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A Villandry, l’herbe est aussi verte qu’à Wimbledon

Depuis 2010, le Château de Villandry abrite au fond de ses jardins Renaissance un authentique court de tennis sur gazon. On vous raconte l’histoire de ceterrain et la pratique d’une surface pas comme les autres.

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« Pour le trouver, vous n’avez qu’à suivre une diagonale fictive qui passerait au-dessus des carrés de jardin et vous devriez, sans doute, tomber dessus.» Pour rejoindre un terrain de tennis sur gazon dissimulé dans un tel écrin, on ne pouvait souhaiter de meilleures indications de la part d’Henri Carvallo, le propriétaire des lieux. A 710 km de Wimbledon, pas de Pimm’s, ni de fraises à la crème, peu de tuniques entièrement blanches et de démarches flegmatiques dans les allées, mais un authentique court en herbe encadré non par pas des gradins mais par un cloître de tilleuls et de charmes. Tradition oblige me diriez-vous ? Oui, c’est pratiquement ça.

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Un terrain de tennis c’est sympa, mais on joue sur quelle surface ?

L’histoire entre le tennis et la famille Carvallo ne date pas d’hier. Elle commence quelques années après le rachat du Domaine de Villandry par Joachim Carvallo (arrière-grand-père d’Henri), en 1906. A l’époque, le châtelain suit la ferveur (non) populaire pour un sport récent, qui distraie la haute société anglaise depuis 1877 sur les prairies du club de croquet de Wimbledon, et décide de bâtir un court de tennis…sur terre. A l’inverse d’aujourd’hui, les courts sur une terre pas encore battue sont rares et le tennis ne se joue pratiquement que sur gazon. Avec le temps, le terrain de tennis familial de Villandry tombe dans l’oubli et les hautes herbes.

En 2010, Henri Carvallo s’intéresse de nouveau à ce grand rectangle vert situé dans un coin de sa propriété. Il apprécie taper dans la petite balle jaune et l’idée de réhabiliter un court de tennis qui rentrerait en harmonie avec ses jardins à la Française s’enracine rapidement dans son esprit. Problème, un terrain de tennis c’est sympa, mais on joue sur quelle surface ? Sur terre comme son ancêtre ? Non, trop de poussière. En dur ? Pas assez esthétique dans ses jardins. Il n’en reste plus qu’un, l’historique, le plus rare et sans doute le plus joli, le gazon. Henri Carvallo veut faire les choses bien et part, en compagnie de son chef jardinier, dénicher le savoir-faire du Racing Club de France, l’un de rares clubs de tennis à disposer de ce type de surface.

Gazon béni ?

15-0 : On joue quand même sur la surface de Wimbledon, le temple du tennis.

15-15 : Un rebond capricieux, souvent très bas puis soudain très haut, qui donne des trajectoires régulièrement imprévisibles. Il est donc recommandé de jouer la balle dès le rebond.

15-30 : Avoir une bonne condition physique.Jouer au ping-pong sur un terrain de tennis c’est sympa, mais c’est quand même épuisant.

30-30 : Depuis combien de temps on n’avait pas travaillé notre volée de revers et le service-volée ? Depuis bien trop longtemps pour qu’un outil qu’aucun joueur, même du dimanche comme nous, n’oserait renier.

40-30 : Le son des échanges de balle sur un billard.

Jeu, gazon de Villandry : Jouer sur une surface historique dans un cadre aussi bucolique, non, il n’y a pas vraiment de match en fait.

Aplanissement du sol, sélection d’un mélange de plusieurs types de gazon sportif, une tonte à 20 mm*, un arrosage quotidien en été, désherbage des mauvaises herbes à la main, 5 apports d’engrais organique et trois scarifications** par an. Coût total du tableau : 10 000 euros. Un budget certes, mais comme nous l’indique le propriétaire aucun regret : « Aujourd’hui, ça fait partie intégrante du charme du lieu, je ne regrette absolument pas. Les gens aiment se poser, flâner dessus. Il n’est pas là pour une pratique professionnelle quotidienne ce qui demanderait trop de travail, mais simplement pour créer une alchimie avec les jardins et jouer parfois dessus. » Jouer dessus, mais qui a donc cet honneur ? Le cercle familial, le rédacteur de cet article mais aussi quelques joueurs professionnels et les clubs des alentours en guise d’initiation à une surface dont, d’après la FFT, seulement 6 clubs en France bénéficient. « Je ne peux me permettre de donner l’accès du terrain aux particuliers. L’objectif pratique consiste surtout à organiser des journées de découverte avec les jeunes joueurs des clubs alentours, et d’accueillir potentiellement quelques joueurs professionnels, afin qu’ils répètent leurs gammes avant Wimbledon. »

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Stéphane Robert et Fabrice Santoro ont échangé sur ce court

En 2011, Stéphane Robert, ancien top 100 mondial, vient frapper quelques balles à Villandry, faute de place sur les autres courts en herbe de l’Hexagone avant Wimbledon. Un an plus tard, il participe à une rencontre amicale face à Fabrice Santoro dans le cadre d’un partenariat avec le Comité départemental de tennis pour promouvoir ce sport mais également le château et ses jardins.

Aujourd’hui, Henri Carvallo réfléchit à proposer également un petit tournoi interclubs, l’espace d’une journée ou d’un week-end. Histoire, comme lui, de ne pas avoir les pieds sur terre.


*A titre de comparaison, le tournoi de Wimbledon tond ses gazons à une hauteur de 8mm. Une coupe courte qui permet de ralentir la surface, d’obtenir un rebond de balle plus haut et donc d’avoir plus d’échanges. Un ralentissement mis en place depuis 2002 et qui renforce la problématique liée à l’uniformisation des surfaces sur le circuit professionnel.

** Technique qui permet, notamment, d’aérer le sol et de délier les racines emmêlées.

Un article publié initialement dans 37° Mag #3, le magazine papier-connecté de 37°

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