Politique

« Il faut changer les règles fiscales en Europe et imposer les multinationales »

Sur les marchés, les tracts ont recommencé à fleurir. Doucement mais sûrement pour le moment avant une accélération progressive prévue dès cette semaine. Un signe qu’une élection se profile même si celle-ci peine à se frayer un chemin dans le quotidien des Français. Les élections Européennes sont souvent mal considérées et peu suivies dans l’opinion publique et affichent un taux d’abstention régulièrement élevé, 56% en 2014, il ne devrait pas s’améliorer beaucoup le 26 mai prochain, date du scrutin en France.

La faute à une Europe jugée opaque et lointaine, la faute à une crise démocratique de plus en plus profondément ancrée également. Pourtant sur le terrain, les militants y croient, cherchent à convaincre ou déjà à intéresser. Et parfois au milieu de refus polis, la discussion s’engage malgré tout. Parmi les militants que l’on retrouve, il y a ceux de la liste « Envie d’Europe » portée par « Place Publique » de Raphaël Glucksmann, le Parti Socialiste et Nouvelle Donne.

« Les enjeux dépassent la question des partis »

Une liste créditée pour le moment de 5% d’intentions de vote et qui subit l’éparpillement des voix à gauche entre listes communiste, insoumise, écologistes (celles de Delphine Batho et de Yannick Jadot) ou encore celle de Benoït Hamon (Génération.s)… « On a travaillé au rassemblement dès le mois de novembre, on aurait pu faire mieux mais malheureusement les egos et les cartes personnelles ont primé chez certains » analyse Eric Andrieu, numéro 3 sur la liste et députée européen sortant qui était présent en Touraine mardi dernier. Malgré tout ce dernier salue le travail de rassemblement fait entre les mouvements de sa liste et aussi évoque une bonne chose pour les socialistes d’avoir laissé la tête de liste à Raphaël Glucksmann. « Nous sommes dans un moment historique, les partis doivent s’adapter et les enjeux du rassemblement doivent dépasser la question des partis ».

Reste à convaincre les électeurs de la démarche, deux ans après que la gauche socialiste ait été balayée par les électeurs. « On a fait des erreurs, en se faisant aspirer par le libéralisme. Il faut faire l’analyse des défaillances de la social-démocratie et reprendre la bataille idéologique » admet Eric Andrieux qui entend porter un projet autour d’un triangle d’or social, écologique et économique. Parmi les axes de la politique souhaitée, Eric Andrieux de citer les modifications des règles fiscales avec une imposition des multinationales : « Le budget européen est de 160 milliards d’euros alors qu’il y a un échappement fiscal de 860 milliards d’euros de la part des multinationales », mais aussi les modifications de règles budgétaires, « un point de blocage aujourd’hui de l’Union Européenne ».

« Se replier sur les Etats-Nations serait une erreur historique »

Pour ce dernier, l’échelon européen est donc important si ce n’est primordial pour faire évoluer les choses et porter des choix de sociétés forts : « Nous ne sommes pas en concurrence entre Etats européens, mais face aux Etats-Continents comme la Chine ou les Etats-Unis, nous ne pourrons lutter qu’au niveau européen . Se replier sur les Etats-Nations serait une erreur historique, parce que nous deviendrions les vassaux de ces grands pays».

Conscient des limites de l’Union Européenne et des critiques qu’elle soulève, il plaide également pour une évolution de l’institution. « L’organisation démocratique de l’Europe est insuffisante, trop dépendante de la technocratie, il faut renforcer son poids politique pour renforcer son aspect démocratique ».

Et celui qui a porté la question du glyphosate au parlement européen reste convaincu de l’importance du scrutin à venir et refuse l’issue qu’on lui prédit en France : « Les souverainistes agitent les peurs et on a l’impression en France que le match se joue entre Rassemblement National et La République en Marche, mais au niveau de l’Europe le S&D (ndlr : le groupe social-démocrate auquel les socialistes français sont membres) peut devenir le premier groupe politique du Parlement. Si cela arrive cela infléchirait la politique européenne dominée aujourd’hui par le PPE (ndlr : le groupe conservateur-démocrates chrétiens aujourd’hui principal groupe politique du Parlement Européen). L’enjeu est là».

Photo : Militants socialistes et de Place Publique avec Eric Andrieu (au centre)


Un degré en plus :

Le site Politico.eu propose à l’échelle européenne une projection des intentions de vote. Cela donne ceci à ce jour :

La droite européenne regroupée au sein du PPE resterait principale force politique avec 170 sièges devant les sociaux-démocrates crédités de 144 élus. En troisième force arriveraient les Libéraux-Démocrates (ALDE) dont fait partie La République En Marche avec 100 sièges. L’Alliance Européenne autour de Salvini qui regroupe l’extrême-droite et le Rassemblement National obtiendraient 72 élus au niveau européen.

A l’échelle nationale, les 74 sièges (79 une fois le Brexit validé, la France récupérant 5 sièges britanniques) seraient répartis comme suit :

Le Rassemblement National et La République en Marche seraient au coude à coude avec 21 élus chacun. Les Républicains arriveraient en 3e place avec 13 élus. La France Insoumise (groupe GUE) pourrait obtenir 8 sièges et Europe Ecologie Les Verts 7. Les électeurs français pourraient envoyer 4 élus au groupe socio-démocrate selon cette projection.

 

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