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[Municipales à Tours] Vers un rassemblement des forces de gauche ?

L’investiture de Benoist Pierre par La République en Marche en ce début de semaine, au détriment du maire sortant Christophe Bouchet, après de longs mois de doute, a éclairci un peu les positions de chacun. De quoi affiner un peu les espaces politiques des concernés mais aussi de leurs futurs adversaires, à commencer par les mouvements de gauche.

Ce n’est pas anodin, c’est le mouvement En Avant Tours (tendance socialiste), qui fut le premier à réagir le soir-même de l’annonce de l’investiture ce lundi.  En mettant au même niveau le maire sortant et le candidat LREM, le mouvement dans lequel figurent notamment Jean-Patrick Gille et Cathy Munsch-Masset, ont clairement voulu jeter le trouble sur les positions du maire radical ou du candidat marcheur. En clair, Christophe Bouchet et Benoist Pierre  « c’est bonnet blanc et blanc bonnet », comprendre « si vous souhaitez une alternative il faut regarder ailleurs que du côté de Benoist Pierre. » Cet ailleurs c’est évident du côté de la gauche. Reste à savoir de quelle gauche parle-t-on ?

Une partie du collectif En Avant Tours

Car l’élection municipale s’annonce incertaine avec des lignes de forces nouvelles. La gauche a semble-t-il une chance de reconquérir une mairie perdue en 2014, mais pour y arriver elle doit intégrer un nouveau logiciel politique et notamment s’affranchir du passé.

La bonne dynamique des écologistes comme locomotive de la gauche ?

La dynamique est là, c’est une certitude, pour l’heure elle tend plus du côté des écologistes qui ont le vent en poupe suite à leurs résultats aux dernières élections européennes (18,3% à Tours), mais aussi avec la prise en compte générale des enjeux climatiques et environnementaux dans l’opinion publique.

Les sondages commandés par EELV dans plusieurs grandes villes viennent renforcer cette impression de dynamisme. A Bordeaux, les écologistes seraient ainsi à 24% seuls, à plus de 30% avec une alliance avec les socialistes, loin devant le candidat marcheur crédité de 11,5% à 13% d’intentions de voix, tandis que le maire sortant (LR) serait aux alentours de 32% au premier tour. Outre Bordeaux, les écologistes bénéficient d’intentions de voix flatteuses dans d’autres villes également : 23% à Nantes, 22% à Montpellier ou encore 20% à Nancy où le maire sortant Laurent Hénart est membre du parti radical comme Christophe Bouchet…

Ce dernier a d’ailleurs pointé les écologistes comme adversaire principal à Tours pour ces élections, tout en faisant mine d’ignorer la candidature LREM. Chez ces derniers, on ne prend pas non plus les écologistes tourangeaux, à travers leur mouvement « Les Cogitations Citoyennes », à la légère. Signe des temps, l’écologie sera d’ailleurs au centre de la campagne, tout comme la question de la démocratie et celle sous-jacente de la participation des citoyens à la vie municipale, une fois l’élection passée.

Ces deux points paraissent d’ailleurs être ceux de convergence des différentes forces de gauche, en vue d’une éventuelle alliance. Car pour réussir le pari de remporter la mairie et donc de transformer la dynamique actuelle en victoire électorale, les écologistes savent qu’il faudra sans aucun doute faire avec les autres forces de gauche, l’émiettement des voix qui pourrait survenir dans le cas contraire pouvant se trouver fatal à tout espoir.

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Les écologistes en position de force dès lors ? Pas totalement, car les autres forces de gauche n’entendent pas devenir des satellites des écologistes et comptent bien peser dans le débat et l’émanation d’un programme commun.  « Nous n’allons pas reproduire avec les écologistes, ce que nous avons subi avec les socialistes pendant des années » nous glisse ainsi en off un membre d’une organisation de gauche.

Cathy Savourey et Emmanuel Denis, les têtes de liste désignées par « Les Cogitations Citoyennes »

Le rassemblement peut dès lors se confronter aux envies de chacun, mais aussi au poids des histoires passées et des questions humaines d’affinités. Et si dans les déclarations, tous disent souhaiter le rassemblement, la multiplication des associations et collectifs trouble un peu les choses. D’autant plus que malgré les discussions, chaque initiative des uns et des autres peut devenir un grain de sable dans la machine. La désignation de têtes de listes chez les Cogitations Citoyennes, ou encore la publication de l’intégralité du programme municipal chez C’est Au Tours du Peuple (CATDP) a ainsi fait « tousser » certains potentiels partenaires…

Une partie du collectif C’est au Tours du Peuple

Malgré tout, le rassemblement est loin d’être caduc. Alors que jusqu’à présent, les réunions furent essentiellement bilatérales entre les uns et les autres, la semaine prochaine, pour la première fois, 5 forces de gauche se réuniront dans les locaux du PCF à Tours. Autour de la table on retrouvera les communistes, le collectif de Mickaël Cortot, Génération(s), En Avant Tours (tendance parti socialiste), C’est au Tours du Peuple (France Insoumise, NPA…) et les Cogitations Citoyennes.

« La fenêtre est étroite mais elle est ouverte »

Un premier pas vers le rassemblement ? Du côté du PCF on veut y croire. « Cela n’aurait pas été forcément possible il y a quelques mois » explique ainsi Florent Petit, désigné comme « candidat mis à disposition » par le parti dans les discussions à venir.

Florent Petit, porte-parole du PCF pour la campagne à Tours

« La fenêtre est étroite mais elle est ouverte » affirme l’actuelle élue municipale Josette Blanchet, pour qui « l’important est de faire un rassemblement sur la base d’un programme pour les Tourangeaux. Tout le monde serait perdant à vouloir tirer son épingle personnelle du jeu. »  Pour y arriver, il faudra aussi dépasser les clivages issus du passé. « Ces municipales sont différentes des précédentes et elles peuvent avoir des conséquences lourdes » prévient Pierre Texier, élu communiste au Conseil Municipal. Et ce dernier avec ses camarades communistes de vouloir ainsi jouer les médiateurs entre les différentes forces de gauche pour « tout mettre en œuvre pour empêcher la réélection de la droite » mais aussi « l’implantation en local de LREM qui serait catastrophique. »

Avant cette réunion commune, un autre pas sera fait ce week-end avec la tenue d’un forum citoyen, métropolitain, de la gauche et l’écologie à Saint-Pierre-des-Corps. Ce dernier se tiendra samedi après-midi et toutes les volontés de gauche, écologistes, venant des communes de la métropole sont les bienvenues nous fait-on savoir. De quoi lancer une base de travail commun à l’échelle municipal mais aussi métropolitain. Un échelon intercommunal qui sera un autre enjeu majeur des élections de mars prochain…

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