avant de se décider. Le temps de choisir l’objet qui leur ressemble : « Je leur demande des photos de leur maison et l’adresse. Ce qu’ils veulent et pourquoi. Que leur girouette n’ait pas le que sens du vent, mais aussi du sens pour leur propriétaire. Je leur propose aussi de faire un peu de découpe. Par exemple un comptable est venu passer 2h avec moi. C’est devenu sa girouette et je trouve ça génial. »

Photos : Pascal Montagne