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Bilan de mi-mandat avec la députée Fabienne Colboc

Elue députée en juin 2017, Fabienne Colboc a rapidement dû se mettre dans le sens de la marche. néo-députée, celle qui a battu Laurent Baumel (PS), le député sortant et l’ancien ministre Hervé Novelli (LR) sur la 4e circonscription d’Indre-et-Loire se savait attendue. A mi-mandat, elle a accepté de faire le point avec nous sur son travail de parlementaire. Entretien.

Quel retour d’expérience faites-vous de votre première partie de mandat ? Les débuts ont été particuliers ?

Fabienne Colboc : Il y a tout eu à apprendre et en même temps on était dans le bain tout de suite. Le groupe LREM avait mis en place des formations sur le processus, on a été épaulé par ceux qui avaient déjà été députés également auparavant. Mais en même temps on a été dans le bain immédiatement avec beaucoup de sujets à traiter rapidement et des lois nécessaires comme celle de la moralisation de la vie politique que nous avons voté dès le début.

Le travail d’un(e) député(e) c’est aussi la présence sur le terrain, dans la circonscription. Comment vous vous y prenez ?

Fabienne Colboc : Dès la campagne j’avais fait un travail de terrain important pour rencontrer les principaux acteurs. J’ai continué de manière plus officielle après. On est très sollicités avec des citoyens qui m’ont écrit immédiatement après l’élection. Je tiens à traiter toutes les demandes, pas dire oui à tout, mais au moins d’étudier les demandes. On en reçoit tous les jours avec des situations parfois très problématiques, liées à des cas particuliers. Cela peut être des problèmes d’habitat, des difficultés financières, des soucis administratifs, des questions d’emplois. On les prend toutes en considération. J’essaye d’être un relais. Parfois on se renseigne, on met en lien les personnes avec les services de l’Etat, les associations…

Votre circonscription est à la fois urbaine et rurale, avec des problématiques fortement différentes.

Fabienne Colboc : A Joué-lès-Tours, l’action a été mise sur les quartiers sensibles. Je me suis battue pour que l’on obtienne le label « Quartier de Reconquête Républicaine » (QRR), c’était important. Je souhaitais que La Rabière passe aussi dans le label « cité éducative » mais il n’a pas été retenu car ce n’est pas un assez gros quartier. Cependant j’ai obtenu des financements supplémentaires dans le cadre de la Politique de la Ville. Je viens juste d’avoir la réponse officielle. Il y a une forme de jeunesse un peu désœuvrée en mal d’insertion à qui il faut répondre, cela passe aussi par le biais des associations qui travaillent auprès du public. Il faut que tout le monde travaille ensemble.

 En parlant des QRR, les syndicats de police se sont dit déçus du nombre de policiers supplémentaires (ndlr : 15 sur les trois quartiers de La Rabière, Sanitas et Rabaterie).

Fabienne Colboc : On peut toujours dire que l’on peut faire mieux, mais cela fait des années qu’il n’y avait pas eu de renforcements d’effectifs de la sorte. C’est donc positif. Il ne faut pas voir simplement le chiffre, il va y avoir une organisation qui va se mettre en place en fonction des problématiques du terrain.

Et au sujet des territoires ruraux ?

Fabienne Colboc : En ruralité, les problématiques sont plus liées aux questions d’isolement, d’emploi et de mobilités. Cela ne se travaille pas que sur les relations ruralité-métropole, mais aussi et surtout sur l’inter-ruralité. C’est d’ailleurs un des thèmes que j’ai abordé lors du Grand Débat, j’avais volontairement fait beaucoup de réunions en ruralité.

Ce Grand Débat a fait suite à la crise des Gilets jaunes. Comment l’avez-vous vécue ?

Fabienne Colboc : J’ai été surprise par les violences que cela a engendré mais en revenant au point de départ, cette contestation pouvait se comprendre. Je me suis déplacé dès le 20 novembre à des réunions avec les Gilets jaunes. Cela a permis d’échanger, d’expliquer ce qu’on faisait, ce qui n’était pas entendu. Depuis le début du mandat on a voté beaucoup de lois les unes après les autres avec peu de temps pour expliquer ce qu’on faisait.

Pourquoi la situation a pris cette ampleur ?

Fabienne Colboc : Parce que ce sont des personnes qui étaient vraiment mal, il y avait un ras-le-bol depuis longtemps, la taxe carbone a été la goutte d’eau d’une trajectoire engagée depuis longtemps. Il y a eu une colère sourde avec des personnes qui jusque-là n’ont jamais vraiment manifesté. Et puis il y a aussi une crise des syndicats qui n’ont pas pu encadrer ce mouvement. Les syndicats comme les politiques on a souffert d’une méfiance et d’un discours qui disait qu’on ne servait à rien. Ce n’est pas nouveau, cela remonte à plusieurs années, mais là le tampon ne s’est plus fait et le gouvernement a tout pris.

Il y a eu une remise en cause après cette crise ?

