Politique

Sur fond de congrès, François Bonneau choisit Jean-Patrick Gille pour les Régionales

Depuis plusieurs jours, les réunions se succèdent au sein du parti socialiste tourangeau. La cause ? Les élections régionales de décembre sous fond de préparation du congrès de Poitiers les 5, 6 et 7 juin prochains. Le jeu des chaises musicales a commencé et avec lui celui des reconductions ou non des « sortants ». Déjouant tous les pronostics, c’est Jean-Patrick Gille, député de Tours, qui sera la future tête de liste en Indre-et-Loire. Soutenu par François Bonneau, le président du Conseil régional sortant, Jean-Patrick Gille va devoir composer pour trouver le juste équilibre des courants du PS qui vont s’affronter dans les prochains jours.

« Le calendrier retenu par Solférino est un calendrier délirant ! » 

Sorti K.O des élections municipales et départementales avec en prime une hémorragie de ses militants, le parti à la rose a deux rendez-vous importants jusqu’en décembre : Le congrès de Poitiers visant à donner un cap clair au PS jusqu’en 2017 et la constitution des listes en vue des élections régionales de la fin d’année. Il y a quelques jours Jean-Christophe Cambadelis, premier secrétaire du PS, exprimait en interne son regret de voir se chevaucher ces deux échéances. Un militant tourangeau s’étonne : « le calendrier retenu par Solferino est un calendrier délirant ! ». En Indre-et-Loire on se prépare. Ostensiblement, on communique sur les réunions qui se tiennent pour soutenir telle ou telle motion. La motion A (celle de Cambadelis) semble l’emporter sur la motion B (celles des frondeurs, Christian Paul et Laurent Baumel). Mais pour un élu socialiste du 37, « la motion B portée par Laurent Baumel fera un bon score ». Pendant ce temps, et plus discrètement, se négocie entre les fédérations des six départements du Centre-Val de Loire et François Bonneau la constitution des listes et les noms qui y figureront. Si l’exercice ressemble le plus souvent à la quadrature du cercle, il impose un sens de l’équilibre des forces et des composantes mais aussi des personnalités. Si la prime aux sortants est une des règles en pareil cas, elle n’est pas la seule à dicter les choix. François Bonneau a pris pas mal de monde à revers. Son choix pour l’Indre-et-Loire sera Jean-Patrick Gille, député de la 1ère conscription (celle de Tours) pour mener la liste « mille-feuille » qui alternera un homme, une femme, pour une liste comportant vingt noms. Le choix peut bien évidemment surprendre et ce à plusieurs titres. Tout d’abord aux vues des sortants du mandat actuel et de leurs délégations à la Région. Le premier d’entre eux, Jean-Marie Beffara, député de la 3ème circonscription du 37 et premier vice-président de la Région aux côtés de F. Bonneau. Ce compagnon de route de la Ministre de la santé et des affaires sociales Marisol Touraine, se voit claquer la porte au nez de ses ambitions. Le clan « Touraine » appréciera.

Mais que va donc devenir Jean-Marie Beffara ?

