Politique

Le « Nouveau Monde » s’invite au Conseil Municipal de Joué-lès-Tours

Il y a parfois des petites phrases qui en disent bien plus que de longs discours, notamment en politique où chaque mot peut avoir son importance. Ce fut le cas ce lundi soir au Conseil Municipal de Joué-lès-Tours où derrière des questions locales, autour du budget municipal notamment, la recomposition politique entamée en national l’an dernier, s’est invitée dans l’assemblée jocondienne.

A voir sur Info Tours : les grandes lignes du budget 2018 à Joué-lès-Tours.

Jusqu’en 2020 la difficile cohabitation et des équilibres politiques fragilisés

L’émergence de La République En Marche trouble les équilibres politiques nés des élections de 2014. A l’époque, point de mouvement aux initiales du Président de la République, mais des lignes politiques classiques installées depuis de nombreuses décennies. D’un côté le bloc de gauche allant jusqu’au PS et ses alliés. De l’autre la droite essentiellement composée des UMP-Républicains et du centre-droit autour de l’UDI. Oui mais 2017 est arrivé et ces équilibres déjà parfois fragiles ont volé en éclat. Principaux perdants dans l’affaire : les socialistes non seulement défaits lourdement aux élections présidentielle et législatives mais aussi ayant connu une fuite d’une partie de leurs forces vives, issue essentiellement de leur aile centriste, séduites par les sirènes du Macronisme.

A droite, la stratégie menée par Emmanuel Macron et ses partisans n’est pas sans conséquences non plus. Entre une UDI qui ne sait plus à quel saint se vouer dans sa stratégie classique d’alliances tout en restant indépendante, et des centristes franchement séduits, la stratégie entreprise pas le Chef de l’Etat pour casser les lignes traditionnelles et affaiblir les partis historiques semble payer également. En local, les positions des uns et des autres deviennent du coup difficilement lisibles. Entre politique locale issu « de l’ancien monde » et politique nationale « recomposée », jusqu’en 2020, il sera difficile d’y voir clair.

Vers la constitution d’un groupe En Marche au Conseil Municipal de Joué-lès-Tours ?

A Joué-lès-Tours, Laurence Hervé fait partie de ces Marcheurs ex-socialistes. L’ancienne adjointe de Philippe Le Breton a rallié rapidement le mouvement d’Emmanuel Macron, sans quitter pour autant le groupe municipal « La Ville au coeur » centré autour du Parti Socialiste. Une position forcément indélicate par moments, mais que tous ont accepté bon gré mal gré, pour le moment.

Dans cette ville, outre Laurence Hervé, d’autres élus du Conseil Municipal se trouvent proches de LREM. Des élus pas forcément à gauche cette fois, mais comme un symbole de la complexité des choses en cette période intermédiaire, plutôt du côté de la majorité de droite de Frédéric Augis.

Et c’est ce que ce dernier a ciblé lundi soir en Conseil Municipal en employant à plusieurs reprises le terme « Nouveau Monde » pour s’adresser à Laurence Hervé mais aussi au conseiller municipal de la majorité Jean-Christophe Turot.

« Nouveau monde », deux petits mots pour une expression loin d’être anodine que le maire de Joué-lès-Tours, accessoirement président du parti Les Républicains en Indre-et-Loire, s’est servi pour faire passer un message. Quelques minutes plus tôt, son ancien premier adjoint, Jean-Christophe Turot, redevenu simple conseiller municipal en 2016, officiellement pour des raisons d’emploi du temps incompatible avec son métier de médecin, avait pris la liberté d’émettre des critiques sur certains investissements dans le budget. S’affranchissant d’une solidarité de majorité Jean-Christophe Turot s’abstenait même sur le vote qui suivit. Une voix manquante dans la majorité sur une question aussi importante qu’un budget, chose rare pour le souligner, ce que ne manqua pas d’ailleurs l’élue socialiste Marie-Line Moroy évoquant « des dissensions au sein de la majorité ». Nul doute que l’élue d’opposition aura remarqué également que sur la fin du Conseil Municipal, le maire de Joué-lès-Tours prit soin à chaque fois de citer séparément « Le groupe la Ville au Coeur, Monsieur Turot, la majorité municipale… » lors des votes, comme pour acter publiquement que son ancien premier adjoint avait franchi le rubicon.

Si Jean-Christophe Turot s’est défendu expliquant « ne pas avoir de dissension majeure avec la majorité, mais avoir l’envie d’être constructif », ce dernier n’a guère convaincu dans l’assemblée et risque donc d’être poussé vers la sortie de la majorité. Le non-vote d’un budget étant souvent un motif de casus-belli en politique. Un départ qui pourrait néanmoins coïncider avec l’émergence d’un groupe LREM au sein du Conseil Municipal, en compagnie de Laurence Hervé (qui quitterait alors le groupe « La Ville au coeur ») et un ou deux autres élus de la majorité, prêts vraisemblablement à emboîter le pas.

Nous l’avons vu la semaine dernière à Tours, la campagne des municipales se prépare déjà. La République en Marche, consciente qu’elle ne pourra pas se positionner partout est dans la phase du constat, cherchant des villes qu’elle pourrait conquérir. Joué-lès-Tours pourrait être de celles-là. Poussés par leurs futurs ex-camarades à sortir du bois, les Marcheurs jocondiens pourraient ici être obligés de clarifier la situation rapidement. De quoi lancer la bataille pour 2020…

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