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[De la Touraine à l’Espagne 1/4] Claire, stagiaire à Barcelone

Cet automne, 37° a franchi la frontière pour explorer une partie de l’Espagne. De Barcelone à Séville en passant par Cervelló et Grenade, nous avons échangé avec des Tourangelles et des Tourangeaux installés de l’autre côté des Pyrénées mais aussi rencontré celles et ceux qui ont tissé des liens d’amitié forts avec notre région. De retour, il est temps de vous raconter leurs histoires et leurs aventures…

A 22 ans, Claire Amiand a déjà vécu un an en Australie et fait un long séjour à Taïwan. Alors pour elle, Barcelone, c’est presque la porte à côté. Engagée dans le Master « International Business » proposé par une école de commerce parisienne, la jeune femme dont les parents habitent Langeais est partie vivre 6 mois au bord de la Méditerranée. Sa motivation ? Perfectionner son espagnol, évidemment, mais aussi le stage qu’elle a débusqué dans une entreprise qui cherche à développer l’électricité solaire dans les pays en développement, en particulier en Afrique.

Un cercle d’amis facile à construire

A Barcelone, Claire a vite pris ses marques : dès son arrivée, elle a enchaîné les visites d’appartements jusqu’à trouver la bonne colocation : « je peux aller au travail à pied le matin et il y a une salle de sport avec une piscine pas très loin ! » Entre ses colocataires, ses collègues ou les amis rencontrés très vite après son installation, sa vie est bien remplie : « ici les gens sont très accueillants, on se sens vite impliqué dans un cercle. » Et si la langue officielle locale est le catalan, « avec moi ils font l’effort de parler castillan car ils voient que je suis française. »

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Barcelone depuis la Sagrada Familia

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Les plages de Barcelone

Installée sur les chaises hautes d’un bar à tapas situé dans une petite ruelle du charmant quartier d’El Born, Claire nous détaille son quotidien :

« Je suis en stage jusqu’en mars, avec un autre Français de Perpignan. Mon rôle est de chercher des fonds ou des partenariats pour aider à la réalisation des projets d’installations de panneaux solaires. Cela peut par exemple consister à trouver des lampes ou des pompes à eau qui fonctionnent au solaire afin d’équiper les villages pour lesquels on travaille au Kenya ou en Tanzanie. Ce sont des villages qui n’ont pas du tout accès au réseau électrique. Leur amener permet de créer de nouveaux métiers sur place comme l’installation d’un barbier, les étudiants peuvent travailler plus tard la nuit, il y a plus de sécurité… Nous sommes donc en train de concevoir une application afin d’expliquer pourquoi ce projet est viable, pourquoi il est important de le mener à bien et pourquoi il faut le financer. »

S’habituer à l’heure espagnole

« Notre travail est proche de celui d’une ONG » explique encore Claire Amiand, vite intégrée dans cette équipe dont le responsable est français et où le directeur régional parle également bien le français. « C’est une bonne ambiance car nous sommes dans une entreprise sociale. Tous les jeudis on mange ensemble, le vendredi on prend le café… » Elle a quand même dû s’habituer à l’heure espagnole : « cela m’est déjà arrivé d’entrer dans un restaurant à 14h et d’être la première. » Tout ça alors que les journées de travail commencent vers 9h, comme chez nous : « mais j’ai trouvé leur tactique, ils mangent un petit quelque chose à 11h » (et pour le goûter, elle conseille la crème catalane, une crème brûlée plus liquide avec de la fleur d’oranger).

Même chose le soir : à 19-20h, pas grand monde dans les restaurants. L’affluence, c’est plutôt à partir de 21h-22h… « Et en boîte, il n’y a pas un chat avant 2h. » Une fois ces quelques règles intégrées, il suffit de se laisser aller :

« Je n’ai rencontré personne qui me dit qu’il ne se sent pas à sa place ici. On est proche de la culture française et les différences ne sont que bénéfiques : c’est plus chaleureux, on se prend moins la tête. Il y a toujours une expo, un marché quelque part… On trouve tout le temps quelque chose à faire. »

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Adepte du vélo dans cette ville bien pensée pour les déplacements doux, Claire s’est aussi mise à la salsa : « il y a trois bars par semaine qui proposent des cours gratuitement. » De quoi lui donner envie de prolonger l’expérience en parcourant le reste de l’Espagne une fois le printemps venu…

Un climat particulier depuis le référendum sur l’indépendance

Arrivée à Barcelone fin août, la jeune Tourangelle s’est enfin retrouvée au beau milieu de la crise politique que traverse actuellement la Catalogne, la région ayant déclaré son indépendance après un référendum non autorisé, ce qui a entraîné la suspension de son autonomie, l’arrestation de plusieurs membres du gouvernement et l’exil de son président Carles Puigdemont en Belgique (depuis un mandat d’arrêt européen a été lancé contre lui). Lors de notre premier soir en Catalogne, une manifestation s’achève sur l’une des grandes avenues de la ville… 750 000 indépendantistes marchent à la nuit tombée, lumières des portables brandies en l’air, pour réclamer la libération des politiques prisonniers.

Le climat est surprenant. Dans la foule, on crie « Independencia » ou « Puigdemont président ». Néanmoins, en tant qu’observatrice, Claire pointe les différences par rapport aux cortèges en France : « l’ambiance est sympa, familiale. Il y a parfois de petits concerts… » En effet, nous avons pu croiser de nombreuses familles dans le cortège, au beau milieu d’une foule extrêmement compacte massée jusque dans les rues perpendiculaires au parcours officiel.

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Manifestation du 11 novembre, (c) Olivier Collet – 37°

Une entreprise solidaire des blessés de la première manifestation

D’après notre Tourangelle, « les indépendantistes font le plus de bruit mais je ne suis pas sûr qu’ils soient majoritaires. Une partie des Catalans trouve que tout cela va trop loin. » Et si au quotidien cette situation politique inédite ne perturbe pas les vies des Barcelonais, elle reste au coeur des préoccupations et des discussions : « les violences au moment du référendum ont mis le feu. Dans mon entreprise, le lendemain, le directeur a proposé une réunion où chacun donnait son avis sur ce qu’il venait de se passer. Et le surlendemain, on a fermé pour soutenir les blessés. Ce sont des choses qui me font bien sentir que je suis dans une entreprise catalane. L’un de mes collègues a d’ailleurs fait de nombreuses manifestations. » Pour autant, Claire l’affirme, « il n’y a pas de rancoeur. On a l’impression que la Catalogne s’enflamme mais c’est seulement une partie des Catalans qui s’enflamment. »

Ailleurs en Espagne, on regarde avec inquiétude ce qu’il se passe ici. En Andalousie, où nous nous sommes également rendus, on voit fleurir de nombreux drapeaux espagnols aux fenêtres, en particulier à Séville et à Malaga, ce qui est inhabituel selon les personnes avec qui nous avons pu en discuter. Alors que les Catalans se sentent avant tout citoyens de Catalogne, les Andalous se définissent en priorité comme Espagnols. Mais il faut dire aussi que l’autonomie de leur région est plus flexible qu’à Barcelone, ce qui doit compter…

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