Le choix de François Bonneau pourrait avoir été dicté par une volonté de vouloir se battre avec les mêmes armes que ses futurs adversaires de droite. En effet, si la tête de liste à droite semble acquise à Philippe Vigier, patron des députés UDI à l’Assemblée Nationale, François Bonneau fait le choix de lui mettre en face un autre parlementaire reconnu pour son travail dans le dossier sensible des intermittents. Exit donc le député Beffara devenu parlementaire à la faveur de la nomination au gouvernement de Marisol Touraine. Une question se pose, comment les militants et élus PS de la fédération d’Indre-et-Loire vont accueillir la nouvelle ? Pareille annonce dans le contexte que l’on connait pourrait conduire le PS 37 à devenir une véritable poudrière. Une mèche semble allumée, mais est-ce la seule ? Le sort des autres sortants est un sujet, surtout quand certains se sont fait remarquer à l’occasion des élections législatives de 2012. Isabelle Gaudron, élue PS et dissidente en 2012, y retournera. Seulement voilà, celle qui s’est présentée à l’époque face à Christophe Rossignol candidat EELV investi par son parti mais aussi par le PS en vertu des accords de l’époque, n’est pas en odeur de sainteté auprès des Verts très remontés aujourd’hui contre elle et le PS. Pourtant l’ancienne dissidente sera quatrième sur la liste qui sera présentée au congrès fédéral du 30 mai prochain. Jean-Patrick Gille et François Bonneau appellent de leurs vœux un accord de premier tour avec EELV. Le sacrifice de Mme Gaudron sera peut-être nécessaire. Quant à Mélanie Fortier, égérie du PRG d’Indre-et-Loire, il semble que tout soit réglé pour elle. Elle repartira dans le cadre des accords PS-PRG. Pour Pierre-Alain Roiron, maire de Langeais et conseiller régional sortant, la cinquième place lui semble acquise. Pour le Jocondien Mohamed Moulay lui aussi conseiller régional sortant qui avait pris la place de Jean Germain lors de son élection en tant que Sénateur, il sera troisième. M. Moulay soutient la motion B, ce qui lui vaut la faveur d’une troisième place en vertu des équilibres internes. Mais que va donc devenir Jean-Marie Beffara ? Ce dernier semble bien absent de la liste. Pour un cadre du PS 37, « François Bonneau a toujours espéré que Marisol Touraine conduirait la liste en Indre-et-Loire. Il voulait une locomotive pour mener les socialistes tourangeaux ! ».

Baril de poudre et mèches allumées

Si l’on regarde de plus près les projections de voix et les résultats des dernières échéances électorales, on s’aperçoit que le PS pourrait être derrière le FN en décembre prochain. Deux hypothèses. Au mieux le PS 37 réussi à faire élire cinq conseillers régionaux, scénario peu probable. Soit il continue sa lente et longue descente aux enfers et n’impose que deux ou trois élus, ce qui aujourd’hui est le résultat le plus probable. Dans le cadre des discussions déjà bien avancées, le sort du député proche de Marisol Touraine semble bien être scellé. Une situation que le premier secrétaire du PS d’Indre-et-Loire, Michael Cortot, n’a certainement pas choisie. Mais aujourd’hui c’est bien lui qui a en main le baril de poudre et les mèches allumées. Bien sûr, il peut décider lors du congrès de la fédération du 37, le 30 mai, de raccrocher les gants et donc abandonner le baril de poudre à un nouvel artificier qui ne sera connu que le 11 juin soit quatre jours après le congrès national du PS à Poitiers. En attendant il faut gérer les affaires courantes et essayer de faire bonne figure devant des militants déboussolés et désabusés. L’éviction de M. Beffara risque de ne pas arranger les choses. Le Sud Lochois et l’Est Tourangeau sont des réservoirs de militants. Des militants plutôt acquis à la motion A. Cela fera le jeu de la motion B où Laurent Baumel pourrait imposer dans le jeu de la constitution du futur bureau fédéral d’Indre-et-Loire, Pascale Boudesseul ou son attaché parlementaire, Mathieu Guibard.

La motion B est en passe de faire un score important

Alors qui à la place de Michael Cortot ? Franck Gagnaire, ancien directeur de campagne de Jean-Patrick Gille et candidat suppléant aux élections européennes, est intéressé. Ce « Gilliste » pure souche travaille actuellement à la communauté de communes de l’Est Tourangeau comme collaborateur de cabinet. Vincent Tison, attaché parlementaire de JP. Gille pourrait y penser. La jeune garde rôde, veille. Pas sûr que les militants suivent. Pour l’un d’entre eux, « les militants pourraient reconduire Michael Cortot pour ne pas ajouter du bazar au bazar ambiant ». D’autant que la motion B est en passe de faire un score important qui pourrait être un signe fort d’un socialisme plus à gauche dans les mois à venir. Demain soir, le sort de la fédération socialiste du 37 est entre les mains des militants qui feront le déplacement rue de la Fuye. Un résultat qui décidera de l’avenir et du futur patron des socialistes tourangeaux qui sera choisi le 11 juin.

Difficile de s’y retrouver dans le maelström socialiste. Une chose est sûre, quiétude et pragmatisme guideront les plus sages des socialistes qui ont vécu toutes les batailles internes. Mais cela suffira-t-il à faire entendre raison aux ambitions et aux adeptes du passage en force ? Réponse dans les prochains jours.

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