L'actualité Tourangelle à la bonne température
PolitiqueA la uneInterviews

Jérôme Tebaldi n’a pas le droit à l’erreur

Voilà un homme qui a pris du galon à la mairie de Tours en 2017. Sous Serge Babary, Jérôme Tebaldi était conseiller municipal délégué en charge de la culture et des relations internationales. Depuis que Christophe Bouchet a repris l’administration de la ville, il est passé adjoint en charge du rayonnement : un poste stratégique. Entretien avec un élu qui voit loin…

Pour être sûr de n’oublier aucun sujet le jour de notre entretien, Jérôme Tebaldi a préparé une antisèche. La liste en question prend toute la hauteur d’une feuille A4 avec tous les dossiers dont il s’occupe, de près ou de loin. Ça va de la Cité de la Gastronomie au festival Viva Il Cinema en passant par l’Année Balzac prévue en 2019, les relations internationales de la ville, la guinguette, ou sa participation à 3 conseils d’écoles. « Ce sont des dossiers très transversaux, stratégiques et importants » explique l’élu qui estime sa promotion justifiée : « elle n’est pas tombée sur moi par hasard. Je suivais les dossiers depuis le début et je connaissais les interlocuteurs. »

L’Année Balzac, le gros chantier du moment

Responsable du parti Les Républicains pour la ville de Tours, il est devenu un membre important de la majorité municipale : « au bout de 3 ans de mandat, au départ de Serge Babary, Christophe Bouchet et Xavier Dateu qui voulaient lui succéder en étaient tous les deux venus à la conclusion que je devais être adjoint » dit-il, avec fierté mais en essayant de paraître détaché : « non pas que je sois une personnalité de la ville, mais j’ai montré une capacité à travailler sur mon bâton de maréchal dans mes précédentes délégations. Tout le monde le sait, je suis capable de travailler avec tout le monde. » De là à imaginer qu’il pourrait viser encore plus haut, il n’y a qu’un pas.

Malgré le large spectre de ses délégations, Jérôme Tebaldi n’est pas en mairie à plein temps. A côté, il poursuit son activité dans l’entreprise familiale et se garde des plages fixes pour la ville (lundi matin et mercredi), notamment pour assurer une régularité dans le suivi de certains dossiers : « il faut savoir être organisé, et c’est une de mes qualités. »

jerome-tebaldi-2018-tours-1

Son gros chantier du moment c’est l’Année Balzac. Ce n’est qu’en 2019, « mais c’est déjà après demain » explique l’élu qui organise par exemple une réunion chaque semaine pour préparer l’installation d’une statue en hommage à l’écrivain, destinée à remplacer celle que les Allemands ont fondu pendant la guerre en 1942. Du coup, il reçoit déjà des propositions d’artistes, a installé une réplique miniature d’Honoré de Balzac sur son bureau et s’est acheté un santon qui le représente au moment de Noël, pour le côté kitsch.

A LIRE AUSSI : Notre portrait, Jérôme Tebaldi, de l’ombre à la lumière.

Il a mis son nez dans le programme des festivités martiniennes

Si Jérôme Tebaldi se montre aussi impliqué dans la préparation de cet événement, c’est qu’il n’a pas le droit à l’erreur. Avant lui, c’est Christophe Bouchet qui gérait le rayonnement de la ville. A ce titre, l’ex adjoint centriste devenu maire a piloté le projet autour de 1 700ème anniversaire de la naissance de St Martin. Il y a eu des réussites (comme le son et lumières de la cathédrale) mais aussi de gros échecs, de lourdes dépenses et de fortes critiques, jusque dans les rangs de la majorité.

Ainsi, symboliquement, la « première décision » de Jérôme Tebaldi après sa nomination a été d’annuler les festivités autour de St Martin prévues en juillet, cette fameuse parade internationale qui a attiré si peu de monde l’été dernier. Bref, le témoin à peine passé, le nouvel adjoint marque son style, tout en s’affirmant parfaitement en phase avec le maire : « on n’est pas très éloignés et on échange beaucoup. Il me dit ‘amène ton état d’esprit et ta façon de faire’. » Charge maintenant à lui de montrer qu’il sait mettre au point un événement populaire et rigoureux. Son avenir politique en dépend inévitablement.

Parmi les gros dossiers qui figurent aussi sur le bureau de Jérôme Tebaldi : Tours Événements, dont il est vice-président. « C’est le bras armé économique de la ville » résume-t-il. Une entreprise privée, contrôlée par la municipalité à plus de 80%, et qui vient de changer de direction : « Denis Schwok a fourni un travail exceptionnel pour dynamiser la ville avec l’American Tours Festival ou le Japan Tours Festival. Maintenant, Christophe Caillot-Joos (le nouveau directeur, ndlr) arrive au bon moment, avec une vision plus large » estime l’adjoint. Il poursuit :

« Via les grands événements et les congrès, Tours Événements dynamise tout le secteur économique de l’agglomération. Même si l’American Tours Festival est déficitaire de 380 000€, il génère de l’activité sur 60km à la ronde. La ville doit avoir une réflexion là-dessus. En revanche, les Fourchettes Soniques nous faisait perdre de l’argent et ne créait pas de richesses autour : on va donc l’arrêter en 2018. »

Une révision de la programmation culturelle de la guinguette ?

