Politique

Affaire Fillon : réactions de Tourangeaux

La mise en examen de François Fillon dans l’affaire des « emplois présumés fictifs de sa famille » mais surtout sa déclaration de maintenir sa candidature ont animé tous les médias hier. « Assassinat politique » a déclaré le candidat de la droite, dénonçant le fait de ne pas « être traité comme un justiciable comme les autres » et annonçant s’en remettre au « jugement du suffrage universel ». Quelques heures après cette déclaration, nous sommes partis à la rencontre de Tourangeaux afin qu’ils nous donnent leur sentiment sur cette « affaire Fillon ».

Premiers Tourangeaux a accepté de discuter du sujet, Yoann et Marie, tous deux proches de la trentaine. Pour le jeune homme : «  Je ne comprends pas qu’une personne aussi intelligente que François Fillon après s’être fait passer pour le « Monsieur Propre » de la politique, puisse encore se croire crédible aujourd’hui ». A ses côtés, Marie, qui se décrit comme électrice de droite, approuve les propos de son ami, en y mettant un bémol toutefois. « Je trouve que tout cela est un peu démesuré. Il faut rappeler que François Fillon n’est pas condamné aujourd’hui. Mais c’est vrai qu’en dehors de toute considération pour les idées politiques des uns ou des autres, le vrai problème c’est qu’ils se font tous passer pour des personnes exemplaires, forcément la déception est d’autant plus grande derrière pour les électeurs ».

A droite, on crie à la cabale

Un peu plus loin, Paule, la cinquantaine, « électrice de droite depuis toujours », est remontée. Elle a suivi en direct d’une brasserie l’intervention de son candidat. « J’ai honte pour mon pays, il y a une véritable chasse à l’homme. Depuis un mois, chaque jour on salit dans les médias François Fillon. Il a raison de se maintenir et de résister. On voit bien aujourd’hui qu’il y a une cabale pour le faire tomber ». Et Paule de poursuivre son sentiment de complot,  quand on lui demande de préciser ses propos : « La question à se poser est à qui profite le crime ? Vous ne trouvez pas étonnant que chaque jour les médias parlent avec bienveillance de Macron et que dans le même temps on assassine quotidiennement le candidat de la droite ? La ficelle est grosse tout de même. Tout le monde sait qu’Hollande soutient en sous-main Macron. Comme Marine Le Pen paraît inatteignable, la lutte pour le deuxième tour se joue entre Macron et François Fillon. Salir François Fillon cela permet à Macron de monter dans intentions de votes ».

A droite, les électeurs rencontrés sont en grande majorité derrière leur candidat, voyant ainsi « un acharnement », « un complot bien orchestré visant à l’empêcher de se présenter » ou encore « une démocratie prise en otage par le système médiatique ». Pour Guy, « parler des affaires cela permet aussi de passer sous silence le programme du candidat ». Des arguments d’électeurs qui vont finalement dans le sens de ceux tenus par les ténors du parti Les Républicains, soutiens de François Fillon, dans les médias.

« Dramatique pour notre démocratie »

Parmi les Tourangeaux croisés ne se déclarant pas de droite, l’appréciation de la situation est évidemment autre. Louise, la quarantaine, qui votera pour Emmanuel Macron après « avoir déjà voté par le passé pour le parti socialiste ou l’UMP »,  juge la défense de François Fillon comme « honteuse » : « Tout est immoral dans cette histoire, et les propos de François Fillon sur son « assassinat politique » le sont encore plus. Qu’il assume et donne les preuves de son innocence si c’est le cas. Il avait annoncé qu’il se retirerait s’il était mis en examen, et il revient maintenant en arrière. Comment peut-on le croire ? ». Alan, qui votera Jean-Luc Mélenchon, « comme en 2012 », voit dans cette affaire, le symbole d’institutions a bout de souffle : « On voit bien qu’il y a un problème, il faut changer les institutions et mettre en place des contrôles réguliers sur les élus. Il est plus que temps d’en finir avec la Ve République ».

Pour Gilles, cadre de 52 ans, se définissant comme « quelqu’un de tradition socialiste », derrière l’affaire Fillon, c’est surtout la question de la crédibilité des politiques qui est en jeu : « Ce genre d’affaires n’est pas exclusif à la droite. La gauche a eu son lot d’affaires aussi et cela a fait monter le FN. Or, on voit que le FN avec ses affaires d’emplois fictifs n’est pas mieux que les autres non plus. Je n’aime pas ce discours mais à force on finit vraiment par croire au « tous pourris ». Il y a quelque-chose de cassé dans notre système, les électeurs se sentent de plus en plus éloignés de leurs élus parce qu’on a l’impression qu’il n’y a pas de garde-fous et que les élus peuvent tout se permettre. C’est cela qui est dramatique pour notre démocratie ».

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