Politique

Les colères de Philippe Briand

Pendant longtemps, on saluait l’ambiance plutôt consensuelle qui régnait au sein du conseil communautaire de Tour(s)Plus. Mais depuis quelques mois et depuis la transformation de l’agglo en métropole, on sent plus de tensions. C’était assez flagrant ce lundi soir…

« Je t’aime beaucoup, mais… » : quand Philippe Briand commence une réponse comme ça, c’est qu’il s’apprête à sortir une phrase « clash » juste derrière. Comme si ça aidait à faire passer la pilule… On sait que le président LR de Tours Métropole est un adepte du parler franc, quitte à grossir le trait et à en faire des tonnes, quitte à ponctuer ses phrases d’effets de style voire d’expressions populaires : « bon sang ! » ou « putain » à plusieurs reprises par exemple ce lundi 16 décembre lors du dernier conseil métropolitain. C’est son style… Du théâtre politique. Amusant pour les observateurs, on pourrait imaginer que ça le rend proche du peuple d’autant qu’on dit la même chose d’Emmanuel Macron quand il sort quelques bons mots entre deux « poudres de perlimpinin ». Mais à force, est-ce qu’il n’aurait pas tendance à en faire trop, Philippe Briand ?

Ce 16 décembre, il a démarré au quart de tour quand Vincent Tison a suggéré une concertation étendue pour la deuxième ligne de tramway :  « les citoyens… Tu vas sur les marchés, tu les écoutes et tu en rends compte ! Vous avez un mandat eh bien consultez autour de vous bon sang ! On n’avance plus dans rien. On est grands, on exécute nos mandats : ils représentent la confiance qu’ont mis en nous des gens. Il faut arrêter de consulter tout le monde. A un moment on ne peut plus… » Séché, le socialiste a juste réussi à placer qu’il ne faisait pas cette proposition pour retarder les décisions mais plus pour étendre l’implication des citoyens… Peine perdue. La machine était lancée.

Dans cet exemple, Philippe Briand a fait preuve d’autorité. Le président de la métropole, c’est lui. Lui qui décide, lui qui dirige, lui qui mène l’équipe. Le maire de St-Cyr-sur-Loire semble avoir besoin d’asseoir plus souvent sa légitimité depuis quelques temps. Il cherche à s’imposer comme étant réellement l’homme fort de l’agglomération « pour que Tours ne soit plus la 16ème métropole de France mais entre dans le top 10 ». Comme s’il avait peur d’une concurrence, notamment celle du maire de Tours, Christophe Bouchet… lui qui aurait préféré voir Xavier Dateu remporter la mairie en octobre dernier. Raté.

Aujourd’hui Philippe Briand hausse le ton quitte à blesser. Alors que jusqu’ici la collégialité des décisions était la règle à la métropole, on assiste de plus en plus souvent à des désaccords marqués dans l’équipe des vice-présidents qui sont de différentes tendances politiques. Derrière ça, Philippe Briand doit être le chef d’orchestre pour faire en sorte que son institution ne parle que d’une seule voix tout en jouant le rôle de pompier pour éteindre les incendies (et les volontés d’émancipation de certains élus qui jouent leur partition personnelle).

Du coup, au diable le consensuel et le ton badin, Philippe Briand attaque, distribue des coups et siffle la fin de la récréation… Ses traits d’humour ressemblent de plus en plus à des sarcasmes qu’à des blagues potaches. Sur le tram que St-Pierre-des-Corps réclame encore et toujours à coups de manifestations et de pétitions : « à un moment donné il faut arrêter. Il faut prioriser. Il faut faire au mieux pour nos populations. A Bordeaux Alain Juppé a pu faire 5 branches d’un coup, on n’a pas cette chance là. » La comparaison, toujours… Car Philippe Briand sait que son agglo aux grandes ambitions va buter quand il s’agira de trouver des financements… Et sans moyens, on ne fait rien. Et on se contente de gérer les affaires courantes, à coups de rapports techniques.

Retiré de l’Assemblée Nationale, Philippe Briand n’a plus que la métropole pour compter en politique. Il joue son va-tout avec ce projet d’agglomération qu’il doit mettre sur de bons rails d’ici 2020 sous peine d’entraîner un nouvel échec pour la droite qui collectionne les revers en Touraine depuis les régionales de 2015. Il doit donc engager une dynamique concrète et visible et pour ça il ne faut pas que les débats traînent trop : « un projet public en France c’est dix ans pour qu’il se réalise. Ce n’est plus possible » lance-t-il encore à Vincent Tison ce lundi.

Plus tôt, il s’est aussi emparé de la question des zones économiques de l’agglomération : « on va les reprendre en main car j’en ai marre que l’on constate que l’on ne fait que perdre de l’argent. Je suis très agacé. Si c’est pour perdre de l’argent il ne faut pas les faire. Ces zones sont faites pour créer de la richesse. On va arrêter de faire des krachs, c’est insupportable. Ce n’est pas normal, ça ne se passe pas comme ça. On ne peut pas accepter que des communes soient en concurrence alors que l’on est tous ensemble. » Un message qui semble adressé aux élus mais aussi à la SET… Il s’ajoute à ceux cités ci-dessus, à ceux envoyés à la SNCF sur la liaison Tours/St-Pierre-des-Corps…

Bref, Philippe Briand sort les crocs pour remettre sa vision des choses au 1er plan, quitte à froisser ses vice-présidents. Il lâche quand même un peu de lest de temps en temps pour ouvrir une commission générale ou laisser entrer plus d’associations dans les débats sur l’eau de la métropole. Une petite fleur offerte à la dernière minute ce lundi soir. Détail amusant : le président a demandé une première fois un vote : « qui est pour ? », personne ou presque ne lève la main. Quelques minutes plus tard, finalement convaincu par un dernier argumentaire socialiste, il révise sa position personnelle en faveur de l’amendement de la gauche pour élargir les sièges dévolus aux associations dans la régie sur l’eau… Il demande : « qui est contre ? », personne ne lève la main. L’Assemblée a voté en bloc derrière le Chef.

Print Friendly, PDF & Email