Fabienne Colboc : Personnellement, il y a eu une part de déception, parce que pour les retraites on avait prévenu par exemple que la hausse de la CSG ne passerait pas. J’avais fait remonter des courriers pour dire que le plafond était trop bas. C’est dommage. Le timing n’était pas bon même si on devait faire face au déficit de la France. Cela n’a pas été compris. Pourtant, depuis, pour la première fois un budget de la France a été voté à l’équilibre.

Revenons à un sujet qui a fait l’actualité : la question des pesticides. En tant qu’élue d’une circonscription en partie agricole, quel est votre point de vue ?

Fabienne Colboc : Pour moi la polémique qu’il y a eu c’est de la mauvaise foi. Si le Président de la République et Nicolas Hulot n’avaient pas été négocié à l’Union Européenne, on en sortirait dans 15 ans. Ils ont réussi à passer à 5 ans et après se sont engagés à arrêter les pesticides dans les trois ans. Si on l’avait mis dans la Loi cela aurait été déloyal envers l’Europe, mais ça ne veut pas dire que cela ne sera pas fait. La loi ne doit pas être un outil de com et notre travail c’est de mettre en place des choses réalistes et réalisables, c’est ce que nous avons fait.

Un mot sur les zones de non-traitement (ZNT) qui sont à l’origine de la colère d’une partie des agriculteurs ?

Fabienne Colboc : Je peux comprendre que les agriculteurs aient peur parce qu’ils font un métier qui reste difficile. Là avec les aléas climatiques c’est même encore plus compliqué, mais il faut qu’il comprennent aussi que la société évolue et que de plus en plus de citoyens veulent une alimentation saine et durable donc il faut trouver un compromis.

Pour les ZNT, cela part de l’action d’un maire qui a demandé une bande de 150m de distance des habitations. On a demandé à l’Anses de se prononcer et selon leurs recommandations, le gouvernement a proposé de fixer la distance minimale à 5 mètres pour certaines cultures (ndlr : celles dites basses comme les céréales par exemple et à 10 mètres pour d’autres (ndlr : les cultures hautes, telles que les vignes ou l’arboriculture). Je crois qu’il faut faire confiance et écouter aussi les scientifiques.

Quelle est votre position concernant la politique migratoire de la France ?

Il faut continuer à accueillir, il n’y a pas de soucis. Il n’y a pas de quotas à avoir et on ne doit pas supprimer l’Aide Médicale d’Etat (une prise en charge des soins accordée aux migrants, et dont les conditions d’attribution font débat, ndlr). Par ailleurs, je pense que nous avons peut-être loupé des choses sur l’accueil et l’intégration. Et un accueil mal fait, c’est néfaste.

C’est quoi un accueil bien fait ?

C’est qu’il n’y ait personne à la rue. Qu’on trouve un toit pour tout le monde avant de trouver des solutions. Il faut également une meilleure répartition des réfugiés sur le territoire : des villes moyennes comme Chinon pourraient en accueillir davantage.

Lire notre point complet avec Fabienne Colboc sur la politique migratoire sur Info Tours

Cette rentrée était également particulière avec le Grenelle des violences faites aux femmes. 

Fabienne Colboc : Il y a beaucoup de moyens qui ont été mis en faveur des femmes, le budget a d’ailleurs toujours augmenté. Après il y a bien sûr une histoire de moyens, il y a des besoins pour les soins, mais il y a aussi un besoin de prise de conscience générale de la société et des femmes elles-mêmes afin qu’elles osent parler. Nous avons un rôle de soutien aux victimes ou potentielles victimes. C’est une question qui en ouvre d’autres, par exemple je me bats pour que tous les territoires puissent avoir accès aux prises en charge, notamment dans les territoires ruraux plus propices à l’isolement. On travaille sur la mise en place d’un processus avec la gendarmerie afin qu’il y ait un relais efficace en permanence.

Quel bilan global faites-vous de cette première moitié de mandat ?

Fabienne Colboc : Je dirais qu’on a bien travaillé. Il y a eu deux années difficiles avec une situation politique pas forcément évidente mais le Président a une vraie capacité à se remettre en cause, le gouvernement et la majorité aussi. On fait des actions sociales qui n’ont pas été assez reconnues comme dans la petite enfance, le doublement des classes en CP ou encore les contrats de ruralité.

Un dernier mot au sujet des élections municipales qui approchent. Vous aurez un rôle dans la campagne ?

Fabienne Colboc : Je m’investis beaucoup sur mon secteur, à Chinon, Joué-lès-Tours… Je travaille bien également avec Sébastien Clément qui anime le comité LREM de La Riche et qui est adjoint au maire. De là à dire que je ferai campagne, il est trop tôt pour le dire. Et je pense que le rôle d’un député c’est d’être un soutien quand c’est nécessaire. On peut aider, accompagner, mais on ne fait pas la campagne à la place des équipes.

Propos recueillis par Olivier Collet et Mathieu Giua

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