Les jours des courses Nascar sont également comptés, pas assez populaires et très gourmandes en énergie. Reste à savoir à quoi serviront les deux virages surélevés construits sur le parking du Parc Expo, et qui avaient coûté si cher. Jérôme Tebaldi ne s’y est pas encore penché avec insistance. En revanche, il a une idée plus précise de ce qu’il veut pour la guinguette des bords de Loire : pas de révolution, mais une évolution… « Il y a une discussion à avoir sur la programmation. A force de vouloir tous les jours une offre socioculturelle on envoie peut-être le message d’un lieu trop commercial. Que le bar et le restaurant fonctionnent c’est important mais il faut revenir à une identité plus forte, un message culturel plus fort. Actuellement, c’est parfois un peu flou » explique l’adjoint qui va entamer des discussions avec l’équipe du Petit Monde (l’association qui gère la guinguette). Il promet par ailleurs un bâtiment éphémère à l’architecture plus ambitieuse dès 2019, « une priorité » à ses yeux. Quant au chantier des navettes fluviales entre les deux rives de la Loire ? « Ce n’est pas à l’ordre du jour mais on y réfléchit encore. »

jerome-tebaldi-2018-tours-2

Plus prioritaire que des balades en bateau, le Plan Lumière de Tours, ou comment mettre en valeur les monuments de la ville à la nuit tombée. Initié il y a plusieurs mois, avant la nomination de Jérôme Tebaldi, il doit permettre de créer un parcours pérenne pour les touristes et aussi de changer le regard des Tourangeaux sur leur cité. Premiers bâtiments à en bénéficier : la Basilique St Martin, la Tour Charlemagne, peut-être la Tour de l’Horloge, et les maisons historiques du Vieux-Tours. L’inauguration est prévue à l’automne, peut-être au moment des festivités de novembre autour de St Martin : « ce qui nous est proposé par Neolight est génial. Il y aura une progression en fonction des saisons par exemple. » Dès 2019, un second parcours est prévu autour de Balzac à l’est de la ville.

« Faire de Tours LA ville de l’apprentissage du français »

Toujours à propos de festivités, le festival pyrotechnique imaginé par Serge Babary dans son programme de 2014 est désormais bel et bien renvoyé aux oubliettes. Jérôme Tebaldi parie plutôt sur un feu d’artifice son et lumières renforcé au moment des fêtes de St Martin en novembre, et pourquoi pas aussi d’un feu d’artifice sonorisé au 14 juillet. Quant au spectacle sur la cathédrale, il sera peut-être remplacé dès 2019 par quelque chose sur un autre bâtiment, mais pour l’instant rien n’est tranché.

Dernier gros volet des attributions de l’adjoint au rayonnement : les relations internationales. Président de l’Institut de Touraine – qui forme des adultes étrangers désirant apprendre le français – Jérôme Tebaldi voudrait capitaliser sur l’expertise de l’association pour faire de Tours « LA ville de l’apprentissage de la langue française avec par exemple une offre dédiée à l’Office du Tourisme pour des personnes qui viendraient en été. L’intérêt est d’apprendre le français à des gens qui vont le parler à l’étranger. Il y a aussi les entreprises qui envoient leurs cadres, ou les ambassades qui font venir leur personnel. A nous de développer une offre globale là-dessus et pour cela il faut fédérer tous les acteurs, notamment les associations. Peut-être aussi se tourner davantage vers l’Afrique. »

Tours jumelée à une ville de Corée du Sud ?

De l’autre côté, Jérôme Tebaldi se tourne vers les différentes villes jumelles ou amies de Tours. Avec Müllheim (Allemagne) et Takamatsu (Japon) tout roule ; avec Minneapolis, ça marche plutôt bien depuis la Foire 2017 sur le thème de USA ; avec Porto il voudrait relancer des partenariats artistiques comme ceux des dernières années ; en Chine, la ville de Luoyang va inaugurer son jardin à la française au printemps ; avec Ségovie (Espagne) et Trois Rivières (Québec) c’est le calme plat mais avec Parme (Italie) de nouveaux liens se créent depuis plusieurs mois… « Il y a des choses à faire autour de la gastronomie et de l’Opéra. Nous voudrions monter une semaine de la gastronomie italienne et travaillons avec Benjamin Pionnier le directeur de l’Opéra de Tours sur la création d’un spectacle franco-italien pour 2019. »

Autre projet en cours : la Foire de Tours 2018 sur le thème du Maroc, « et là on attend de voir à quelle hauteur l’État marocain est prêt à s’investir » explique Jérôme Tebaldi. L’élu est enfin en relations étroites avec la Corée du Sud. Un jumelage pourrait même se conclure avant la fin du mandat municipal (en 2020 ou 2021) : « c’est le pays d’avenir en Asie, et les gens adorent la France. On pourrait notamment travailler autour de la gastronomie et faire venir les touristes coréens ici. »