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Tours Métropole investit aussi dans l’agriculture

Avec près de 300 000 habitants dont près de 60% répartis dans les deux seules villes de Tours et Joué-lès-Tours, la métropole tourangelle est à grande majorité urbaine. Au fil de l’année, les débats les plus fréquents portent sur le développement des réseaux de transports, les évolutions des quartiers populaires, le tourisme… On en oublierait presque que près de 300 agriculteurs ont leurs exploitations sur le territoire de l’agglomération, notamment à l’ouest sur les communes de St Genouph, Berthenay, Fondettes ou Savonnières pour ne citer qu’elles.

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Si elle ne dispose pas d’un budget spécifique ni d’un vice-président entièrement dédié à sa cause, l’agriculture préoccupe néanmoins l’exécutif métropolitain. On a ainsi entendu plusieurs fois le président Philippe Briand évoquer l’importance de produire des denrées agricoles sur le territoire dans l’objectif de les consommer en local. Pour que ces phrases ne finissent pas par s’évaporer dans la nature, un homme est chargé de faire avancer les dossiers : Jacques Le Tarnec, le maire de Berthenay, cette commune de 750 habitants mais étendue sur 725 hectares.

Depuis 8 mois, l’élu qui se revendique à l’écart de la politique traditionelle anime un groupe de travail sur l’agriculture et l’alimentation. Il rassemble 3 élus et 25 non élus avec des profils différents : des spécialistes du bio à la direction des achats de la ville de Tours en passant par la Confédération Paysanne et la Chambre d’Agriculture d’Indre-et-Loire. « Mais ce n’est pas parce qu’il n’y avait pas de politique agricole bien définie qu’il n’y avait pas d’actions » tient à préciser Jacques Le Tarnec.

Des aides à l’installation via des locations de terrains

Ainsi, depuis 2014, Tours Métropole a investit 120 000€ pour la réouverture de l’abattoir de Bourgueil mais également soutenu 6 agriculteurs en achetant des terrains et en les louant aux exploitants via des baux avec option d’achat : « il y en a à Fondettes, Berthenay, sur le territoire de l’appellation Noblé Joué et sûrement bientôt à Rochecorbon. On a bien conscience que les agriculteurs ont du mal à s’en sortir seuls. Et les nouveaux qui s’installent ne peuvent pas acheter car c’est trop cher, les prix son déraisonnables. Nous faisons donc une veille foncière car il y a une tendance à la disparition du foncier rural. »

« L’objectif c’est d’affirmer la vocation maraîchère aux lisières de la ville pour mettre en place une agriculture nourricière » poursuit Jacques Le Tarnec qui fait aussi en sorte de soutenir l’émergence d’autres projets comme une coopérative permettant la mutualisation de machines agricoles. Un travail se fait aussi avec lycée agricole de Fondettes qui envisage de réserver des terres sur son territoire pour des élèves qui sortent de l’établissement. Rattachée à la fois à la vice-présidence à l’économie et à celle en charge de l’environnement, l’agriculture est donc « un sujet vaste mais logique sur notre territoire » argumente l’élu qui veut « augmenter la part de consommation de denrées produites localement », que ce soit dans les cantines tourangelles, dans les restaurants ou dans les cuisines des particuliers.

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Jacques Le Tarnec

Ambitions : plus de débouchés et des prix justes garantis

« La mayonnaise est en train de prendre, le miracle s’est produit » avance encore Jacques Le Tarnec qui dit plancher « sans opposer les différentes agricultures, bio et conventionnelle. Chacun a compris qu’il pouvait avoir sa place dans un objectif commun. » Pour arriver à cette conclusion, le maire de Berthenay s’est appuyé sur une enquête menée dans le bassin de production et de consommation : « on s’est aperçu que l’on connaissait mal le monde agricole. Des pans entiers passaient hors des mailles, il fallait donc aller les voir. » Maintenant que c’est fait, la métropole organise régulièrement des réunions pour mener à bien ses ambitions : aider à l’installation de nouveaux agriculteurs, venir en aide aux jeunes entreprises agricoles et leur assurer des débouchés multiples en les payant au juste prix. « Ce qui me tient à cœur c’est non seulement de développer le maraîchage mais aussi l’élevage » note enfin l’élu.

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« On n’est pas là pour se faire plaisir. Si c’est pour jeter de la poudre aux yeux cela ne m’intéresse pas » lâche Jacques Le Tarnec pour prouver sa motivation à faire fructifier le débat agricole sur la métropole.

Mais il se heurte à de nombreux obstacles. Ainsi, vouloir consommer sur place les produits cultivés dans les 22 communes de l’agglomération c’est bien mais certains ont déjà des clients fidèles à fournir et ne peuvent pas forcément augmenter leur production. D’autres, à la tête de petites structures, s’inquiètent de ne pas avoir les moyens de répondre aux appels d’offres éventuels de la collectivité, il a donc fallu les rassurer sur ce point.

Une légumerie coopérative avant une cuisine centrale métropolitaine ?

Aujourd’hui, environ 20% des ingrédients des cantines scolaires de Tours Métropole sont locaux. Sans donner d’objectif chiffré, le maire de Berthenay souhaiterait voir cette proportion augmenter : « si on veut distribuer dans les écoles il faut un minimum de préparation des fruits et légumes. On a donc vu apparaître un besoin de légumerie qui pourrait être gérée par une coopérative comme on l’a fait pour l’abattoir de Bourgueil. » Un projet similaire est en test dans l’Orne, et un groupe de travail est allé le visiter pour s’en inspirer. Autre idée qui fait son chemin : la création d’une cuisine centrale métropolitaine. Cela tombe bien, celle de Tours est obsolète. On est encore bien loin de la validation d’un tel chantier mais Jacques Le Tarnec semble y être favorable : « cela ne me parait pas iconoclaste. A un moment ou à un autre cela viendra en confrontation avec nos réflexions, c’est inévitable. » Cela permettrait de servir jusqu’à 17 500 repas quotidiens sur la métropole, dans les écoles en particulier.

Mais avant de voir ces projets réalisés, il va falloir du temps. « On est sur un plan pour deux mandats » évalue Jacques Le Tarnec (donc une douzaine d’années) qui calme de suite les impatients : « l’important c’est que cela fonctionne. »

« On a des objectifs réalistes »

A plus court terme, d’autres idées peuvent voir le jour comme des aides permettant aux agriculteurs d’aménager un espace de vente directe sur leur terrain, des accompagnements obligatoires des professionnels locataires des terres rurales de la métropole ou des opérations de promotion des cultures et élevages locaux (Orléans a par exemple créé un guide recensant les exploitations de sa métropole).

« Il faut faire connaître nos agriculteurs en facilitant l’ouverture de leurs portes. On ne va pas tout faire à leur place mais on peut leur faciliter l’ouverture à de nouveaux marchés, leur assurer plus de débouchés locaux. On verra si la métropole a les moyens de ses ambitions et je pense qu’elle les a. On a des objectifs réalistes. »